Crépuscule…
En cet automne 2013 bien entamé, l’ambiance semble morose ; sentiment sans doute accentué par des orientations médiatiques loin d’être innocentes. Les informations ont un effet anxiogène sur les citoyens français, champions de la consommation de psychotropes. Les morts et les pendus alternent avec les cadavres, les licenciements, les meurtres, les pères qui flinguent leurs enfants, les crimes passionnels, la lente décomposition de l’âme humaine, entre cataclysmes et pandémies. Le monde international s’étonne de nous voir si déprimés, si rouspéteurs, alors que le niveau de vie est plutôt enviable, comparés aux pays sous-développés, et que la situation économique est moins grave que dans d’autres pays européens bien identifiés, surtout au sud. Les journalistes nous ennuient. Ils s’intéressent à des choses sans réelle importance, juste pour attiser l’émotion. Une jeune ado récupérée dans un bus scolaire et voilà les larmes d’un côté et la colère de l’autre et des crétins de lycéens manipulés par les officines juvéniles du socialisme maçonnique. Les chevaliers blancs de la gauche bien pensante s’indignent, avant de regagner leurs logements cossus après être passés par les dîners en ville.
D’autres bien pensants s’offusquent des apparitions médiatiques, pourtant très sobres, de Bernard Cantat. L’affaire a été jugée par les tribunaux civils mais semble-t-il, pas dans les tribunaux moraux. Madame l’ex épouse de Nicolas Sarkozy marche sur les tapis rouges déployés par toutes les rédactions, pour des révélations sans importance. Il faut dire que le lecteur moyen penche vers le voyeurisme. Les divorces et frasques de célébrités, les putes du journalisme en bisbille ou connivences avec les puissants concubins, telles des garces républicaines sans vertu. Sans oublier le baptême du rejeton royal, information sans aucun intérêt pourtant bien traitée par les médias. Nullissime en vérité. Le Français moyen est devenu un con qui croit s’instruire en lisant quelques ragots de comptoir et en s’informant des scandales. Les dîners en ville pour les élites, les bistrots de cons pour le bas peuple. Et les cochons payeurs déboursant l’obole pour être informés par Médiapart qu’un préfet ne paie pas ses PV. Quand on est con on est con, gloire à Brassens, prophète anarchiste d’un monde révolu.
Bouffer, dans les dîners en ville, ou chez soi ou dans les paillotes ou alors les cent mille restos du con. Le contenu des émissions de divertissement à la télévision donnent l’impression que les Français passent leur temps à parcourir les zones rurales pour acheter des légumes de saison ou des poissons à la criée, puis consacrent une heure à préparer le repas et deux heures à le déguster ou inversement. La culture s’est éteinte. Je parle de la culture de haut niveau, quitte à choquer les grincheux de la démocratie intellectuelle qui voudraient que tout soit immédiatement accessible au lecteur moyen. L’ontologie de Heidegger et la mécanique quantique aussi faciles à comprendre qu’une recette de cuisine. L’effort est devenu proscrit, même à l’école où l’enseignement doit se faire aussi souple qu’un amusement de playstation. Et je ne poursuivrai pas cette réflexion de peur qu’Alain Finkielkraut occupe mon cerveau. Juste une impression de monde crépusculaire accentué par les couleurs d’automne et bientôt le changement d’horaire.
Il fera nuit avant 18 heures. Il fait sombre depuis des décennies en France et ailleurs mais les lumières intérieures continuent à briller. Dieu n’est pas mort, il sommeille car l’agitation du monde à tendance à l’endormir. Et le téléspectateur avec, lorsqu’il voit sur son écran les ricanements obligatoires depuis la jurisprudence Ruquier. Il faut ricaner de tout. Le temps où l’on riait est révolu. L’humour est un art. Maintenant, il n’y a que des blablateurs. Et des grincheux, comme moi du reste. Il faut bien que je fasse mon autocritique !
Cette ambiance fin des temps, ou fin de civilisation, est marquée aussi par un effondrement de l’art de gouverner. La politique passe l’essentiel de son temps à changer les lois, à inventer des taxes, à édicter normes et règlements pour cadrer les moindres recoins de nos existences, tout en usant de leurre sémantique pour justifier des taxes imbéciles et des mesures d’usine à gaz, de la contribution climat énergie à au crédit impôt emploi compétitivité. Le climat ne peut pas être changé et l’emploi ne peut plus diminuer, même avec un peu de croissance. C’est une fin d’empire. De l’Occident à l’Occident. Avec une France morose que les jeunes diplômés n’hésitent pas à quitter tant l’impression de blocage s’y dessine. Je sens la tonalité mélancolique me gagner et ne veux pas finir par ressembler à Yvan Levaï un samedi matin sur Inter avec ses chroniques neurasthéniques. Il y a de quoi pourtant. Quand on voir ces salariés de Gad se battre entre eux. On se dit que la civilisation héritée du 19ème siècle est morte. La politique devenue un naufrage. Les taxes et la police, les clowns du gouvernement, Montebourg en Harry Potter du miracle improductif. Au niveau international rien de bien plus réjouissant. Tout le monde espionne tout le monde. La compétition économique comme seule préoccupation du politique. Un jour, ça finira par péter.
Si la règle de l’alternance ontologique est vérifiée, alors au crépuscule succèdera une aurore. Pour l’instant je ne parviens pas à déceler les signes de renouveau ni les indices intellectuels et culturels d’une prochaine renaissance de l’Occident. L’Histoire serait alors achevée, dissoute dans un centre commercial planétaire. Avant la Renaissance du quattrocento, il y eut la grande peste en Europe. Notre pandémie actuelle ne serait-elle pas le sida mental ?
Et puis les mystères nés des premiers matins, l’aurore ontologique d’un monde quantique déchiffré comme un hiéroglyphe sans parole ni scripteur. Les mystères de l’amour, du beau et de la vérité transfigurées en une éternelle providence s’offrant aux valeureux chevaliers de l’universel. Dans le silence du crépuscule naissent des milliards d’univers. D’ici quelques jours, nous serons sous les énergies des pléiades. Ceux qui attendent quelque révélation sont sur le tarmac des énergies universelles.
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