Des plans secrets turcs dévoilent la volonté d’envahir la Grèce et l’Arménie

Un plan pour l'invasion de la Grèce du nom de code d'un commandant militaire turc du 11ème siècle, qui dirigeait un État indépendant à l'époque byzantine, a été découvert. C'est ce que le site Nordic Monitor, qui observe les réseaux portant des idéologies extrémistes, révèle et qui permet de confirmer de la part de la Turquie la volonté de reformer l'Empire ottoman.
L'équipe de Nordic Monitor explique que selon une présentation PowerPoint préparée par l'état-major turc pour un examen de la planification interne, la Turquie a élaboré un plan pour une opération militaire secrète appelée « TSK Çakabey Harekât Planlama Direktifi » (TSK [Forces armées turques] Directive de planification des opérations de Çakabey). Le document daté du 13 juin 2014 suggère qu'il a très probablement été mis à jour et finalisé à cette date après un examen d'une version antérieure et qu’il est vraisemblablement toujours actif.
Le site réalisé par des journalistes et experts turcs montre une diapositive avec des parties floutées, qui ne sont pas liées à ce plan, d'une présentation secrète d'un document PowerPoint sur lequel est indiqué le nom de l'offensive militaire contre la Grèce : Zachas (Çaka Bey). ll n'était pas surprenant de voir que les planificateurs turcs ont nommé l'action militaire contre la Grèce du nom d'un personnage vénéré en Turquie, en particulier parmi les marins, comme l'homme qui a dirigé la toute première expédition turque en mer Égée. Les forces de Çaka Bey ont pris le contrôle d'îles de la mer Égée telles que Lesbos, Samos, Chios et Rhodes ainsi que certains territoires des côtes de la mer Égée en 1088-1091 durant l'Empire byzantin. Certains en Turquie l'appellent même le père fondateur de la marine turque.
Le document PowerPoint semble avoir été préparé pour être présenté à l’état-major en tant que plan d'urgence concernant les développements en Syrie. L'armée turque évaluait ses capacités et ses engagements en matière de troupes conformément aux diverses directives de planification en vigueur à l'égard des pays voisins. Ils voulaient maintenir leurs capacités offensives et dissuasives sur le front occidental tout en déplaçant des troupes et du matériel vers la frontière syrienne.
Les documents ont été découverts dans un dossier judiciaire dans la capitale turque où le procureur, Serdar Coşkun, un loyaliste du président turc Recep Erdogan, semble avoir oublié de retirer ces documents classifiés avant de les soumettre au tribunal. Ils ont été récupérés au quartier général de l'état-major lors d'une enquête sur le coup d'État manqué du 15 juillet 2016. Les documents, y compris le plan d'invasion de la Grèce, qui ont été trouvés, ont été échangés entre les principaux commandants de l'état-major par l’emploi d’un e-mail interne sécurisé comme système de communication. Serdar Coşkun a ordonné aux militaires de transmettre des copies de tous les messages électroniques des deux mois précédents, y compris les messages chiffrés du 1er août 2016.
Nordic Monitor montre aussi une photo du ministre de la Défense Hulusi Akar, qui est monté à bord de la frégate de la marine turque Barbaros le 24 mai 2020 d'où il a envoyé un message d'avertissement à la Grèce. Sur la photo, on peut voir une bannière sur laquelle est écrit une citation de l'amiral ottoman Barbaros (Barbarossa) Hayreddin Pasha : « Celui qui gouverne les mers, gouverne le monde ».
La Turquie et la Grèce, deux pays voisins et des alliés de l'Otan depuis 1952, sont en désaccord sur les limites de leurs eaux territoriales et sur leur espace aérien en mer Égée où certaines îles grecques sont alignées le long des côtes occidentales de la Turquie. La délimitation du plateau continental égéen, un différend qui concerne les droits turcs et grecs à l'exploitation économique des ressources sur et sous le fond de la mer Égée dans une zone qui s'étend entre leurs eaux territoriales et la haute mer, reste non résolue.
La Turquie utilise la Grèce comme punching-ball pour faire oublier, selon l'auteur de l'article de Nordic Monitor, les affaires de corruptions de la part du président turc mais aussi pour cultiver le nationalisme turc. Le gouvernement Erdogan renforce sa rhétorique belliqueuse contre la Grèce depuis 2013, explique-t il. Abdullah Bozkurt écrit que « le gouvernement d'Erdogan promeut également l'héritage de Çaka Bey depuis des années ».
Publiant une photo de Binali Yıldırım, le loyaliste le plus digne de confiance d'Erdogan, qui avait exercé pendant plusieurs années le poste de ministre des Affaires maritimes avant de devenir Premier ministre puis président du Parlement, Abdullah Bozkurt explique qu'il « a lancé une campagne en 2010 pour commémorer le record de Çaka Bey » et que « pendant les festivités maritimes de septembre 2010, Binali Yıldırım a été vu montrant la lanterne du navire de Çaka Bey (Çaka Bey Türk Denizcilik Ateşi) qui a été transportée d'Istanbul à Izmir. Nordic Monitor révèle aussi l'existence d'un projet d'opération portant le nom de code « Altay » contre l'Arménie, répertorié dans la présentation PowerPoint et que ce document a été également incorporé au dossier par le procureur Serdar Coşkun.
L'examen des documents indique également que l'état-major turc, qui a partagé les mails au départ, a paniqué huit mois plus tard au sujet des retombées possibles de la révélation des documents sensibles et a commencé à tirer la sonnette d'alarme.
Nordic Monitor est un site Web d’actualités et un site de suivi géré par le Nordic Research and Monitoring Network, basé à Stockholm. Il couvre les mouvements extrémistes religieux, idéologiques et ethniques et les groupes radicaux, avec un accent particulier sur la Turquie.
Pierre Duval
Source : http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1692
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