Euro 2021 : Mais qu’est-il arrivé à l’équipe de France ? Juste le retour de Benzema
On commente la défaite des Bleus en expliquant qu’il a manqué « un ambianceur » dans ce groupe. Mais y a-t-il eu « un déstabilisateur » (1) ? S’il y a eu un événement dans l’événement qu’est l’Euro, ce fut bien le retour de Benzema dans l’équipe de France, décidé semble-t-il à la dernière minute, et dans des conditions qui méritent un point d’arrêt. Après l'élimination de l'équipe de France face à la Suisse, les langues se délient. On apprend que l'ambiance n'a pas été aussi sereine qu'on a bien voulu le dire, le retour de Karim Benzema ayant visiblement "lézardé l'union du vestiaire », comme le révèle un article du jour. D’ailleurs, c’est bien ce qu’ont renvoyés les échanges musclés entre le sélectionneur et ses joueurs, et la fébrilité certaine qui semblait avoir gagné l’ensemble de l’équipe sur le terrain, au moment crucial où les Bleus ont perdu la partie. On explique ainsi qu’en décidant, à la surprise générale, de faire revenir Karim Benzema pour les derniers matchs de préparation avant l’Euro, « Didier Deschamps n’a peut-être pas perçu que ce come-back pourrait faire apparaître quelques failles », ou plutôt en créer.
Rembobinons
Que s’est-il passé depuis le retour de Benzema ? Tout d’abord, nous avons assisté à une campagne de propagande en faveur du joueur madrilène via les journaux sportifs, pour exiger qu’il soit sélectionné par Deschamps. Ce fut un véritable feu roulant. Plus encore, il était présenté comme un sauveur, celui qui allait tout changer, au regard pourtant d’une équipe de France Championne du monde qui ne l’avait pas attendu pour conquérir ce titre.
De retour dans l’équipe, il n’y en a eu que pour lui dans les médias. Giroud, second meilleur buteur de l’histoire des bleus était laissé sur le banc comme remplaçant, ambiance plombée assurée. Griezmann censé tirer les pénaltys voyait Benzema s’imposer à sa place, et devenir un concurrent sur la même zone d’attaque, nuisant à son rôle de meneur de jeu. Pogba, considéré comme le magicien de l’équipe était éclipsé par le madrilène. Contrairement au scénario vendu par la communication tricolore, tout n’était pas si rose dans ce contexte, et le superbe groupe de 2018 a laissé la place à un vestiaire un peu moins soudé et doutant de sa force, commente-t-on à présent.
Peu de voix ont osé s’interroger sur le retour de Benzema en équipe de France. Il fallait, il faut le dire, un certain courage face à la déferlante pro-Benzema. Raymond Domenech, ancien sélectionneur de l’équipe nationale, s’interrogeait après le retour de Benzema : "Il faut peser le pour et le contre. Le contre, c'est justement que cette équipe de France, maintenant et que Karim soit venu, tout se focalise sur Karim. […] les autres à côté se sentent un petit peu éteints, qu’ils ne sachent plus trop où est leur place… […] C’est un côté un peu gênant. ». Lizarazu, champion du monde 98, fin psychologue et consultant, apportait aussi son bémol, parlant de cohérence, d’équilibre à trouver. « Quand on a Griezmann, Mbappé, Dembélé, Benzema, Giroud, Coman, ça fait quand même beaucoup de matière. […] Mais il faut trouver la bonne formule - les bons équilibres - les bonnes combinaisons de joueurs, parce que ce n’est pas en mettant sept joueurs offensifs qu’on va marquer forcément plus de buts que l’adversaire. Il faut attaquer et défendre. ». La réalité n’a fait que confirmer ces propos.
Retour sur un mauvais film
Benzema, parce qu’il n’avait pas été sélectionné pour l’Euro 2016, en raison de son implication dans l’affaire de la sextape Valbuena, déclare dans un entretien à « Marca » quotidien sportif espagnol, que Didier Deschamps et Le Graët ont cédé « à une partie raciste de la France ». Ce dont il ne s’est jamais excusé, pas seulement publiquement à l‘adresse de Deschamps mais de la France. Sans compter encore avec la polémique autour de son refus de chanter la Marseillaise… On pourrait aussi rappeler qu’il a été mis en examen et renvoyé devant le tribunal dans cette fameuse affaire de la sextape, qui est loin d’être réglée. Incarner dans ces conditions la France, à travers son équipe de foot nationale, pose tout de même déjà quelque peu question.
Nombre de journalistes n’ont cessé, dans la période qui a précédé la révélation des choix du sélectionneur français, de crier au loup, pour dire que ne pas y trouver Benzema serait « un crime ». Tout en faisait prévaloir sur toute autre considération, la saison du joueur au Real Madrid, même si elle se termina sur l’échec des demi-finales de la Ligue des Champions. Donc, uniquement sur ses qualités individuelles, toute interrogation sur sa capacité à pouvoir intégrer le groupe France pour s’y fondre étant reléguée aux oubliettes. Pourtant, l’ego d’un Benzema ne passe pas inaperçu, joueur qui n'est pas connu pour se remettre en cause. Savoir jouer devant est une chose, en groupe avec humilité en est une autre. Dans ce prolongement, on insiste pour dire que Benzema a rempli son contrat en marquant deux fois contre la Suisse, mais la réussite d’une équipe ne se compte pas en buts, seulement en victoires.
Un autre argument trainait dans la presse pour justifier son retour, qui vaut son pesant, biaisant tout dès le départ. Dans un article titré « Benzema, c’est la banlieue » Riolo », Consultant pour RMC Sport, expliquait « bon gré mal gré, Benzema est un porte-voix, un symbole. Il incarne le bi-national en malaise avec la France […] Benzema, c’est la banlieue. Celle dont la France a raté l’intégration ». Que dire d’une telle caricature de la banlieue assignée à ce « raté » et essentialisée ! Vision déjà critiquable, mais argument béton pour faire du foot le vecteur de ce n’importe quoi qui introduit l’idée de quota de ceci ou de cela, pour faire accepter ce que l’on veut, mais qui n’a plus rien à voir avec le sport. Une arène politique où le ballon et l’équipe nationale passent soudain, ainsi, après.
On retrouve cette dimension identitaire effectivement chez certains supporters : « Chez les fans de football. "Quand tu es pro-Benzema, tu es quasiment automatiquement anti-Giroud", résume Pierre Ménès dans le documentaire Olivier Giroud, le mal aimé, diffusé sur la chaîne l’Equipe. Fallait-il encore ici flatter cet état d’esprit ? Si on y ajoute que Benzema n'hésitait pas à clamer en 2020 "On ne confond pas la F1 (lui) et le karting (Giroud)". Dans ces conditions, comment le retour de ce joueur dans l’équipe de France aurait-il pu ne pas être synonyme de malaise ? Deschamps est-il devenu soudain aveugle et sourd, face à tout cela ?
Comment aussi oublier que Benzema, quelques jours après l’assassinat de Samuel Paty, a liké un post de Khabib Nurmagomedov, le champion de MMA, qui réclamait la punition divine envers ceux qui empiètent sur l’honneur de Mahomet, tout en insultant le président de la République parce qu’il avait défendu la liberté d’expression ? Equipe de France, vous dites ?
Sur Sport.fr, un article titré « Benzema, la boulette de BFM », rend très bien compte de la pression qui s’exerce autour de Benzema pour interdire toute critique à son encontre. La chaine qui avait titré « Le miracle Benzema n’a pas eu lieu », n’a pas plus. Et comme par le plus grand des hasards, c’est le journaliste militant Taha Bouhafs engagé aux côtés d’Assa Traoré, et autres indigénistes, qui y a réagi : « Ah ouais, ils sont déjà sur ses côtes », a-t-il ainsi écrit, capture d’écran à l’appui. Face à quoi BFM a vite réagi comme s’en est justifié Raphael Grably, chef de service de BFMTV. « Le titre a été modifié tout de suite « le miracle Benzema n’a pas suffi », a-t-il ainsi souligné, afin d’éteindre la polémique... No comment !
Des Bleus capables de défendre leur titre, mais sans Benzema
Si Deschamps n’a pas cédé à cette fameuse partie dite « raciste de la France » en 2016 en ne sélectionnant pas Benzema, il a à coup sûr là cédé à une autre pression, celle de journalistes sportifs qui font parfois plus de politique que de sport, auxquels ce jeu qui se fait à coups de millions jusqu’à étourdir ou écoeurer, leur donne l’illusion d’être les véritables dieux du stade. C’est sans doute à cela qu’il faudrait finir par faire un sort.
En regardant cette accumulation de problèmes posés par Benzema, on commence à mieux comprendre ce qui a bien pu rendre si méconnaissables les Champions du monde en titre, du vestiaire au terrain. Le mal est fait pour l’Euro, mais aura-t-on le courage de casser cette logique suicidaire, en redonnant aux Champions du monde leur statut sans lui, pour qu’ils puissent jouer leur carte lors des prochains mondiaux en défendant leur titre ? C’est sans doute loin d’être gagné.
1-https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/benzema-le-retour-un-choix-au-233356
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