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Accueil du site > Tribune Libre > Fin pour DSK et Anne ? Fin pour l’Europe

Fin pour DSK et Anne ? Fin pour l’Europe

Aujourd’hui dimanche, flânant au bord de mer, j’ai surpris une conversation amusée sur un certain Strauss-Kahn et une dénommée Anne Sinclair qui, selon les dires de ces gens assis sur un banc, se sépareraient après avoir été un couple uni. A noter que les gens d’en bas ne disent pas DSK mais Strauss-Kahn, symbole significatif d’une plèbe provinciale refusant d’user de vocables germanopratins. Ce détail n’a aucune importance, pas plus du reste que la vie privée du couple Strauss-Kahn mais comme les médias sont friands de ces cancans très french, alors ça buzze et ça cancane dans les chaumières et c’est un fait significatif de l’insignifiance de l’écume médiatique. L’individu moyen est aussi un voyeur et l’époque est au voyeurisme autant qu’au narcissisme et au travestissement des valeurs autant qu’à la décadence et au trucage de la morale. Toi internaute, qui croit découvrir quelque scoop en cliquant sur le lien vers ce billet, tu ne sauras rien de plus et tu iras de brosser, car je ne sais rien mais c’est certainement plus important de causer un peu Europe. Mais avec légèreté et désinvolture car c'est l'été !

Ça sent la fin de l’année et comme d’hab dira-t-on, les animateurs médiatiques qui meublent notre quotidien nous annoncent la der de la saison et le ton émoustillé, nous donnent rendez-vous en septembre. Il va falloir se passer de Pascale Clark, Bernard Guetta, Thomas Legrand, Bernard Maris et Patrick Cohen. Finies les mauvaises nouvelles. Le sommet de la dernière chance est bouclé au moins pour l’été, le Cac 40 est tonique, tout va bien, avant que les chiffres de l’automne ne convoquent à nouveau Angela, François Mario et les autres pour un autre sommet. Quoique, une équipe de journaleux remplaçants se fera un plaisir de nous donner encore d’autres nouvelles peu réjouissantes, au moins pendant un mois, avant les habituels reportages sur les bouchons, les baigneurs, les vieux sous la canicule, les vacanciers morts sous une hélice de bateau et les incendies de forêt sans oublier les médailles des Français aux JO. Que retenir de toutes des informations livrées sans décryptage ? La crise, on ne la voit que là où elle fait des dégâts. A Bordeaux, les Epicuriales ont très bien marché et les commerçants sont satisfaits alors qu’Alain Juppé est hyper content. Les Epicuriales, ce sont des bars et restos temporairement installés allées de Tourny, dans le triangle d’or bordelais. On peut y déguster des cocktails ou des spécialités gastronomiques. Seule condition, ne pas regarder à la dépense. Apparemment, les gens ont les moyens. Quelques centaines de mètres plus loin, on verra quelques individus se déplacer furtivement pour faire les poubelles. C’est triste et je ne vais pas trop m’étendre sur ces sujets. Je ne voudrais pas gâcher vos vacances.

Champagne pour les uns, poubelles pour les autres. Quant au monde industriel, il obéit à la même logique. Des multinationales se portent bien, Volkswagen, Apple, LVMH, L’Oréal. D’autres comme Peugeot sont en difficulté. Alors les analystes disent que c’est la faute à Peugeot, que cette entreprise n’a pas déployé la bonne stratégie, que sa politique commerciale n’a pas été adéquate. Et le type qui fait les poubelles, c’est de sa faute aussi, il n’a pas su trouver le chemin vers l’emploi. Le libéralisme fonctionne avec les principes du darwinisme. Le marché exerce une sélection financière et les plus adaptés prospèrent tandis que les mal adaptés dépérissent. Le monde global est un peu à l’image d’un verger. Si les flux financiers irriguent les territoires, alors il y pousse des entreprises et des gens ont un bon revenu. L’image n’est pas trompeuse, elle est employée dans le vocabulaire des économistes qui parlent d’une pépinière d’entreprises. Ce qui signifie qu’il y a aussi des territoires désertifiés, délaissés du marché. Partout on en trouve et en France, ces lieux sont souvent éloignés des centres industriels et administratifs, dans les zones rurales ou alors des zones urbaines interstitielles parfois nommées banlieues. L’Europe n’échappe pas à cette logique. Il y a des régions et des pays du genre pépinière. En Allemagne, en Italie vers Milan et Turin, en Espagne aussi, du côté de Barcelone ou Bilbao, au Luxembourg et puis des régions du genre désert, en Andalousie, Irlande, Grèce, Portugal, Calabre, département 93… C’est ça l’Europe.

Ceux qui réussissent pensent qu’ils le méritent, que tout est dû à leur talent et leur travail et que s’ils ont en plus des hauts revenus, c’est qu’ils le méritent aussi. Telle est la rhétorique qui permet de justifier les inégalités et qui en fait, sert d’idéologie au système. Faut entreprendre et bosser et gagner grâce à ses mérites, sauf que le jeu est truqué et que si ça se trouve, l’Europe est une arnaque servie elle aussi comme plat de résilience idéologique pour faire avaler aux gens leur situation. L’Europe, c’est un machin créé avec de bonnes intentions et une finalité qui devait être transitoire, celle d’instaurer une paix durable. Cette mission une fois accomplie, l’Europe s’est lancée dans une finalité de croissance et de puissance. Ce faisant, elle se dissout dans le grand ensemble global où la Chine, l’Inde et le Brésil sont en plein développement alors que les States stagnent en essayant de se relancer et que l’Europe fait du surplace après avoir rêvé d’une économie de la connaissance. Bref, l’Europe a tout à perdre en se préoccupant uniquement de croissance mais l’Europe est peut-être définitivement perdue par elle n’a plus les élites politiques et intellectuelles pour lui suggérer une voie, ni des peuples audacieux et c’est peut-être pas une mauvaise chose car le grand récit conduit dans le mur et l’idéologie anesthésie les consciences. Il reste alors à tuer l’idéologie de la croissance et du mérite et réclamer autre chose de l’Europe tout en devenant exigeant vis-à-vis de soi-même, car être humain, c’est se rendre digne, inventif et libre. Alléluia !


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9 réactions à cet article    


  • Cédric Moreau Cédric Moreau 2 juillet 2012 11:11

    « Et le type qui fait les poubelles, c’est de sa faute aussi, il n’a pas su trouver le chemin vers l’emploi. »


    Qu’est-ce que je peux l’entendre ça ... et pas l’encadrer. Quelle hypocrisie (ou aveuglement ?) de ne pas admettre que le système crée cette situation. On peut reprocher des choix aux personnes, mais s’il n’y a pas d’égalité à la base, il n’y en aura pas non plus à l’arrivée.

    • Nestor 2 juillet 2012 14:03

      Salut Cédric ...

      Te fatigue pas va ... Comment veux-tu changer le monde quand des gens y possédent des paroles aussi sectaires, aussi débiles que celle que tu as mi entre guillemet !


    • stanh 2 juillet 2012 12:00

      Je pense que le libre arbitre est un conte pour enfants, encore une invention pour glorifier l’humain.Je ne crois pas au concept de « choix » et il est d’ailleurs impossible de prouver son existence. Alors le mérite.


      • Emmanuel Aguéra LeManu 2 juillet 2012 14:41

        Décidément, Premier degré, quand tu nous tiens...
        Encore un superbe article, Bernard, joli coup de blues, je ne pourrais même pas dire si ton maintenant légendaire optimisme est contagieux, il y a si longtemps que je suis contaminé... Comme tu dis, « champagne pour les uns... poubelles pour les autres » (on aurait pu dire « Aéroplane blindé et boeing déglingué »), mais c’est pas grave, Juppé est content. A part ça, hier fête du château à Nice, beaux concerts, discours on ne pouvait plus anachroniques, et environ 100 fois moins de personnes qu’il y a 20 ans. Mais il nous reste les barbajuans de la section de la vallée de la Roya.
        Et l’huile d’olive.


      • stanh 2 juillet 2012 14:43

        @manu

        Premier degré ? Je donnais seulement mon avis sur le sujet du « choix » et du « mérite » mentionné par l’auteur, avec qui je suis d’ailleurs d’accord.
        J’ajoutais une précision, si vous préférez.


      • soimême 2 juillet 2012 14:34

        c’est assez fâcheux de rappelez à ses bonnes gens que leurs réussites se fondent en réalité sur la souffrance des autres, et que leurs manifestations de leurs suffisances, c’est le plus grand nombres qui le paye par les taxes et les impôts !

        c’est vrai, il est vraiment inconvenant ce papier, de rappel à ceux qui pensent avoir droit à une cuillère vermeille, de venir jouer le trouble fête et de leurs rappel que le Roi est nue !


        • C'est Nabum C’est Nabum 3 juillet 2012 07:37

          Bernard


          La pinacothèque va fermer ses portes et quelques braves gens se désolent de la fin d’un spectacle qu’on a bien voulu leur servir.

          L’ogre s’en retourne dans son château, nouveau Gilles de Rais, son inculture lui aurait laisser mettre un « e » au patronyme de son modèle mais son Anne n’était pas Jeanne et l’histoire s’arrêtera là !

          • Gonzague Gonzague 3 juillet 2012 08:23

            Article très plaisant à lire. J’aime beaucoup votre style.


            • BA 3 juillet 2012 08:48
              Pour l’année 2012, voici les plus importants budgets de l’Etat :

              Budget de l’Enseignement scolaire : 62 milliards d’euros.

              Budget de la Défense Nationale : 38 milliards d’euros.

              Budget de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur : 25 milliards d’euros.

              Budget de la Sécurité : 17 milliards d’euros.

              Budget de l’Insertion, de la Solidarité et de l’Egalité des Chances : 12 milliards d’euros.

              Or, que vient de nous apprendre la Cour des Comptes lundi 2 juillet 2012 ?

              La Cour des Comptes vient de nous apprendre cette information ahurissante :

              « La Cour des comptes lance une alerte : la dette publique devrait dépasser 90 % du PIB fin 2012 (pour mémoire, elle était de 64 % fin 2007). La dette publique imputable aux programmes d’aide aux pays en difficulté (prêts bilatéraux ou par l’intermédiaire du FESF) devrait s’élever à 50,2 milliards fin 2012, contre 14,5 milliards fin 2011 - soit une hausse de 1,8 point de PIB. » 


              En clair : les Etats européens en faillite entraînent tous les autres Etats européens dans leur chute.

              Tous les autres Etats européens, y compris la France.

              Le naufrage du Titanic continue.

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