Google rachète Waze qui s’associe à Vinci et à la Sanef : pour mieux nous « vendre » ?
Aujourd’hui, en Europe, plus de 80 % des recherches en ligne sont effectuées via Google, qui se trouve ainsi en situation de quasi-monopole sur la recherche d’information. Grâce à cette position, le moteur de recherche en sait de plus en plus, sans doute trop, sur ses utilisateurs. Il récolte des données de contact avec Gmail, des données de géolocalisation avec Google Maps, et toute sorte d’informations concernant les activités et déplacements des internautes grâce à Google Agenda. Mais la célèbre société américaine ne compte pas s’arrêter là. En juin 2013, elle a déboursé 1,3 milliard de dollars pour s’offrir Waze, une application de navigation « gratuite » et « communautaire » qui vient de se rapprocher de la Sanef et de Vinci. Officiellement pour nous faciliter la route. Dans les faits, il s’agit surtout de mieux nous (la) vendre, en nous suivant de très près.
Sur Waze, la navigation se fait en temps réel en prenant en compte l’état du trafic grâce à la collecte des données des utilisateurs. Ceux-ci peuvent en effet indiquer leur position et l’état du trafic (accidents, contrôles routiers, radars, chantiers et ralentissements…). Grâce aux informations ainsi collectées, Waze est en mesure de proposer à ses utilisateurs une nouvelle route plus rapide et plus sûre.
L’application, on l’a dit, est gratuite, ce qui oblige la société à générer de l’activité économique par des revenus publicitaires basés sur la localisation des utilisateurs. Car il ne faut pas se voiler la face : « le client de Google ce n’est pas vous et moi, utilisateurs de YouTube, Gmail ou Android, mais bel et bien les annonceurs et tous ceux qui vivent des services publicitaires fournis par Google », comme le souligne Aurélien Duthoit, directeur des synthèses Precepta chez Xerfi. Autrement dit : avec Google, lorsque vous n’êtes pas le client, vous êtes le produit.
Le rachat de Waze n’était donc qu’une nouvelle action s’insérant dans la stratégie globale du moteur de recherche. Sous prétexte de nous faciliter la route, il s’agira en réalité de nous en imposer une, en fonction des informations que l’application aura récoltées concernant nos déplacements et nos centres d’intérêts. Des informations qu’elle pourra ensuite vendre à ses véritables clients, les magasins et les marques qui auront payé pour figurer sur les cartes de l’application et apparaître le long des itinéraires. Car c’est bien cela qui a suscité la convoitise de Google, qui a vu dans l’application communautaire une menace pour son service de cartographie Google Maps. En s’emparant de Waze et de sa plateforme publicitaire, Waze Ads, le géant américain se donne les moyens de renforcer ses données cartographiques avec des remontées fréquentes d’informations précises mais, surtout, permet à ses vrais clients (les sociétés) de développer des stratégies de publicité ciblée sur des trajets extrêmement précis.
Or, Waze vient de s’associer à la Société des autoroutes du Nord et de l’Est de la France (la Sanef, qui gère l’A1 et l’A16, deux axes majeurs dans l’Oise) et à Vinci Autoroutes. Par le biais d’un flux de données, la Sanef transmettra tout ce qu’elle collecte avec ses différents outils (des capteurs ou des caméras) et recevra en échange les signalements faits par les utilisateurs de l’application. Les « Wazers » pourront signaler toute sorte d’événements liés au trafic, tels qu’un camion arrêté sur le bas-côté ou un animal divaguant sur la bande d’arrêt d’urgence. De son côté, Vinci Autoroutes promet à ses 2,2 millions de clients une information trafic encore plus régulière et précise grâce au partenariat signé avec Waze.
Ça, c’est pour la théorie. Mais dans les faits, que se passe-t-il lorsque l’espace public (en l’occurrence les autoroutes) est livré à la rapacité des acteurs privés dont l’objectif n’est pas le partage de l’information d’une façon neutre et généralisée, mais, bien au contraire, la commercialisation des informations concernant les déplacements et habitudes des citoyens ? Le cas Waze pourrait devenir un nouvel exemple des dérives de l’économie dite « collaborative ». Un certain nombre de bonnes intentions, généralement liées à des valeurs de partage et solidarité, sont récupérées par des acteurs privés qui détournent les initiatives tout en en conservant le discours. « Votre trajet sera plus sûr, plus efficace, plus agréable », et pourquoi pas plus solidaire et plus engagé tant que nous y sommes ! Mais ce ne sont là que des arguments de vente. Votre trajet sera surtout mieux surveillé, mieux étudié, mieux calculé, rationnalisé. Et tout cela pour qu’il puisse être, tout simplement, mieux commercialisé, mieux vendu.
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