Covid et guerre en Ukraine, qu’ont-ils en commun ?
Covid et guerre en Ukraine, qu’ont-ils en commun ?
Qu’est-ce qui rapproche le débat sur le Covid du débat sur l’Ukraine ? A priori, les deux sujets n’ont rien voir : quoi de commun entre une épidémie et un vaccin et celle de la nouvelle forme prise par le conflit entre la Russie et l’Otan ou l’Occident ?
Ce caractère commun vient simplement de l’utilisation du langage de la propagande et de la peur par les gouvernements et mass-médias en Occidentaux. Le débat authentique est banni, remplacé par des injonctions à s’engager pour un camp ou l’autre avec une vision manichéenne du monde.
Dans un article précédent sur AV concernant le mouvement « antiraciste », le féminisme ou l’usage qui est fait de l’écologie, j’avais argumenté que « le problème avec le politiquement correct n’est pas qu’il soit de gauche ou de droite mais qu’il s’agit d’une forme de pensée binaire véhiculée par les médias qui refuse la complexité du monde ». Là on est en plein dedans mais cette fois-ci concernant les politiques de santé ou les relations internationales.
Concernant le Covid, on était soit pour le vaccin et « la Science » avec un grand S ou un antivax contre les progrès de la médecine, complotiste et infréquentable avec qui il n’était pas nécessaire de dialoguer et qu’il fallait éliminer du débat public, des cafés et restaurants et surtout des grands mass médias comme Elon Musk l’a révélé avec la publication des « Twitter files » concernant la pandémie.
Concernant la guerre en Ukraine, on est soit pour le camp du bien, de la démocratie et de la liberté derrière J. Biden ou E. Macron ou pour le camp du mal, de la dictature derrière V. Poutine, le nouvel Hitler qu’il faut renverser selon V. Zelenski et compagnie, certains jouant même avec l’idée de la fin de la République de Russie qui serait dépecée en divers états indépendant.
Concernant le Covid, on nous a expliqué que le vaccin protégeait à 90% contre la transmission de la maladie du temps du slogan « tous vaccinés, tous protégés » puis 80% puis 60% puis 40% puis pas du tout, chaque nouveau mensonge remplaçant le précédent avec quelques mois ou quelques semaines d’intervalle. De même les affirmations sur la protection contre l’infection ou les formes graves ont subi une dérive semblable. Malgré tous ces retournements qui auraient dû amener un peu d’humilité de la part des journalistes véhiculant la doxa officielle, l’humanité selon ces derniers continuait à se diviser en deux camps, celui de la lumière, des bons citoyens, de la vérité vaccinale et celui de l’obscurantisme, des mauvais citoyens qui refusaient de se laisser injecter, objets de « l’envie d’emmerder » du président ou des mauvais soignants qui ne seront pas réintégrés.
De même, on peut penser ce que l’on veut sur la guerre en Ukraine mais résumer ce conflit à « C’est Poutine qui est le responsable car il a commencé la guerre en agressant militairement l’Ukraine, un pays démocratique » et donc, il faut le punir jusqu’à la défaite totale de la Russie ou jusqu’à « provoquer l’effondrement de l’économie russe » par des sanctions selon Bruno Le Maire, correspond à une approche grossièrement simpliste du conflit et de ses causes et des façons d’y remédier.
Une première évidence que cette propagande est mensongère, est l’inefficacité des sanctions alors que selon la Banque Mondiale, les perspectives de croissance économique pour 2024 après un an de guerre sont meilleures en Russie que dans l’UE avec l’Allemagne, centre économique de l’UE qui voit son industrie faiblir et ses grandes entreprises se mettre à délocaliser vers des pays où l’énergie est moins chère.
Ces évènements peuvent paraître sortis d’un livre d’Orwell ou d’Huxley et pourtant, c’est ce que nous avons vécu et vivons toujours sans tenir compte des leçons de l’histoire. On pourrait rappeler que dans le passé, les politiques de sanctions économiques ont rarement conduit à la paix, depuis le blocus continental napoléonien qui a conduit, suite au refus de la Russie entre autres de le respecter, à Waterloo.
Une petite remarque, pour certains, les sanctions économiques ont l’air plus humaines ou civilisées et donc plus acceptables que la guerre violente mais en fait, les sanctions mènent souvent à la guerre et dans les deux cas, il y a de nombreux morts. Ainsi on peut rappeler la déclaration de Madeleine Albright du gouvernement US assumer sans sourciller la mort de centaines de milliers d’enfants Irakiens comme un prix à payer suite aux sanctions US, déclaration qui avait au moins le mérite de la franchise.
« L’agression militaire russe » n’a pas eu lieu parce qu’un beau matin, le président Poutine a décidé sur un coup de tête d’envahir son voisin. Il faut la placer dans le contexte des relations est-ouest sur au moins une décennie, ce qui est rarement fait par les jusqu’au-boutistes de la guerre en Ukraine.
Il faut mentionner que cette intervention russe venait après l’échec des accords de Minsk 2 après Minsk 1, accords qui devaient amener la paix au sein de l’Ukraine entre les régions du Donbass russophones et le gouvernement de Kiev, accords qui ont été violés par Kiev par des bombardements et explosions au Donbass causant plus de 14.000 morts et des mesures gouvernementales vexatoires à l’égard des populations russophones.
Plus grave pour nous, les deux pays garants de Minsk 2 selon ce que l’on a appelé le Format Normandie, la France et l’Allemagne, devaient s’assurer de l’application de l’accord Minsk 2 en promouvant au dialogue entre les parties, or loin d’y veiller, ils ont soutenu unilatéralement le gouvernement ukrainien, la Chancelière allemande Angela Merkel reconnaissant sans aucune honte dans une interview à die Zeit du 7/12/2022 que « Les accords de Minsk devaient donner du temps à l'Ukraine » pour se renforcer militairement en vue d’une confrontation avec Moscou, déclaration confirmée par François Hollande, l’autre représentant de l’Occident, dans un entretien au Kiev Independent.
Ce genre de mensonge, même s’il peut être qualifié de mensonge diplomatique, n’a pas dû être apprécié par V Poutine qui a déjà qualifié l’Occident d’Empire du Mensonge. Cette notion d’empire du mensonge faisait écho à une déclaration du prix Nobel Alexandre Soljenitsyne selon lequel le totalitarisme se maintient par « le mensonge et la violence’ ». Soljenitsyne insistait sur le fait que la violence seule était tout à fait insuffisante, n’aboutissant qu’à une dictature de durée limitée, mais avec la combinaison de la violence avec le mensonge par la propagande à tous les niveaux, on pouvait aboutissait à une société totalitaire.
Bien sûr, pour expliquer l’attitude russe, on pourrait aussi remonter à la fin du communisme et la destruction du mur de Berlin. A l’époque, les Occidentaux avaient promis aux Russes représentés par Mikhail Gorbatchev, que suite au démantèlement du Pacte de Varsovie, ils n’étendraient pas l’Otan à l’Est, promesse qui a été confirmé par James Baker, Secrétaire d’Etat de W Bush et Roland Dumas, ministre des affaires étrangères de F Mitterrand et autres diplomates occidentaux, engagement qu’ils se sont empressés de violer un peu à la façon de Merkel et Hollande concernant Minsk 2.
On pourrait aussi rappeler la crise des missiles de Cuba en 1961 au cours de laquelle les USA ont brandi la menace atomique si les Russes installaient des missiles à moyenne portés à Cuba, ou l’action de la CIA en Amérique latine, or l’Ukraine est un pays limitrophe de la Russie de Moscou qui représenterait s’il joignait l’OTAN, une menace pour la sécurité de la Russie plus élevée que Cuba au moment de la crise des missiles ou bien sûr qu’un gouvernement procubain au Chili du temps du président Salvador Allende pour les Etats-Unis.
Une chose frappante dans ce conflit, c’est le peu de place laissée à la diplomatie classique, aux négociations et recherches de solutions pacifiques. Le manichéisme ambiant n’aime pas les négociations une fois qu’il a défini le camp du bien et celui du mal.
Il y aurait bien d’autres choses à dire sur le conflit en Ukraine comme sur le Covid mais la première urgence est de rétablir une atmosphère de dialogue et d’ouverture, aussi bien au niveau diplomatique que dans les mass-médias, sur ces deux sujets sensibles comme pour d’autres, et de sortir de la situation actuelle guidée par ce que la psychologue Marie-Estelle Dupont qualifie de contrôle des masses par la peur. Sinon, on aura droit régulièrement à des campagnes de propagande visant à formatter l’opinion publique dans un sens ou un autre.
Bien sûr quand on parle d’atmosphère de dialogue, il ne peut s’agir simplement de bons sentiments mais il est d’abord nécessaire de débusquer les mensonges qui se cachent derrière la propagande. Concernant le Covid, on a rapidement compris qu’il y avait des intérêts économiques puissants derrière l’obligation vaccinale, intérêts de ce que l’on a appelé Big Pharma, au premier rand desquels se trouvait l’entreprise Pfizer. Mais il y avait aussi des intérêts politiques.
De même, pour la guerre en Ukraine, les intérêts économiques, politiques ou géopolitiques représentent des obstacles les plus importants à la recherche de la paix. Récemment, le journaliste américain lauréat du prix Pulitzer Seymour Hersh a ainsi récemment attribué le sabotage de Nord Stream2 au président américain J. Biden dans sa volonté d’empêcher un rapprochement entre la Russie et l’Allemagne. Cette théorie semble fondée avec entre autres les menaces de Victoria Nuland du gouvernement américain et de J. Biden avant le sabotage.
Une guerre au niveau international pour ne pas dire mondial avec tout son cortège de tragédie n’est pas déclenchée sans que beaucoup de gens y aient intérêt.
Aussi la recherche de dialogue et coopération doit s’accompagner d’une recherche de vérité, de ne pas se contenter des narratifs officiels et de comprendre quels sont les obstacles à la paix.
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