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Et si nous mettions le nez dans le gentil festival des Conseils d’Administration…

par Michel J. Cuny et Issa Diakaridia Koné

Au moment où Arnold Ekpe s’est vu confier la Direction Générale du Groupe Ecobank (1996), dans quelle dynamique d’investissement se trouve le prince Alwaleed d’Arabie saoudite à la tête de la société Kingdom Holding qui lui appartient à 95% ?

Il est certes partie prenante de Citigroup pour 590 millions de dollars depuis 1991… Mais, peu à peu, son appétit se sera développé, et si nous le rejoignons dans le courant de l’année (1997) qui suit immédiatement l’intéressante promotion du grand prophète de Citibank (USA) chez Ecobank (Togo ?), nous constatons qu’Alwaleed Bin Talal Bin abdulaziz Al Saud en est à 5% du capital d’Apple (115 millions de dollars), à 5% également du capital de News Corporation (400 millions de dollars), qu’il détient 24% du capital de Planet Hollywood, et qu’il a mis 300 millions de dollars chez Motorola… Voilà pour 1997… année où il a investi aussi dans Netscape, l’associé d’AOL et de Time Warner

Une question se pose immédiatement, puisque nous n’avons pas perdu de vue que le prince n’est pas lui-même membre du Conseil d’Administration d’Ecobank… Il y a délégué un certain Jude Kofi Bucknor né au Ghana… Celui-ci ne serait-il que l’un de ses employés ? Détrompons-nous : l’ensemble de sa carrière nous démontre tout autre chose…

Reprenons-la telle que le site npg.org.uk nous la présente à son début :
« Il a commencé sa carrière professionnelle à la Chemical Bank de New York en 1979 après avoir obtenu un MBA en finance de la Columbia University de New York. À Chemical Bank, il est devenu vice-président en 1981. » 

Qu’est-ce donc qu’un MBA ?… Rien qu’un Master of Business Administration, ce qui a la réputation d’être la formation internationale du plus haut niveau existant en matière de gestion d’entreprise … Quand on a la possibilité d’y ajouter l’Université Columbia de New York, il est certain qu’on est bien parti… pour aboutir – en l’occurrence – à la Chemical Bank de New York…

Mais, que Kofi Bucknor ait pu en devenir vice-président dès 1981, voilà qui relève d’une certaine fulgurance !… Le site http://www.chasealum.org des anciens employés de la JPMorgan Chase & Co qui était née, en 1996, de l’absorption de la Chase Manhattan Bank par la Chemical Bank de NewYork, revient sur ceci que Jude Kofi Bucknor aura connu de très près, et que nous retrouverons dans les préoccupations d’Ecobank, tout comme nous les avions perçues dans les préoccupations de ce Jean François Guay dont nos lectrices et lecteurs se souviendront qui se désespérait de la non-bancarisation des… populations pauvres de l’Afrique de l’Ouest :
« Une partie importante de la stratégie de Chemical dans les années 80 a été son passage aux services bancaires électroniques. » 

La suite est tout aussi significative pour nous :
« En 1982, la Banque a dévoilé Pronto, le premier service électronique de banque à domicile et d’information, permettant aux clients d’utiliser un ordinateur personnel pour effectuer la plupart de leurs opérations bancaires à domicile. » 

Mais, dans cette direction-là, il y a mieux encore :
« En 1985, la Banque a aidé à fonder le premier grand réseau de distributeurs automatiques de billets dans la région métropolitaine de New York. Appelé New York Cash Exchange – ou NYCE – le réseau a mis à disposition plus de 1 000 distributeurs automatiques de billets à ses clients dans la grande région de New York.  » 

Pour prendre connaissance de l’heureuse suite qu’auront eue ces étonnants débuts, jetons un œil sur le site zonebourse.com à la date du 12 avril 2020… À ce moment précis…
« Jude Kofi Bucknor occupe le poste de directeur général de J. Kofi Bucknor & Associates Ltd, et il est associé directeur chez Kingdom Zephyr Africa Management Co. » 

Il est donc la cheville ouvrière de la société qu’il a créée en 2000, et qui s’est spécialisée dans le droit des sociétés et dans le conseil à l’investissement, et il reste dans l’entourage rapproché du prince saoudien qui lui aura maintenu sa confiance depuis bientôt vingt ans… Mais « il siège également au conseil d’administration de 8 autres sociétés. » 

Ainsi, depuis 2000, est-il membre non-exécutif du Conseil d’Administration chez Asset & Resource Management Co. Ltd., tandis qu’il est membre du CA, à la fois, chez Baker Hughes Ghana Ltd., chez Pep Stores Ghana, chez Letshego Financial Services Ltd., et à la Bank of Ghana

Tout ceci, qui remonte à une vingtaine d’années en arrière semble se situer au Ghana, dans le pays d’origine de Kofi Bucknor, mais nous découvrons ensuite, toujours grâce au site zonebourse.com, que celui-ci aura reçu en 2004 une promotion très importante en devenant directeur associé de Kingdom Zephyr Africa Management Co. Il s’agit là, en effet, d’une filiale de la holding dirigée par… le prince Alwaweed d’Arabie saoudite…

La suite de la carrière internationale de Kofi Bucknor semble avoir alors reçu un sérieux coup de pouce puisque, selon le même site, il va ultérieurement atteindre des fonctions qui le projettent dans un tout autre univers. En 2007, il entre au Conseil d’Administration de Saham Assurance S.A., une société marocaine. À quoi viennent d’ajouter, en 2012, un siège au Conseil d’Administration de Consolidated Infrastructure Group Limited, une société sud-africaine, et un autre dans celui de Newmont Corporation, une société états-unienne spécialisée dans la production d’or…

Voici les réseaux qui sont venus se fondre à la gestion d’Ecobank sitôt qu’Arnold Ekpe aura été appelé à la Direction générale d’une banque qui ne parvenait pas à prendre son envol, même si l’idée déployée par Adeyemi Olusola Lawson et son fils Kolapo avait réussi à réunir les suffrages – et l’argent – d’une quantité importante d’investisseurs véritablement africains.

Nous voyons que, désormais, en dehors de la technicité dont était porteuse toute une série d’anciens hauts cadres de Citibank qui allaient peu à peu intégrer le Conseil d’Administration d’Ecobank, il y aurait la force financière de capitaux saoudiens en quête de reconnaissance internationale depuis que les crises pétrolières avaient donné à l’OPEP des dents suffisamment longues et dures pour aller jusqu’à faire peur aux États-Unis en fermant brusquement les robinets de l’or noir… C’était en 1973…

Encore quelques mots de zonebourse.com à propos de Jude Kofi Bucknor  :
« Au cours de sa carrière antérieure, il a occupé les postes de président de la Bourse du Ghana, de directeur général de la CAL Merchant Bank Ghana Ltd., de directeur exécutif des finances d’entreprise de Lehman Brothers International, Inc., de trésorier de la Banque africaine de développement… »

Si les populations travailleuses, en Afrique ou en Europe, n’ont pas la force de se réunir pour inventer elles-mêmes leurs vies, nous voyons que la finance internationale organise ses propres chaînes de solidarité dans les beaux fauteuils de Conseils d’administration qui sont ouverts aux transfuges talentueux de tous les pays… Faudra-t-il vraiment toujours la laisser faire ?…

NB. La suite immédiate est accessible ici :
https://remembermodibokeita.wordpress.com/2020/05/06/de-lecrasement-du-socialisme-africain-a-lemergence-foudroyante-dun-enorme-secteur-informel/


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