Erdogan, ce « grand démocrate » devant l’éternel et la question des migrants/réfugiés
Depuis quelques jours, les images inondent le petit écran turc avec une impression de « déjà-vu ». Ces images, relayées abondamment par les médias occidentaux, rappellent le pic de la crise migratoire de 2015.
Est-ce encore nécessaire de rappeler le flot de migrants entassés sur des moyens de navigation de fortune essayant d’accoster dans les ports des îles grecques de la mer Egée ? Cette fois, la frontière terrestre entre la Turquie et la Grèce est concernée également, avec des dizaines de milliers de migrants répondant à l’appel direct d’Ankara de rejoindre la frontière grecque et passer, sans encombre, le ligne frontière turque pour accéder ensuite à l’« eldorado » européen.
L’opération médiatique, savamment orchestrée par les autorités turques, répond à un double objectif de Recep Tayyip Erdogan : renforcer la pression sur l’Union européenne tout en cherchant à calmer les esprits dans son propre pays[1].
Erdogan n’est pas à son coup d’essai. La déroute prévisible de son armée et de ses affidés en Syrie face à l’armée syrienne, soutenue par la Russie, a provoqué une nouvelle fois la colère du sultan néo-ottoman d’Ankara.
Alors, pour maintenir un semblant de puissance et montrer surtout aux Turcs, qu’il contrôle la situation, bref, qu’il décide de l’avenir du monde, il utilise encore et encore l’arme des réfugiés. Le néo-sultan national-islamiste turc souhaite forcer les Européens à s’investir davantage dans le conflit syrien à ses côtés. Il espère surtout les pousser à rallonger leur contribution financière dans la gestion des quelque 3,6 millions de réfugiés déjà présents sur le territoire turc, tout en anticipant une nouvelle vague en provenance d’Idlib, où près d’un million de civils fuyant les bombes s’entassent aux portes de la Turquie[2].
Après avoir cherché le soutien de l’OTAN, Erdogan tente sa chance du côté de l’Europe. Le soutien de l’OTAN n’est pas acquis, au vu de son comportement à l’égard de l’alliance atlantique au moment où il se sentait fort et capable d’exercer son activité favorite : le chantage. Il a notamment préféré acheter le système antiaérien russe S-400 plutôt que ce que la logique voulait (entre alliés ?) Patriot américain. Lorsqu’il a vu que les Russes jouaient leur propre partition en Syrie, il s’est de nouveau tourné vers l’OTAN et l’Union européenne. Jusqu’à quand ces deux entités laisseront faire le sultan ? Telle est la question !
L’Union européenne tremble devant un nouvel éventuel flux de migrants / réfugiés et l’OTAN devant un changement d’alliance de la Turquie…
Encore une chose : le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu se permettait même de donner une leçon de démocratie à la Grèce « qui ne laissait pas les pauvres réfugiés entrer sur son sol » !
Otages de ce grand chantage, les réfugiés en paient le prix fort. À peine arrivés à la frontière, ils voient leur rêve d’Europe se noyer dans un épais nuage de gaz lacrymogènes. Et contrairement à la rumeur, comme le précise Delphine Minoui dans l’article cité, ce ne sont pas les populations désespérées d’Idlib - où la porte turque reste cadenassée - mais essentiellement des migrants afghans, pakistanais ou encore iraniens qui piétinent aujourd’hui à la lisière de la Grèce.
Et n’oublions pas que les amis d’Erdogan dans la région d’Idlib sont les islamistes de Hayat Tahrir Al-Cham (ex Al-Qaida).
En même temps, un autre problème au sujet des migrants, plus insidieux et moins « vendeur » (pour BFM-TV, par exemple) est celui qui concerne Chypre. Rappelons que la Turquie occupe toujours, depuis 1974, le tiers nord du territoire chypriote, et par conséquent, une partie du territoire européen, Chypre étant membre de l’Union européenne dans son ensemble. Depuis des mois, la Turquie d’Erdogan organise sciemment le transfert de migrants vers la partie nord occupée de Chypre et ensuite ces derniers passent vers les régions libres du pays. A ces migrants s’ajoutent ceux qui sont amenés directement vers les ports chypriotes par les passeurs turcs… Cette situation a fait que Chypre est submergée de migrants/réfugiés avec plus de 40 000 en attente de décision sur leur demande d’asile politique ; cela représente le plus fort taux en Europe, en rapport à la population totale du pays.
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