Coup d’état
Après avoir réglé les comptes avec sa « fratrie », l’establishment français (1), un des enfants les plus doués de sa génération, l’avocat et activiste franco-espagnol, Juan Branco, s’en prend également à ses « compagnons d’armes », le député François Ruffin, l’écrivain François Bégaudeau, avec qui il semble avoir des comptes à régler, une des marques de fabrique de la maison, et tiens, même le « trublion » Jean-Luc Mélenchon, sans doute par peur qu’ils lui fassent de l’ombre.
Son dernier ouvrage « Coup d’état », concocté à la hâte, à point nommé pour ne pas rater la Révolution, se veut comme « boîte à outils » en guise de « manuel insurrectionnel » à l’intention des petites gens, déclare-t-il sous le regard déconcerté de l’animateur de radio André Bercoff, ou, comment reprendre la Bastille une deuxième fois.
On aurait tort de lui contester sa sincérité, ou même lui imputer des intentions déloyales, du fait de son statut social privilégié. Après tout, Vladimir Oulianov, un membre éminent de la noblesse russe qui vit son frère pendu par le Tsar pour activité subversive, fut sincèrement engagé pour le bien des petites gens, au même titre que le propriétaire terrien, Lev Davidovitch Bronstein ou même le « noble révolutionnaire » Mikhaïl Bakounine. Que ce fut finalement le paysan Iossif Djougachvili qui se les mit tous dans sa poche, est peut-être un clin d’œil de l’histoire.
Toujours est-il, on peut avoir ses doutes quant à la capacité de soulever les masses de ce pamphlet révolutionnaire, ne serait-ce que par le fait que, probablement, les petites gens, auxquels cette diatribe est adressée, manqueront de saisir les subtilités de la prose lyrico-révolutionnaires, sur les traces de Victor Hugo et Emile Zola, qui s’étale d’emblée sur les premières 30 pages, sauf son respect, truffée de platitudes, sur la « misérable condition humaine » qui pèse sur l’humanité « depuis 200 ans », clin d’œil à la Révolution des méchants capitalistes, qui, comme le Ministre et homme à tout faire, le sulfureux Charles-Maurice de Talleyrand Périgord et, tiens, même le véreux chef de la police, le prolétaire, Joseph Fouché, « auraient, tous les deux, fait balader Napoléon Bonaparte himself, devenant leur « esclave », induisant en erreur, par la même occasion, Georg Wilhelm Friedrich Hegel. On ratisse large.
Juan Branco s’interroge « sur la valeur sociale des intellectuels qui proposent avec appétence leurs services aux fins d’une « alliance objective » avec des classes prolétaires dont la fréquentation leur ferait horreur et dont la fonction apparait finalement nulle, voire contreproductive, se contentant de fournir du prêt à penser à un certain nombre d’individus des classe moyennes, leur donnant appui pour confirmer leurs intuitions et réajuster leurs positions éthiques et jouant le rôle de pourvoyeur de « paroles justes », leur permettant de distinguer dans l’ensemble des forums, où ils auront vocation à intervenir, en tirant des bénéfices croissants, à mesure que lesdits dires apparaitront pertinents, satisfaisants et donc immobilisants. » Fin de citation
Le célèbre médecin psychiatre suisse, Carl Gustav Jung (1875 -1961) appelait cela « projection ».
On se demande, si Juan Branco connaissait l’existence du collectif de travail espagnol « Grupo Mondragon », fondé en 1956, une coopérative de travailleurs qui occupe 20'000 salariés et génère un chiffre d’affaires annuel de près de 12 milliards euros. Ou s’il savait que la « Bank of North Dakota », fondée en 1919, bilan 7 milliards USD, revenu annuel 158 millions USD est la seule et unique banque en mains publics des Etats-Unis, supervisée par un groupe paritaire, consistant en : le gouverneur, le procureur général, le ministre de l’agriculture, un conseil consultatif de sept membres. Ou savait-il que le duopole suisse de la distribution sont des coopératives avec près de 2 millions de membres chacune, qui, s’ils votaient, pourraient avoir une influence directe sur la formation des prix et les salaires des employés. S’ils votaient. Savait-il que la Suisse est certes une démocratie représentative, mais dans laquelle le peuple dispose de deux outils de censure puissants, l’initiative populaire et le référendum facultatif, dont les suisses peuvent se saisir quand ils veulent. S’ils le voulaient et s’ils votaient. Le taux de participation aux votations frôle les 40 % dans ce pays. De vraies questions, auxquelles les intellectuels pourraient tenter de trouver des réponses, ne serait-ce que pour justifier leur « valeur sociale ».
On sait où nous amènent les révolutions, l’histoire n’est pas avare de tragédies en la matière, et ce sont rarement ceux qui les instiguent qui y laissent leur peau.
(1) Crépuscule / Juan Branco / Massot Editions 2019
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