Et si l’héritier de Mitterrand, c’était Sarkozy ?
Mitterrand est celui qui a fait apparaître Le Pen sur la scène parlementaire. Sarkozy sera-t-il celui qui le fera disparaître ?
“S’il y en a que cela gêne d’être en France, qu’ils ne se gênent pas pour quitter un pays qu’ils n’aiment pas.” Après les racaille et kärcher de l’automne, nouvelle petite phrase lancée par M. Sarkozy dans la mare politico-médiatique, et nouveaux remous, nouveaux commentaires inépuisables d’une indignation bien pensante.
M. Sarkozy ferait, par ses propos et son projet de loi sur l’immigration, le jeu de M. Le Pen, et n’obéirait qu’à un enjeu électoraliste, aux dires des membres du PS. Il semble pourtant que M. Le Pen n’ait guère besoin que l’on fasse son jeu, au vu des sondages qui lui sont tout aussi favorables, voire plus, qu’en 2002 - les derniers chiffres en date indiquant en outre que plus d’un tiers des Français jugent "l’extrême droite proche des préoccupations des Français" et qu’elle "enrichit le débat politique".
M. Le Pen est une réalité ancienne maintenant et irréductible dans le paysage politique français, comme l’a toujours été cette partie réactionnaire et xénophobe de la droite. Il est donc bien inutile aujourd’hui de se draper encore une fois dans une indignation vertueuse et de brandir les Droits de l’homme bafoués (sauf à avoir soi-même des ambitions électoralistes). Mais M. Le Pen ne souffle pas leurs idées à ces Français qui votent pour lui, il se fait plutôt l’écho de ce qu’ils pensent. Et il s’agit de ne pas se voiler la face : le pays des Droits de l’homme et de l’ambitieuse devise républicaine a aussi ses versants d’ombre, et est aussi un pays (sans doute parce qu’il est très normatif) marqué par une tradition d’intolérance, de racisme et d’antisémitisme ( de l’Affaire Dreyfus au régime de Vichy) que l’on voit resurgir actuellement. Il existe une constance du pétainisme en France (quand bien même on s’est ingénié, après la Libération, à fabriquer le mythe d’une France résistante).
Il est bon de rappeler aussi que le retour en force de M. Le Pen sur la scène politique dans les années 1980, nous le devons à F. Mitterrand ( que son parcours politique a lui-même mené de l’extrême-droite au socialisme, avec pour seule conviction son ambition personnelle). En réintroduisant le vote à la proportionnelle, il a permis à M. Le Pen de siéger à l’Assemblée de 1986 à 1988, et a affaibli durablement la droite, qui ne pouvait se reconnaître dans cette fraction extrême de son camp ni s’associer à elle (d’où les critiques actuelles de certains membres de la droite aux propos et projet de M. Sarkozy). Vingt après, nous restons héritiers de ce lourd passif, l’ironie de l’histoire ayant même fait que M. Le Pen a devancé le candidat socialiste aux présidentielles de 2002.
Visiblement non résolue par ce qu’il est convenu d’appeler le “sursaut républicain”, la question restée en suspens après ces élections demeure : Que faire de M. Le Pen et de l’extrême-droite (mais surtout des préoccupations de ces Français qui votent pour lui) ? A nouveau, un épouvantail, comme tentent de le faire démagogiquement les socialistes, en l’absence de propositions alternatives ?
A quoi bon diaboliser M. Sarkozy et ses petites phrases, il ne risque pas de faire entrer le loup dans la bergerie puisque, grâce à F.Mitterrand, il y est déjà. On peut se demander si, s’inspirant de la stratégie de Mitterrand, qui a absorbé et neutralisé définitivement le PC pour créer une union de la gauche, il ne cherche pas à intégrer une partie de l’extrême droite et à créer ainsi une grande formation de la droite (à un moment où, par ailleurs, on assiste à une montée de l’extrême droite dans plusieurs pays d’Europe). Dans un domaine très proche, la création du Haut Conseil musulman (en fait initié par M. Chevènement) n’était-il pas une tentative pour lutter contre “ l’islam des caves” et ses tendances radicales - même s’il est vrai que cela n’a pas eu les résultats escomptés ?
Quant à la place des étrangers dans la Cité, rappelons que c’est une constante de la vie politique : dans l’Athènes du Ve siècle avant J.C., qui est, pour nous occidentaux, la première expérience de démocratie, les métèques, ces étrangers qui contribuaient à la vie économique de la cité, étaient exclus des droits civiques (tout comme les femmes et les esclaves). Il est donc normal que cette question fasse aujourd’hui encore l’objet d’un débat politique, comme dans les autres pays européens, avec une situation économique évidemment différente.
Quant à “l’immigration choisie” (quel gros mot ?!), c’est une pratique également ancienne, à laquelle la France et d’autres grandes terres d’immigration ont déjà eu recours pour se construire. Si, au lieu de se regarder le nombril et de s’abriter toujours derrière de grands principes et de grands sentiments, la France consentait à regarder ce qui s’est passé ou se passe dans le vaste monde, cela nous permettrait peut-être de relativiser les choses, de faire preuve d’un peu plus de lucidité et d’adopter des mesures qui puissent satisfaire l’intérêt du plus grand nombre sur cette question. Et est-ce être lepéniste et xénophobe ou réaliste, voire républicain, que d’exiger le respect des lois du pays d’accueil ? Que de penser que l’intégration doit se faire par la maîtrise de la langue et par le travail, alors que ce n’est déjà même pas le cas pour certains Français ?
A noter quand même - et cela n’est pas nouveau non plus- qu’on fait appel à de la main-d’oeuvre étrangère dans des secteurs qui connaissent une pénurie ( bâtiment, restauration...) : alors que nous avons tant de chômeurs, les tâches dures, ingrates et mal payées sont toujours bonnes pour les étrangers, pour qui le travail est une planche de salut par rapport à la situation qui leur est faite dans leurs pays, à la misère desquels contribuent activement les pays développés. Et ce sont ces travailleurs, parfois de longue date, qui se trouvent menacés par certains dispositifs de la loi sur l’immigration. Or eux ne méritent pas de “quitter la France” puisque, en contribuant à son économie, ils semblent “l’aimer”.
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