Crise financière : ma lettre à Jean-Claude... Trichet
Cette lettre aurait pu tout autant s'adresser à Jean-Claude Van Damme, dont je ne doute pas un seul instant qu'il aurait pu être, un excellent président de la Banque Centrale Européenne.
Très cher Jean-Claude,
Je vous sens à la dérive, perdu dans un monde que vous ne comprenez plus. Ce n'est pas dans vos habitudes de déclarer que nous serions en face de la crise la plus grave depuis 1945. La peur, toujours la peur... A 68 ans, vous nous apparaissez si soudainement usé. Votre dernière trouvaille, pour faire face à la crise financière qui secoue les bourses et l'euro, c'est de faire racheter par la BCE - que vous présidez depuis trop longtemps 2003 - la dette souveraine des pays européens dans la tourmente. C'est cette recette que les Américains ont toujours pratiqué, jusqu'alors, avec un certain succès. Pour financer son déficit, l'Etat américain émet des bons du trésor que la Réserve Fédérale lui rachète pour partie. Les Américains n'ont jamais eu aucun scrupule à faire fonctionner la planche à billets, assurant leur propre croissance en consumant les ressources et les produits du monde entier.
Alzheimer libéral
La hausse du prix du pétrole de 1973 - et aussi la généralisation du système de change flottant - a provoqué, dans les pays développés une crise économique sans précédent. Il faut dire que ce que nous appelons communément les trente glorieuses ont été avant tout trente années de pillage généralisé de la part des pays occidentaux envers le reste du monde ! Face à la crise, les opinions se sont alors tournées vers ceux qui promettaient le retour du bonheur pour tous. Aux Etats-Unis, ils ont élu un ancien acteur ; en Grande-Bretagne, une dame de fer. Ces deux-là avaient des réponses à tout. Nous étions en crise parce que les Etats intervenaient trop dans l'économie. Il fallait donc diminuer les impôts, libérant ainsi des stocks de liquidité, tout en maintenant une intervention forte dans les domaines régaliens de l'Etat. De fait, ils ont "affamé la bête" en faisant exploser les déficits. Accessoirement, ils ont fait la guerre ou ils l'ont financé : la guerre des étoiles, les Malouines, l'Irak. L'Etat n'avait pourtant pas vocation à faire marcher le commerce. Ces gens n'étaient pas à quelques contradictions près.
Pour nos libéraux, l'équilibre économique ne pouvait se réaliser que si les agents économiques étaient libres d'investir selon leur bon plaisir et s'ils n'étaient pas entravés par une fiscalité et une protection sociale qui les empêchaient d'atteindre l'optimum économique, à l'image d'un canard sans tête ! Dès 1755, Adam Smith parlait, lui, plus élégamment de main invisible. Pour vous (je me permets de vous assimiler à ces libéraux dont certains furent hélas frapper de la maladie d'Alzheimer ), c'est toujours dans les vieux pots qu'on fait la meilleure confiture.
Optimum économique ?
Oui, mais voilà : John Maynard Keynes - et avant lui Marx - nous a montré que l'équilibre économique ne relève pas de l'ordre naturel. Et le pire, c'est qu'il avait raison. Les monceaux de liquidité qui ont été libérés se sont amassés dans des bulles. Souvenez-vous : krach boursier de 1987, crise asiatique de 1997, explosion de la bulle Internet, crise des subprimes aux Etats-Unis et en Europe. Quand on donne aux riches de l'argent dont ils ne savent que faire, alors ils n'en font strictement rien ou pas grand chose puisqu'ils ont tout, !!! Et pourtant, il y aurait tant à faire. Tout cet argent rend nos riches myopes et cupides à l'image de notre mamie Zinzin nationale qui met beaucoup de son énergie à échapper à l'impôt. Et pourtant, ce ne sont pas les défis auxquels l'humanité est confrontée qui manquent. Dans 20 ans, nous n'aurons sans doute plus de pétrole. Pour le gaz et le charbon, il faudra attendre encore un peu. Quant au nucléaire, Fukushima nous a rappelé, après Hiroshima, Nagasaki, Tchernobyl, qu'il était totalement antagoniste avec notre devenir commun. C'est tout un projet de société qu'il faut, dès aujourd'hui, réinventer. Et le pire, c'est que le temps nous presse !
Vos recettes de grand-père libéral !
A 68 ans, vous avez l'âge de vos artères et aussi celui d'être, je le suppose, un merveilleux grand-père qui aime à jouer avec ses petits-enfants. Bientôt, vous serez remplacé par Mario Draghi à la tête de la BCE. L'incompétence supposée qui fut la vôtre dans l'affaire du Crédit Lyonnais n'est que de la roupie de sansonnet. Mario Draghi fut de 2002 à 2005 vice-président de la Goldman Sachs. Or, c'est précisément la Goldman Sachs qui avait trafiqué les comptes de la Grèce dans le but de camoufler sa dette en 2001 afin qu’elle puisse rentrer dans la zone euro. Cela nous laisse redouter de sombres perspectives.
Dans un dernier souffle, vous avez demandé à l'Italie et à l'Espagne de "faire leur travail". Tout cela n'est pas très nouveau. Privatisations en Grèce, coupes sombres dans les budgets sociaux et dans l'éducation aux Etats-Unis... il faudrait continuer à "affamer la bête" selon les vieilles recettes de ce bon vieux papy Adam. Évidemment, c'est tout le contraire qu'il faut faire. Vous aurez remarqué que seuls les pays à fiscalité forte et à forte protection sociale sont les seuls à avoir résisté à la crise. En 2009, ce sont nos 35 heures, nos RTT, nos congés payés et l'injection des fonds dans la formation qui auront permis de sauver de nombreuses entreprises françaises du désastre dans lesquelles la politique que vous préconisez les aurait faites sombrer imanquablement.
En tant que président de la BCE, vous percevez 345 252 euros par an auxquels s'ajoutent quelques menus frais de représentation. Vous pourrez bientôt prendre une retraite paisible et heureuse aux côtés de vos enfants et de vos petits-enfants, permettant ainsi à de nouveaux talents de pouvoir s'exprimer contre les peuples européens.
Je vous prie de croire, très cher Jean-Claude, à l'expression de ma très sincère et très profonde désolation.
Denis.
Source : Voie Militante
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