Claudette Colvin, une rebelle non conventionnelle
Claudette Colvin, une dame âgée de 70 ans aujourd’hui, témoigne sur la résistance à la ségrégation dans laquelle elle s’est engagée, huit mois avant que Rosa Parks ne soit arrêtée pour le même motif : refus de laisser sa place dans un bus à une personne de couleur blanche.
Cet événement rappelle à nos mémoires le cas de Rosa Parks, l’activiste pour les droits civiques, qui, le 2 décembre 1955 refusa alors, elle aussi, de laisser sa place à une personne de couleur blanche et rentra dans les livres d’histoire du même coup. Simplement, ce qui permit à Mme Parks de figurer dans le classement des cent personnalités ayant le plus influencées le XXème siècle se déroula six mois après l’acte de rébellion de Claudette Colvin. Alors, pourquoi associons-nous aujourd’hui le nom de Rosa Parks et non celui de Mlle Colvin avec cet acte de rébellion pour l’égalité ?
Une jeune fille rebelle
En cette décennie 1950, l’Association Nationale pour le Progrès des Gens de Couleur (NAACP) devient un organe important de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis, époque où les noirs ne sont pas égaux en droit aux blancs. Elle cherche alors une publicité qui pourrait mettre un peu plus en avant son combat. La mésaventure de Mlle Colvin tombe alors à point nommé pour l’organisation et ses leaders tel que Martin Luther King. A plus fortes raisons, le fait divers fait la une des journaux notamment lors du procès de la jeune fille de quinze ans. Le journaliste de l’Alabama Journal qui couvrait cette « violation de la ségrégation » rapporta que Mlle Colvin, « une lycéenne à lunettes d’apparence studieuse » avait accepté le verdict « avec autant de détachement que celui qu’elle avait manifesté » au cours de l’audience.
Mlle Colvin reçut alors des dizaines de lettres de soutien expédiées par le biais de Mme Rosa Parks, alors secrétaire du NAACP à Montgomery.
Cependant, ce fait divers finit par tomber dans l’oubli. En effet, les leaders du NAACP « craignaient de ne pas pouvoir gagner avec elle » explique Philip Hoose, auteur de Claudette Colvin : Twice toward justice. Il explique aussi qu’on la trouvait trop « bagarreuse » et « émotive ». Ces caractères qu’il paraît bien normal de rencontrer chez une adolescente de quinze ans confrontée aux tumultes d’une affaire judiciaire ne se retrouvent pas chez Mme Parks, considérée comme « impassible, calme et imperturbable » par son entourage. En plus de cela, Mlle Colvin tomba enceinte peu de temps après d’un homme marié. De ce fait, l’histoire de la lycéenne de Montgomery perdit encore un peu plus de sa superbe et risquait de choquer une population afro-américaine très pieuse.
Un autre événement comparable à celui-ci intervint avant que Rosa Parks ne refuse à son tour de laisser sa place dans un bus à une personne de couleur blanche. En effet, une autre adolescente de Montgomery , Mary Louise Smith, fut arrêtée après ne pas avoir satisfait aux demandes du chauffeur qui lui ordonnait de se lever de son siège en vertu de ces lois sur la ségrégation. Simplement, il se trouva qu’elle ne fut pas ,elle non plus, retenue comme symbole de la lutte pour l’égalité suite à des rumeurs concernant un goût trop prononcé de son père pour l’alcool.
« Laisse Rosa passer au premier plan »
Une question se pose alors : Pourquoi Mlle Colvin n’a-t-elle jamais reparlé de son histoire ? Sans pour autant souhaiter détruire le mythe, elle aurait tout de même pu raconter cet événement pour obtenir un peu de reconnaissance, reconnaissance qu’elle mérite elle aussi. La réponse se trouve dans les paroles de sa mère juste après l’affaire. L’ancienne infirmière, elle a pris sa retraite en 2004, témoigne sans amertume, « Ma mère m’a conseillé de garder le silence sur ce que j’avais fait. Elle m’a dit :’Laisse Rosa passer au premier plan. Les blancs ne vont pas l’embêter : elle a la peau plus claire que la tienne et ils l’aiment bien’ ». Claudette Colvin ajoute « je savais au fond de mon cœur qu’elle était (Rosa Parks) celle qu’il fallait ». La jeune fille est devenue une femme et tout au long de sa vie, elle n’a dit mot de ce fait divers suivant ainsi les conseils de sa mère, par peur aussi de perdre son emploi, « Je n’allais pas prendre ce risque » confie-t-elle.
Toutefois, aujourd’hui, Claudette Colvin souhaite sortir un peu de l’anonymat qui entoure sa vie d’habitante du Bronx à New York, ville où elle réside depuis 1958. Ne craignant plus rien aujourd’hui, elle a envie d’associer, elle aussi, son nom aux luttes contre les discriminations. « Les jeunes croient que Rosa Parks a mis fin à la ségrégation en s’asseyant dans le bus, mais cela ne s’est pas du tout passé comme ça, explique celle qui marche aujourd’hui avec une canne.
Peut-être que, si je raconte mon histoire, ce que j’ai eu peur de faire pendant longtemps, les jeunes comprendront mieux la genèse de la lutte pour les droits civiques. »
Derrière cette volonté, il n’y a point de rancœur vis-à-vis du NAACP ou de Rosa Parks qui mérite, peu importe le fait qu’elle ait été la première ou non a refusé de laisser sa place dans un bus, son statut d’actrice principale de la lutte contre les discriminations faites aux gens de couleur. Son engagement dans le NAACP en témoigne. Simplement, Mlle Colvin espère qu’on lui fasse une petite place aux côtés de Mme Parks et de M. Luther King, afin qu’on lui reconnaisse le mérite de s’être battu pour une vie meilleure.
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