Etre ou devenir sourd : quel avenir ?
Saviez-vous que les personnes sourdes avaient leur propre culture et leur propre mode de vie ? Pour que tout le monde trouve sa place en ce bas monde, acceptons ce handicap et apprenons à le connaître...
Le handicap auditif est certainement problématique car il ne se voit pas : il est tout de même dépeint comme le plus lourd handicap sensoriel ! Les personnes sourdes éprouvent souvent d’énormes difficultés dans la vie de tous les jours, jugez-en plutôt !
Il y a encore une cinquantaine d’année, les sourds étaient considérés comme des parias, inaptes à toute vie sociale et parfois assimilés à des attardés mentaux. De ce fait, ils étaient mis à l’écart du monde qui les entourait. Les temps ont heureusement évolués, mais la situation des personnes sourdes est encore difficile. Du fait qu’il n’entende pas, le sourd, s’il n’a pas été suivi par une structure spécialisée ou un orthophoniste, ne parlera pas : c’est pour cette raison qu’il y a encore beaucoup de sourds que l’on nomment, à tort, "sourds muets". Le sourd qui ne parle pas n’est pas "sourd muet" : il est tout simplement sourd !
Je travaille depuis quelques années auprès d’un public dont le handicap principal est la surdité. Le problème de la surdité est un sujet vaste et parfois douloureux. La sensibilisation à la surdité n’est pas assez fréquente, que ce soit dans les institutions, dans les milieux professionnels ou dans les milieux scolaires. Quand, au sein de notre association, nous intervenons pour donner des informations sur la surdité, les personnes approchées sont le plus souvent réellement surprises par ce qu’elles découvrent et n’avaient pas envisagés le handicap de la surdité de cette façon.
Pour mieux comprendre, sans entrer dans les détails, les problèmes qui peuvent s’exposer au public sourd, placez-vous dans le contexte suivant : vous n’entendez rien ! Or, toutes les informations que nous, entendants, glanons ici et là, par la radio, par la télé, par deux personnes qui discutent dans la rue, au travail, etc. Toutes ces informations, qui participent à notre culture et notre éducation, le sourd ne les perçoit pas. Cela fait un nombre impressionnant d’informations qui ne parviennent pas à ce public.
Quoi qu’il en soi, il y a des personnes sourdes qui s’en sortent très bien : dans notre association, nous suivons de jeunes sourds dans leurs études, qui obtiennent, non sans peine et sans soutien pour la plupart, des Bac + 4 ou Bac + 5. Ces étudiants font leurs études dans les universités ou dans les facultés, comme n’importe quel jeune. Et je leur tire mon chapeau ! Imaginez la difficulté d’écouter un cours, même pour un sourd appareillé, sachant que le "brouhaha" est l’ennemi n° 1 de la prothèse auditive ! Bien sûr, nous assurons un soutien, souvent par l’intermédiaire de preneurs en notes ou d’interprètes en LSF.
Notre association commence à suivre les enfants dès leur plus jeune âge en leur apportant une aide maximale dans la mesure du possible par un soutien scolaire sérieux. Cela représente beaucoup de travail pour ses petits, dès le plus jeune âge. Et ces enfants, quand nous les voyons s’adresser à un entendant, nous avons du mal à croire qu’il sont sourds !
Nous mettons aussi à la disposition des parents qui le souhaitent, des réunions d’information, de soutien psychologique ou de formation. Ces réunions permettent d’apprendre à être un parent qui accepte la dure réalité de savoir que son enfant est sourd. Car pour certains parents, cette réalité est parfois inacceptable voire insupportable...
Le handicap de la surdité peut être plus ou moins lourd, selon la façon dont il est vécu, non seulement par l’enfant, l’adolescent ou l’adulte lui-même, mais aussi par son entourage. Nous aidons les jeunes adultes à s’orienter au mieux pour trouver une formation ou un emploi, un domaine délicat car il reste encore beaucoup d’a priori chez certains employeurs.
Certains sourds sont appareillés et portent des prothèses auditives, d’autres lisent sur les lèvres ou emploient la langue des signes française. Les sourds ont, en effet, développé un langage, grâce à l’abbé de l’Epée qui créa, au 18e siècle, la langue des signes française (LSF). Depuis 2004, la langue des signes française a été reconnue comme langue à part entière par le Sénat. Ce langage, exprimé avec les mains, mais aussi avec les expressions du visage et du corps, permet aux sourds de communiquer entre eux ainsi qu’avec les personnes qui y ont été formées. Sachez toutefois qu’il existe, de par le monde plus d’une centaine de langues des signes : chaque pays à la sienne !
Nous dispensons, au sein de notre association, des cours de langue des signes française, à un large public : c’est très joli et bien pratique pour communiquer : j’ai moi-même atteint le cinquième niveau, mais j’ai encore du chemin à parcourir...
Enfin, si vous rencontrez une personne sourde, pensez à lui parler bien en face, à articuler correctement (mais pas plus que de raison) et surtout à ne pas crier : un sourd n’entendra pas mieux si vous criez, au contraire !
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