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Conséquences du « pan sur le bec » de Philippe Courroye par la Cour de Cassation

Par sa décision du 6 Novembre 2011 la Cour de Cassation vient de dire clairement que le (servile) Procureur de la République de NANTERRE avait violé la loi sur la protection des sources des journalistes en requérant les « fadettes » (relevé des appels téléphoniques entrants et sortants) d’un journaliste du Monde.

Quelles conséquences tirera-t-on de cette décision ? L’intéressé, réputé grand ami du Président de la République, et positionné par ses soins à NANTERRE, sera-t-il sanctionné au plan disciplinaire et relevé de ses fonctions ? Probablement pas, puisque deux très hauts responsables de la Police (dont un ami intime du Président), mêlés à cette même affaire de viol de la loi sur la protection des sources au détriment d’un journaliste, ont été maintenus à leur poste. Il n’y a qu’en France que de tels scandales peuvent n’avoir strictement aucune conséquence ! Partout ailleurs dans les vraies démocraties une démission ou un déplacement d’office, serait un minimum. Pas chez nous ! et à cet égard la gauche, tout comme la droite, ont largement fait leurs preuves en matière de « tripotages malsains ». Le record a sans doute été atteint sous MITTERRAND et sous CHIRAC, mais il tend maintenant à s’améliorer grandement avec Nicolas SARKOSY qui, avec sa tentative de suppression du juge d’instruction, a clairement indiqué qu’il entendait soumettre la justice. Ce matin la gauche indique qu’elle va demander des explications à Claude GUEANT à propos de cette affaire ! Quelle erreur de cible ! Le Garde des Sceaux est-il à ce point quantité négligeable pour que ce ne soit pas lui qui soit qui doive répondre des actes inadmissibles de son subordonné ? D’ailleurs que fait le Procureur Général de la Cour d’Appel de PARIS en qualité de chef hiérarchique du Procureur COURROYE ? Il dort ?

Demain les Procureurs (probablement la conférence des Procureurs) auraient l’intention de s’exprimer sur leurs difficultés. Auront-ils le courage de dénoncer cette mainmise du politique sur leur mission ?

Que faire ?

A la lecture sur le net des programmes, tant chez les socialistes qu’à l’UMP, on ne trouve plus sur ce sujet de la dépendance de la Magistrature que du verbiage insipide et strictement rien de bien concret sur une réforme musclée tendant à améliorer l’indépendance de la magistrature. Faut-il rappeler que la Cour Européenne des Droits de l’Homme a déjà contesté la qualité de magistrats aux membres du Parquet de la Justice Française jugés trop dépendants du pouvoir politique. A droite ( ce qui honorerait ) comme à gauche des voix vont-elles s’élever pour mettre ce vrai sujet à l’ordre du jour de la campagne électorale ?

Des pistes pour réformer courageusement et à très peu de frais

- Séparer définitivement le Parquet du Siège en créant deux corps distincts (sans changement de classement indiciaire) même s’il reste acceptable que la scolarité à l’Ecole Nationale de la Magistrature soit commune au moins pour deux tiers sur trois du temps de formation

- . Accroissement du rôle indépendant du Conseil supérieur de la Magistrature mais pour les seuls magistrats du Siège désormais seuls en charge des déroulements des carrières de ces magistrats. Perte du rôle de garant de l’indépendance de la Magistrature du Siège dévolu au Président de la République et transfert à une autorité élue démocratiquement au besoin par les magistrats du siège eux-mêmes.

- Ramener le Parquet à un rôle de simple de partie aux procès à égalité totale avec la Défense.

- Interdire totalement le passage en cours de carrière du Siège au Parquet et inversement (pas de coût). Ce procureur de NANTERRE que le public continue d’ailleurs à appeler « le juge COURROYE » n’avait quasiment aucune expérience du Parquet quand ce poste lui a été « donné ». Cette décision a provoqué de remous…voila tout ! Ce passe droit était pourtant inacceptable.

- Interdiction des détachements fantaisistes et magouillés (genre conseiller de Sénateur) de magistrats dans des organismes non judiciaires

- Faire quitter leur « perchoir » aux membres du Parquet et les placer tout simplement dans les salles d’audience au même niveau d’altitude que les avocats (pas de coût ou très peu). Les habiller tous de la robe rouge pour que le justiciable cesse d’avoir l’impression, souvent fondée, que les porteurs de cette même robe noire que les juges sont leurs alter ego et membres de la même famille !

- Subordonner clairement le Parquet au Garde des Sceaux (directives générale et politique pénale seulement) mais interdiction absolue de donner copie de pièces des dossiers en cours à la Chancellerie. Fermeture de ce département chargé du suivi des dossiers en cours qu’est la Direction des affaires criminelles de la Chancellerie. Les PR dirigent leurs substituts les PG leurs Procureurs et le tout sous le contrôle de la seule Cour de Cassation. Point final !

- Obligation à la hiérarchie du Parquet de ne donner que des ordres écrits. Interdiction d’accepter des réquisitions verbales. Mais maintien du principe selon lequel à l’audience « la plume est serve mais la parole est libre »

- Laisser la responsabilité du déroulement de carrière des membres du Parquet aux échelons hiérarchiques avec au besoin une commission indépendante qui pourra s’opposer à des promotions ou mutations qu’elle jugerait non-conformes. Obligation lors des nominations de respecter les avis en question.

- Obliger effectivement les membres du Parquet à accepter les mutations décidées, y compris hors avancement. Retour effectif aux notions, devenues hélas théoriques, que sont celles d’un Parquet hiérarchisé, obéissant dont les membres sont statutairement amovibles. Donc arrêt de tout passe droit et des carrières entières dans la même juridiction avec avancement sur place ou dans des zones géographiques que les intéressés ne veulent pas quitter. Pour l’exemple ceux qui ne quittent jamais la tour Eiffel des yeux ! allant de NANTERRE à BOBIGNY en passant par PARIS et finissant évidemment à la Cour de Cassation ! Ou encore : ma femme à Paris et moi à la Chancellerie, puis pour le grade suivant…elle à VERSAILLES et moi à BOBIGNY. Si vous n’avez pas de place au Parquet de telle localité, cher collègue gestionnaire de la Chancellerie, pas grave ! mettez-moi donc au siège !

 

Voici donc quelques pistes pour faire revenir pour la nième fois sur le devant de la scène ces préoccupations relatives à notre Justice. On ne naît pas avec le gène de l’indépendance. On ne vous l’injecte pas non plus lors de votre passage à l’Ecole Nationale de la Magistrature. C’est pourquoi il faut des textes clairs pour empêcher toutes les dérives et tentations de soumission aveugle ou consentie des membres des corps judiciaires au politique.

Pour les amoureux du concret nous pourrons rappeler au besoin quelques affaires anciennes ou actuelles qui ne font pas honneur à notre pays. Des hommes ont été laminés, détruits à cause de ces manquements gravissimes ; pensez-y.


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19 réactions à cet article    


  • Paul Villach Paul Villach 8 décembre 2011 10:05

    @ Pandorerh

    Merci de cette analyse pénétrante et de ces propositions pertinentes. L’institution judiciaire est aujourd’hui si corrompue qu’elle menace la cohésion sociale. Paul Villach


    • Yvance77 8 décembre 2011 10:19

      Salut,

      Ce que l’on oubli beaucoup trop, est que cette histoire n’est qu’un versant malfaisant, au service du monarque.

      Le pôle judiciaire est en parti aux ordres de notre guide minimo certes, mais l’on oubli trop souvent qu’à l’origine de ces affaires se trouve un organe puissant, digne des heures sombres du renseignements des ex. pays de l’est, aka la DCRI.

      Voulu par Pipole 1er comme un F.B.I. à la française, il n’est que le bras secret fournissant multitudes d’informations au roitelet, qui pourront s’avérer utiles en temps et en heures.

      Cela en dit long sur la conception démocratique de nos Guéant, Hortefeux, Sarko...


      • PANDORERH 8 décembre 2011 10:24

        Ces constats sévères justifient ils que les citoyens s’en accomodent ?


        • focalix focalix 8 décembre 2011 10:51

          Des robes rouges, ça ferait un peu cardinal.
          Je les verrais bien bariolées, multicolores ou à motifs, avec l’ourlet un peu au dessus du genou mais pas trop.
          _____________________________________________________
          Ne manquez pas la présentation des collections « Hiver 2011 » de robes judiciaires. Le défilé aura liau vendredi prochain à 20 heures au Palais de Justice de Paris, 28ème chambre correctionnelle.


          • Fergus Fergus 8 décembre 2011 16:29

            Bonjour, Focalix.

            En ce qui concerne Courroye, ci-devant valet du futur ex-monarque, je le verrais mieux avec un habit de goudron et de plumes !


          • focalix focalix 8 décembre 2011 20:02

            Salut Fergus et aux zotres ossi,

            N’omettons pas pas de mettre de côté la plus belle plume pour la ficher a posteriori en guise de gouvernail, ça serait-y pas mignon ?

            Ou alors... pourquoi pas une livrée de laquais, si l’on veut faire plus classe ?


          • Choubidou 8 décembre 2011 12:05

            Il existe une machine à enterrer au sein du pouvoir judiciaire, il faut la faire sauter

            Balancez sur ces 15 ans d’impunité qui ont été garantis au directeur de campagne de F. Mitterrand passé avec 30 Mf à travers le parquet de Paris, la direction des affaires criminelles et des grâces et la cour de justice, afin de préserver le rapprochement de deux journaux qu’on lit tous les jours ?

            Sanctions toujours pas tombées 7 ans après que le mécanisme a été démonté en détail et à tous.

            Voir Sm Usm Commission des lois Assemblée et Sénat.


            • Emmanuel Aguéra LeManu 8 décembre 2011 12:47

              Vos suggestions averties sont bien techniques et pour le peu que j’y connais me semblent très pertinentes.
              Mais avant de changer les institutions, ne pourrait-on pas commencer à appliquer les existantes ?

              Il me semble que lorsque sensibilité et volonté sont là, le système ne cahote pas trop. Mais faut-il se plaindre quand on élit des pantins, que ces pantins fassent les lois, nomment les magistrats et (se) distribuent moult régals divers...
              Mais n’oublions pas que bien des meurtres parmi les plus horribles ont été commis au nom de la biblique charité.
              Écrivons quelques édits de plus et nous serons mieux protégés. Je n’y crois pas une seconde. Quand Sarko sort le flashball, les cités répondent à la Kalashnikov. Ces édits pourraient au contraire ouvrir la voie à de nouvelles transgressions possibles. Fatalitas, fatalitatis.
              Il serait peut-être temps de redéfinir l’Etat de droit. Puis de l’expliquer à nos hommes et chefs... d’état, justement. Mais on peut aussi en élire d’autres...


              • Fergus Fergus 8 décembre 2011 16:40

                Bonjour, LeManu.

                L’arsenal juridique existant est évidemment suffisant pour les affaires pénales relevant de la criminalité et de la délinquance ordinaire, et les lois empilées par Sarkozy ne servent qu’à sa propagande, la plupart n’ayant même pas le temps d’être mises en application.

                En revanche, Pandorerh a raison d’exiger une réforme des institutions concernant le statut des procureurs car cela conditionne l’indépendance du parquet. Tant que les magistrats resteront directement placés sour les ordres de la Chancellerie et dépendant de celle-ci pour l’évolution de leur carrière, les affaires politico-financières continueront d’être étouffées ou, lorsque ce n’est pas possible, vidées au maximum de leur contenu ou délayées dans le temps par de multiples retards de procédure. Chirac a très largement bénéficié de ces scandaleuses pratiques. C’est maintenant au tour de Sarkozy.


              • non666 non666 8 décembre 2011 15:35

                Il y a deux volets a votre article.

                1) le premier concerne l’affaire (ou plutot les affaires Courroye) et ses implications dans les affaires recentes.
                Les ecoutes du majordome des Bettencourts, les decisions qu’il a prise, les retours vers l’Elysée, les vices de procédures que cela engendre de fait devrait , en effet, declancher le plus grand scandale de la Veme république s’il y avait encore une presse libre.

                Malheureusement la presse communiste ne peut plus montrrer la presse Hersant du doigt, devenue presse Dassault(Socpresse) et presse Lagardere car elle est elle meme rachetée par les Rottschild...
                Malheureusement la presse bien pensante de gauche est elle meme rachetée ; Le monde par Niels , Liberation encore par Rottschild...

                Les journalistes se targuent d’avoir 3 qualités que nous autres amateurs nous n’aurions pas :
                a) vérification des sources
                b) suivi de dossier
                c) mise dans le contexte.
                Ce qui apparait clairement , c’est que les points 2 et 3 sont très clairement « oublié » par les journaleux aux ordres pour eviter de salir d’avantage Sarkozy.
                On livre le juge coupable aux Lions, mais on oublie volontier le donneur d’ordre.



                2) Le deuxieme concerne les methodes qu’il aurait fallu mettre en oeuvre pour que cela n’arrive pas et/ou ameliorer le fonctionnement du systeme judidiaire.
                Comme d’habitude les « yaka » sont faciles a ennoncé quand on connait bien les vices du systèmes actuel, l’ideal a atteindre...et qu’on n’a pas le pouvoir.
                Car les yakas de la gauche dans l’opposition, les yakas de la droite dans l’opposition, les yakas de la droite « de rupture » sarkosienne (d’avec la démocratie ?) se sont toujours terminés de nla meme façon : dans l’inertie et le maintien du statu quo


                • TROLL 8 décembre 2011 16:47

                  Vous conchier m’agrée mais la tribu me modère...


                  • franor 8 décembre 2011 17:13

                    PANDORERH, article qui prouve que tu connais bien de quoi tu parles, vraiment très bon ces couples de magistrats qui font leurs carrière à Paris en alternance l’un à la chancellerie et l’autre de Versailles à Paris. Mais quand nous regardons qui se trouve sur la transparence balai, ou qui fût proposé comme vice-procureur Nanterre il y a quelques mois une chose est certaine.
                    « dans la magistrature chaque heure passée à travaillé est perdue pour sa carrière »


                    • PANDORERH 8 décembre 2011 18:49

                      La conférence des Procureurs aurait « toussé » fort ce jour contre le système. J’attends de pouvoir lire leur texte. Dommage que le Président fondateur de cette récente et bien utile structure, ait été placardisé il y a peu par la maison mère ! Il aurait vu là une certaine reconnaissance de ses efforts et de ceux qui ont initié l’aventure avec lui ! Attendons aussi à la suite de mon papier d’éventuelles réactions des syndicats de magistrats (USM et autre SM) qui vont certainement nous la jouer très ...esprit de corps.
                      Il me souvient d’une certaine affaire où ces même syndicats saisis, par un de mes amis appartenant au corps, du comportement inadmissible d’un juge d’instruction aux ordres me firent répondre « Oui c’est écoeurant ...mais Mr MACHIN est quand même un de nos collègues ! » FERMEZ LE BAN !


                    • clostra 8 décembre 2011 19:45

                      @pandorerh
                      « pour les amoureux du concret » : alors qu’est-ce qu’on fait ?
                      (je dirais bien qu’en Libye, en Syrie, et avant, en Amérique du Sud, bref, chaque fois que ça se produit - cette inexorable escalade - tous les peuples de tous les temps ont tous fait la même chose...Il faut attendre le ras le bol pour bouleverser l’indifférence protectrice !)
                      Collusion Coercition Corruption


                    • cti41 cti41 8 décembre 2011 22:11

                      J’ai la vague impression que la carrière de certains magistrats n’est pas proportionnelle au travail rendu. Il me semble avoir lu supra qu’on ne peut associer travail de magistrat (enorme souvent) avec carrière juteuse.



                        • focalix focalix 9 décembre 2011 12:30

                          Le prochain président saura-t-il rendre son indépendance aux juges et même aux procureurs ?
                          Ben quoi, on peut toujours rêver non ?


                          • PANDORERH 9 décembre 2011 15:13

                            Il ne faut plus rêver mais exiger.La véritable réforme vers l’indépendance ne coûte RIEN ! Pas un penny ! C’est la volonté qui manque. Comme me l’écrivait hier, un ami magistrat du siège...en retraite....« Vous rêvez la main mise du pouvoir sur la justice c’est comme cela depuis Louis XVI »
                            Alors on se couche tous ?? ou bien on lutte pour EXIGER la disparition de la magouille institutionnele ?


                            • volpa volpa 11 décembre 2011 20:01

                              Les courageux se font rare dans cette magistrature.

                              Ils ouvrent leur gueule parce qu’ils sentent le vent tourner.

                              Il faut quand même une mentalité spéciale pour juger les autres.

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