Etre ou paraître ?
Les déçus de la présidentielle n’auront pas manquer de stigmatiser avec indignation le « Blue jean » de Cécile Duflot, posant pour la photo du nouveau gouvernement avec un pantalon qu’il n’est pas courant de voir en pareille occasion, mais qu’est-ce qui est le plus important, l’apparence, ou le fond ?

Cette polémique n'est pas nouvelle : dans la famille Bonaparte, il était plus important de paraitre que d’être, et le père du futur Napoléon, greffier aux moyens modeste, aimait à répéter « mieux vaut manger du pain sec et briller dans ses vêtements ». lien
Mais revenons à Cécile Duflot.
Qui n’a pas glosé sur la nouvelle ministre, laquelle avait placé le Japon dans l’hémisphère Sud, gaffe qui restera collée à ses baskets pendant encore longtemps, mais qui ne commet jamais de gaffe ? lien
Elle vient de faire de nouveau le buzz en posant pour la photo du nouveau gouvernement avec un blue-jean.
Ça a eu le don d’énerver Nadine Morano qui n’accepte pas qu’une telle tenue puisse être portée lors d’un Conseil de Ministre.
Mais la tenue de Morano en bottes noires et trench blanc était-elle digne d’une place de ministre ? lien
Où se trouve véritablement la vulgarité ?
Dans cette vidéo, une sélection de déclarations dans laquelle Nadine Morano se trouve épinglée, et qui nous rappelle de bien mauvais souvenirs.
Mais revenons au Blue jean.
Qui aurait cru que ce vêtement de travail, porté par les pionniers américains, taillé dans la bâche des chariots, et qui d’après la légende viendrait de la ville de Nîmes (toile de Nîmes…denim) dont le nom serait du au « bleu de Gênes », (blu di genova…di-genovese…djin), serait porté par tous, des plus riches aux plus démunis ? lien
La question fait débat, et la ville de Gênes n’entendant pas laisser la seule paternité du Blue-jean à la ville de Nîmes, veut devenir la « capitale du blue-jean », en y tenant un festival du jean tous les ans, au début du mois de Juin. lien
Bien sur, les jeans actuels n’ont qu’un lointain rapport avec les blue-jeans de la fin des années 50 et je me souviens qu’à l’époque, je devais avoir 16 ans, nous allions à Genève pour en acheter d’authentiques, et qu’avant de pouvoir les porter il fallait les mettre dans de l’eau de Javel diluée puis les frotter avec de la toile émeri afin de les assouplir et leur faire trouver cette magnifique couleur bleue.
C’est en 1853 que Levi Strauss eut l’idée de confectionner ces pantalons dans de la « bâche de tente », avant de la remplacer en 1873 par le coton fabriqué à Nîmes, qu’il colorait en bleu dans des bains d’indigo.
En 1874, il déposa un brevet sur les célèbres rivets qui empêchaient les poches de se déchirer et il faudra attendre 1890 pour découvrir le fameux « 501 ». lien
Aujourd’hui d’Uma Thurman, à Bruce Willis, en passant par Naomi Watts, Steve Jobs ou Michael Schumacher, tout le monde porte, ou a porté, un blue jean. lien
Mais oublions le blue-jean pour aller faire un tour du coté de Mark Zukerberg.
Il vient de faire coter en bourse son célèbre « Facebook » et aujourd’hui, alors que cette entreprise est valorisée à hauteur de 104 milliards de dollars, ils sont nombreux ceux qui, comme le chanteur de U2, Bono, le magnat russe Youri Milner, ou Dustin Moskovitz, le copain de chambre du créateur de Facebook, se retrouvent à la tête d’une petite fortune.
Ceux qui comme Cameron Winklevoss, Divya Narendra, ou les jumeaux Tyler qui l’accusaient d’avoir volé leur idée, sont aujourd’hui millionnaires grâce aux actions qu’ils ont obtenues pour arrêter leurs poursuites, doivent aujourd’hui se frotter les mains.
David Choe, le célèbre réalisateur de graffitis, doit se réjouir d’avoir eu la bonne intuition, préférant recevoir des actions, plutôt que du cash. Lien
Pourtant, Mark Zukerberg continue d’être montré du doigt pour sa tenue vestimentaire, le fameux « hoodie » (gilet à capuche), ces capuches qui donnaient des boutons à Roselyne Bachelot, la pourvoyeuse de vaccins si chers.
Mais qu’est-ce qui est le plus déplacé : les tenues « rose bonbon » de l’ex ministre, (lien) ou la capuche de Zukerberg ?
Comment un milliardaire, aussi jeune soit-il, pourrait-il porter une veste à capuche se demandent les âmes bien pensantes ?
D’autant que dans sa doublure, on a découvert des symboles brodés assez inattendus qui ont pu faire croire à l’appartenance du patron de au Facebook à un quelconque réseau d’illuminatis.
Sur ce lien, cette étonnante broderie.
Aujourd’hui, cette veste est devenue objet culte et se négocie sur eBay pour 4000$. lien
Pourtant, la capuche continue à faire débat, et Michael Pachter, de Wedbush Securities affirme qu’il s’agit d’un « manque de maturité » ajoutant que « le fondateur de Facebook (…) doit montrer aux investisseurs le respect qu’ils méritent parce qu’il leur demande leur argent ». lien
Mais heureusement, les temps changent, et tout le monde n’est pas de cet avis, tel Somini Sengupta, chroniqueur au New York Times, citant Zuckerberg écrit : « je suis trop occupé à faire des choses vraiment très importantes pour le reste du monde pour me préoccuper de mon apparence » (lien) et si pour rencontrer Barack Obama, Mark Zuckerberg avait fait l’effort de porter une chemise et une cravate, il avait tout de même conservé les baskets et le jean.
Bernard Madoff, considéré comme le plus grand escroc du siècle a écopé de 150 ans de prison pour avoir fait une escroquerie qui a porté sur 7 milliards de dollars, et il portait toujours une belle cravate et de beaux costumes.
Ses victimes se comptent par milliers. lien
Il y en a eu d’autres, comme Allen Stanford, cet homme d’affaire texan, qui a escroqué 30 000 investisseurs dans plus de 100 pays différents, et qui était toujours tiré à 4 épingles.
L’escroquerie s’était montée à 7 milliards de dollars. lien
Mais le monde change, et porter une cravate, ou pas, n’empêche pas qu’aujourd’hui, avec le poids que représente Facebook, l’économie virtuelle explose littéralement en créant des emplois réels, et nos bons vieux dinosaures politiques se raccrochant à des modèles dépassés, celui des 30 glorieuses, sombrent les uns après les autres, avec leurs Fouquet’s, et leur Rolex, après nous avoir emmenés droit dans le mur.
Récemment, Obama proposait à notre nouveau président d’enlever sa cravate en toute décontraction en lui disant « François, on avait dit que tu pouvais enlever la cravate ». lien
Les publicitaires ont compris qu’il ne fallait pas s’en tenir à l’apparence n’hésitant plus à mettre des punks dans leurs com’, comme ce punk, qui fera les beaux jours de l’Euro star, (lien) celui-ci qui roule en Rover, (lien) ou ce dernier qui roule pour l’Abbé Pierre. lien
On se souvient de Césaria Evora, qui même devenue célèbre continuait à se produire sur scène avec les pieds nus, et ça n’enlevait rien à son talent. vidéo
Elle nous a quittés le 17 décembre 2011 et restera à jamais dans la mémoire des amoureux de la chanson authentique. lien
Au-delà de ça, on peut aussi s’interroger sur la fuite des cerveaux français aux Etats-Unis ou ailleurs, parce qu’on ne leur donne pas les moyens de prouver leurs compétences, (lien) ou de l’amoncellement des difficultés qu’ont rencontré les étudiants étrangers, ayant fait avec succès leurs études en France, et obligés de retourner dans leur pays d’origine, à cause de lois discutables censées freiner l’immigration, afin d’y exercer leur talent, alors que leurs études ont été payées par notre pays. lien
En effet, avant de quitter le pouvoir, Claude Guéant, l’ex-ministre de l’intérieur, avait publié, le 31 mai 2011, une circulaire permettant de pouvoir expulser les diplômés étrangers. lien
Ce qui a provoqué des situations kafkaïennes, comme par exemple celle vécue par Yasmine, jeune tunisienne et brillante étudiante d’une grande école de commerce française, se voyant menacée d’être expulsée au titre de sa nationalité, alors qu’elle avait obtenu une place de consultante en système d’informations dans une grande entreprise de notre pays. lien
Ils sont 8000 étrangers à obtenir des diplômes dans les grandes écoles françaises, et sont tous menacés par cette circulaire.
En Allemagne, un étudiant étranger reste au moins un an après la fin de ses études, manière de remercier le pays qui lui a permis d’obtenir son diplôme, façon aussi pour le pays d’accueil de récolter les fruits de son investissement humain.
Je ne résiste pas, pour conclure, au plaisir de citer deux commentaires qui ont suivi la vidéo sur Yasmine proposée plus haut.
L’un : « t’as reçu la même qualité d’études qu’un français, ton diplôme dans la poche, la France ne te doit plus rien de plus. Il faut être raisonnable un peu » et l’autre : « va au Canada, Yasmine ou bien aux USA, fuck la France ».
Mais revenons au thème de l’article : « être ou paraitre ».
En France, nous avons un proverbe qui dit que l’habit ne fait pas le moine, mais mon vieil ami africain est plus radical en affirmant : « un âne, même avec une cravate restera toujours un âne »
L’image illustrant l’article provient de « lesinrocks.com »
Merci aux internautes pour leur aide efficace
Olivier Cabanel
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