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Accueil du site > Tribune Libre > Comme si les capitaux issus de la traite des Noirs réapparaissaient (...)

Comme si les capitaux issus de la traite des Noirs réapparaissaient aujourd’hui même…

par Michel J. Cuny et Issa Diakaridia Koné

Préoccupé par le fait de pouvoir rattacher aux banques autant d’acteurs possibles de l’économie informelle qui s’est étendue d’un bout à l’autre de l’Afrique de l’Ouest, le Rapport publié en 2006 par Carana Corporation proposait aux autorités gouvernementales des différents pays africains concernés de passer préférentiellement par Ecobank, un groupe bancaire créé au Togo en 1985. Ne perdons pas de vue que Carana Corporation menait son enquête pour le compte d’une agence états-unienne créée il y a bien longtemps par le président John F. Kennedy : l’USAID…

Poursuivons maintenant notre lecture du Rapport annuel d’Ecobank pour l’année 2005. Ainsi que l’écrit le président du Conseil d’Administration, Philip C. Asiodu :
« Ecobank opère aujourd’hui dans 13 pays, à savoir le Bénin, le Burkina Faso, le Cap Vert, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Guinée, le Libéria, le Mali, le Niger, le Nigeria, le Sénégal et le Togo. » (page 10)

Et ce n’est pas fini…
« Au cours de l’année 2005, nous avons commencé des démarches pour obtenir des agréments en vue de l’implantation de nouvelles filiales dans quatre pays, à savoir le Tchad, la Guinée Équatoriale, la Guinée Bissau et la Sierra Léone. » (page 10)

Voilà une affaire bien partie !… Cependant, ainsi que M. Asiodu l’aura déclaré un peu plus haut dans ce Rapport annuel 2005 :
« Monsieur Michel Abrogoua, qui a été nommé Administrateur en février 2002, puis élu Vice Président, a quitté le Groupe lors de la dernière Assemblée Générale, à la suite du changement de propriété intervenu à West Africa Growth Fund. » (page 5)

Son devoir l’appelait donc ailleurs… et nous allons le suivre lui-même un peu… En effet, grâce à Michel Abrogoua, nous ne devrions pas tarder à reprendre contact avec le temps de la traite des Noirs, de l’esclavage, etc., pour ensuite renouer avec les grands enjeux de la finance internationale d’aujourd’hui, celle-là même qui, à sa façon, ne fait que continuer celle de siècles peut-être pas aussi éloignés de nous qu’il y paraît… Autres temps, autres mœurs… Mais toujours et encore l’exploitation de l’être humain par l’être humain perdure, tandis que des personnages comme Michel Abrogoua ont réussi à se glisser du côté opposé à celui qu’occupent la quasi-totalité des Africains d’aujourd’hui…

Sa présence dans le Conseil d’Administration du Groupe Ecobank en est un signe… Il y en a beaucoup d’autres… Mais ce n’est pas, d’abord, ce qui va nous intéresser. Le voici donc qui quitte cette société financière pour revenir à West Africa Growth Fund (WAGF).

Sur ce point, le site de Jeune Afrique va beaucoup nous aider… Il publiait, le 14 juin 2017, un article de son envoyé spécial à Abidjan, Joël Té-Léssia Assoko, dont le titre est très parlant :
Côte-d’Ivoire – Finance : Michel Abrogoua, coureur de fond du capital-investissement

D’origine ivoirienne… « diplômé en sciences économiques, Michel Abrogoua est passé par la BIAO et IBM France avant de rejoindre le département Afrique de la Société financière internationale (IFC, Groupe Banque mondiale). C’est là qu’en 1997 il aide à créer West Africa Growth Fund (WAGF), un fonds de 28 millions de dollars qu’il pilotera une décennie. »

Et c’est là qu’il lui faut revenir, de toute urgence peut-être, semble nous dire le grand patron du Groupe Ecobank…Pour notre part, nous allons surtout retenir la première partie de l’extrait repris de Joël Té-Léssia Assoko

Précisons, tout d’abord que la Société financière internationale (IFC, Groupe Banque mondiale) qui s’y trouve mentionnée a été créée en 1956 afin d’offrir à la Banque mondiale les moyens de venir en aide au secteur privé par le biais de prêts à des taux favorables… Ce qui, jusqu’alors, lui était interdit.

En effet, dépendant elle-même de la Banque mondiale, la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) qui devait aider au rétablissement économique des pays frappés par la Seconde Guerre mondiale ne pouvait s’adresser qu’aux États eux-mêmes – s’agissant d’une reconstruction engageant l’avenir même de collectivités entières – tandis qu’auprès d’elle l’Association internationale de développement (IDA) jouait un rôle comparable auprès des États des pays les plus pauvres…

Dès 1956 donc, et par le biais de l’International Finance Corporation, la Banque mondiale peut entrer dans la danse des investissements privés.

Nous voyons que la fréquentation de cette IFC par le jeune Michel Abrogoua l’aura initié au rapport public-privé… Et que veut dire, par ailleurs, le fait d’être également passé par… BIAO et IBM France ? Sans doute un lien particulier avec ce dernier pays…

Avant de pouvoir en venir, en 1965, à la BIAO (Banque Internationale pour l’Afrique Occidentale), il aura fallu se saisir de l’héritage de la BAO (Banque de l’Afrique Occidentale) qui était elle-même la fille, née en 1901, de la Banque du Sénégal… dont voici ce qu’en dit le Moniteur Universel (c’est-à-dire le Journal Officiel de ce temps-là) à la date du 22 décembre 1853, alors que le Second Empire a été proclamé un an plus tôt :
« NAPOLÉON,
Par la grâce de Dieu et la volonté nationale, Empereur des Français,
À tous présents et à venir, salut :
Sur le rapport de notre ministre secrétaire d’État au département de la marine et des colonies,
Vu l’article 7 de la loi du 30 avril 1849, sur l’indemnité accordée aux colons, par suite de l’abolition de l’esclavage ;
Vu l’article 51 du décret du 24 novembre 1849, et les décrets des 28 septembre 1852, 23 mars et 1er octobre 1853, relatifs au délai dans lequel doivent être établies les banques de la Guyane et du Sénégal ;
Vu la loi du 11 juillet 1851, sur l’organisation des banques coloniales ; […].
Vu l’avis de la commission de surveillance des banques coloniales en date du 20 septembre 1853 ;
Notre conseil d’État entendu,
Avons décrété et décrétons ce qui suit :
Art. 1er. Il est fondé au Sénégal une banque de prêt et d’escompte, conformément aux statuts annexés au présent décret.
Art. 2. Le capital de la banque du Sénégal est fixé à 230.000 francs.
Ce capital sera formé du prélèvement du huitième, opéré sur l’indemnité accordée aux habitants du Sénégal, par suite de l’abolition de l’esclavage, et des arrérages échus de l’inscription de rente représentative de ce prélèvement. »
« Fait au palais des Tuileries, le 21 décembre 1853. NAPOLÉON »

Nous le constatons : tout au fond de la BIAO (Banque Internationale pour l’Afrique Occidentale), il y avait les capitaux récupérés par les anciens propriétaires d’esclaves… En effet – et il ne faudrait surtout pas s’y tromper : ne valent comme « habitants du Sénégal » que les… colons.

Certes, l’argent n’a pas d’odeur… Et les capitaux, moins encore, si l’on peut dire… Ils ont cependant une histoire… Une histoire que certains Africains n’hésitent pas à reprendre aujourd’hui contre ces peuples africains dont ils sont pourtant issus.

NB. La suite immédiate est accessible ici :
https://remembermodibokeita.wordpress.com/2020/05/06/ces-elites-africaines-qui-appliquent-les-lecons-que-leur-donne-la-finance-internationale/


Moyenne des avis sur cet article :  1.25/5   (8 votes)




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21 réactions à cet article    



    • caillou14 rita 7 juillet 2020 08:25

      Et les banques docteur ?

      Toutes complices de l’esclavage !


      • Et hop ! Et hop ! 7 juillet 2020 11:45

        1853. « Le capital de la banque du Sénégal est fixé à 230.000 francs.
        Ce capital sera formé du prélèvement du huitième, opéré sur l’indemnité accordée aux habitants du Sénégal, par suite de l’abolition de l’esclavage »


        Donc ce n’est pas l’argent des profits de l’esclavage, c’est l’argent d’impôts prélevé sur les Français de métropole pour indemniser des habitants du Sénégal par suite de l’abolition de l’esclavage au Sénégal imposé par la France.


        D’autre part, le fait pour une entreprise A d’avoir été absorbé par une entreprise B dont les actions ont été achetées par une entreprise C, puis par une entreprise D, ne rend pas cette dernière coupable des fautes commises par l’entreprise A il y a deux siècles.




        • foufouille foufouille 7 juillet 2020 13:22

          @Et hop !

          les colons étant les seuls à avoir des papiers.


        • Et hop ! Et hop ! 7 juillet 2020 22:22

          Oui mais c’est pas l’argent des profits de l’esclavage, c’est de l’argent de l’impôt des Français.


        • Baobab 7 juillet 2020 12:20

          Il y a quelques années une grande banque new yorkaise créée il y a des siècles avait autorisé un historien à effectuer des recherches dans les caves où étaient archivés tous ses comptes. Après des mois de travail avec ses équipes, un rapport remis aux dirigeants de ladite banque montrait clairement qu’elle s’était considérablement enrichie durant la traite négrière. Les livres de compte le montraient clairement (achats et ventes d’esclaves etc). Un article fut publié dans la presse au point que cette banque décida par la suite d’accorder des bourses aux afro-américains pour qu’ils puissent accéder aux plus grandes universités américaines.

          De même, il y a quelques jours, les banques anglaises et l’Eglise d’Angleterre ont présenté leurs excuses pour cette période esclavagiste aux pays africains et des Caraïbes. Les états caribéens ont fait savoir que les excuses ne suffisaient pas.

          Les banques, les institutions, les esclavagistes se sont énormément enrichies durant la traite négrière. Les indemnisations de ces individus ne sont venues que plus tard à l’abolition. En Angleterre, un rapport a montré que les impôts payés par les Anglais ont perduré jusqu’à 2015 pour solder cette dette. C’est à dire que même les descendants d’esclaves résidant au Royaume Uni ont dû s’acquitter de cet impôt relatif à l’indeminsation des esclavagistes britanniques.

          A quand un tel rapport en provenance de la France ? On peut toujours rêver ....


          • foufouille foufouille 7 juillet 2020 12:37

            @Baobab

            on va aussi demander aux africains et arabes qui l’ont fait en premier quelques milliers d’années avant.

            c’est ennuyeux car certains ont appris à écrire avec les blancs mais pour les perses et sumériens, c’est faisable.

            certains ont aussi appris l’agriculture qui leur a permis de se reproduire comme des lapins.


          • foufouille foufouille 7 juillet 2020 13:40

            @Baobab

            ceux qui ont voulu resté sont devenus des DOM TOM bien plus riche que les autres pays avec des écoles et hôpitaux gratuits non rentable.


          • foufouille foufouille 7 juillet 2020 13:56

            @Baobab

            En 1921, un recensement attribue 12 283 000 habitants à l’Afrique-Occidentale française, sans le Togo (673 000 habitants)1


          • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 7 juillet 2020 14:02

            @foufouille

            Tu connais la politique ancienne de santé dans les Tom ...moi j’ai entendu un mec crever de la tuberculose dans une vallée de Ua Pou ...îles Marquises .


          • foufouille foufouille 7 juillet 2020 14:04

            @Baobab

            « En 1890, l’Empire ottoman et seize autres pays signent la Convention de Bruxelles réprimant la traite des esclaves en Afrique et dans l’Océan Indien. Cependant, la contrebande persiste jusqu’au début du XXe siècle, voire jusqu’à la Première Guerre mondiale. Ainsi, en octobre 1895, une circulaire du ministère de l’Intérieur mettait en garde les autorités locales de ce que certains navires à vapeur dépouillaient les marins zanjs de leurs « certificats de libération » pour les jeter en esclavage. Une autre circulaire de la même année révèle que certains esclaves zanjs nouvellement libérés étaient arrêtés sur la base d’accusations infondées, emprisonnés et contraints de retourner chez leurs seigneurs. Une instruction du ministère de l’Intérieur du Vali de Bassora de 1897 ordonnait que les enfants d’esclaves libérés devaient recevoir des certificats de libération distincts pour éviter à la fois d’être eux-mêmes asservis et séparés de leurs parents. Le deuxième secrétaire de l’ambassade britannique à Constantinople, George Young, écrivait dans son Corps de droit ottoman (1905) qu’au moment où paraissait son ouvrage, la contrebande d’esclaves demeurait active37. Henry Morgenthau, qui fut ambassadeur des États-Unis à Constantinople de 1913 à 1916, allègue dans ses mémoires que des esclaves blancs se négociaient encore durant son mandat à Constantinople38. »


          • foufouille foufouille 7 juillet 2020 14:25

            @Aita Pea Pea

            pour info, tout est payé par la france vu le peu de rentrée d’argent et le manque de taxes, tourisme, etc. ce serait un pays pauvre sans aucune défense si indépendant.

            pareil pour la réunion qui est plus grande mais trop petite pour avoir un hosto sans la france.

            ça arrive aussi dans les petits villages en france même de nos jours.


          • foufouille foufouille 7 juillet 2020 14:34

            @Aita Pea Pea

            ton bled a 2000 habitants, l’ensemble des marquises 10000 donc à part des hélicos supersoniques ou rassemblés les personnes sur tahiti, je ne vois pas trop ce qui pourra se faire. ou du béton avec hôtels écolos pas trop cher sinon c’est que pour les riches peu nombreux.


          • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 7 juillet 2020 14:36

            @foufouille

            T’y connais rien ...t’y a pas vécu...bref fuck off ...pas envie de m’emmerder.


          • foufouille foufouille 7 juillet 2020 14:41

            @Aita Pea Pea

            mon beau père est mort à 43 ans d’une pneumonie.


          • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 7 juillet 2020 14:42

            @foufouille

            T’as connu des evasan en speed boat pour rejoindre Nuku Hiva a 50 bornes ?


          • foufouille foufouille 7 juillet 2020 15:01

            @Aita Pea Pea

            J’ai eu un accident en rase campagne avec hosto à 20 bornes, 6000 hab puis transfert par hélico à 90 km et j’ai failli crever ensuite.


          • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 7 juillet 2020 15:03

            @foufouille

            Veulent pas des touristes...ou si ce n’est qu’a très faible fréquentation dans des pensions locales....pas si chères entre nous .


          • foufouille foufouille 7 juillet 2020 15:17

            @Aita Pea Pea

            Un ami est mort à côté de moi car 15 bornes de l’hosto. les secours sont arrivés, il était trop tard.

            Un autre est décédé d’un petit truc aux intestins, il a été renvoyé chez lui inconscient sous transfusion.


          • foufouille foufouille 7 juillet 2020 15:41

            @Aita Pea Pea

            La dernière fois que j’ai cherché c’était hors de prix.

            Le touriste est pas un souci si la police colle des amendes aux crados et cons.

            Mais je sais que c’est que un petit nombre qui accepté.


          • VICTOR Ayoli VICTOR Ayoli 28 juillet 2020 16:07

            @rugueux
            L’esclavage s’est arrête lorsqu’on a inventé la machine à vapeur ! Quant aux esclavagistes, ils sont bien répartis de par le monde. Alors la repentance, té ! Fume...
            https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/excuses-repentance-quand-on-veut-225612

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