Habemus président ; enfumage et fumée blanche sur la Deux

Le pape François, pardon, le président François Hollande est venu à la rencontre des Français en s’immisçant dans les foyers grâce à l’écran magique. Les éditocrates ne cessent de dire que les Français sont inquiets, que le président doit indiquer le cap, parler aux citoyens, leur dire où il va, ou bien à défaut où va la France. C’est un peu comme dans une croisière. Les passagers regardent depuis leur cabine la côte et se demandent si le paquebot avance et s’il ne risque pas de s’échouer. Alors le soir, quand tous les croisiéristes sont dans la salle à manger, l’apéro servi frais et les entrées bientôt dans les assiettes, le capitaine monte sur l’estrade, prend une microphone et s’adresse à la petite assemblée pour annoncer quelle sera la prochaine étape et quelle sera la vitesse de croisière. Du coup, les passagers sont rassurés mais pas tous car certains se demandent si le capitaine dit la vérité. Le passage de Hollande à la télé, c’est un peu le capitaine des Français qui vient exposer la situation du pays et surtout comment il compte s’y prendre pour piloter le navire. Attention tout de même, la mer est parsemée de requins et le plus féroce d’entre-eux suit de près le navire, prêt à faire crisser ses dents de l’amer en s’écriant : eh François, tu n’es qu’un capitaine de pédalo !
Il y aura de la fumée blanche mais pas pour annoncer des bonnes nouvelles. Pas de retournement de la courbe du chômage, au vu des annonces de plans de licenciement à répétition. Et surtout la récession en prévision pour le premier trimestre avec une baisse du PIB qui s’ajoute à la précédente du quatrième trimestre 2012. La France va passer en récession. Alors attendons le président pour plus de précision ou alors un peu de diversion. Même si la fumée blanche indiquant le retour de la croissance n’est pas à l’ordre du jour, le président est là pour nous enfumer et je crains qu’il n’ait pas le choix. Et c’est la vérité même puisque Christophe Barbier, l’homme qui analyse toutes choses, l’a affirmé. Hollande est attendu par les Français qui sont angoissés. Déjà qu’en période normale ils sont inquiets et premiers consommateurs de psychotropes, alors imaginez l’état de neurasthénie nationale en cette période pas du tout normale où les Français attendent le président normal pour qu’il endosse le costume de superman. Le problème, c’est que quand Sarkozy a quitté l’Elysée, il a emporté le costume avec lui. Alors l’exercice devra se faire avec une tenue normale face à un journaliste non moins normal sur la chaîne du service normal.
On notera l’attente des médias et la succession des analystes sur les plateaux télé-radio pour commenter et interpréter un événement avant qu’il n’ait eu lieu. Les supputations sur ce que va dire le président se succèdent et un faux suspense est entretenu. On sait surtout que François Hollande est cloîtré à l’Elysée pour préparer son intervention. Rien de bien étonnant, avant la fumée blanche, il y a le conclave. Mais quelques conseillers présidentiels se sont certainement employés à faire filtrer quelques détails sur le contenu des énoncés présidentiels. Quelques Français ont même eu un quart d’heure de célébrité en étant interrogé sur ce qu’ils attendent du président. En période de crise, la France est toujours en attente de l’homme providentiel, du magicien qui résout tous les problèmes, les fins de mois des travailleurs, la violence faite aux policiers, les mauvais résultats du gamin à l’école, le chômage des jeunes, le chômage des vieux, l’insécurité dans les quartiers, la croissance et même la persistance du froid. Hélas, la réalité est toute autre. Et l’on n’accusera pas Hollande d’être impuissant car il est dans un système devenu oligarchique et dont la puissance est incommensurable avec la force d’un seul homme, même s’il occupe la place de président. Son prédécesseur Mitterrand savait lui aussi qu’on ne peut contrecarrer les forces historiques. En 2013, les forces sont oligarchiques. Mais comme toute institution doit faire apparaître son dirigeant, alors la fumée blanche sera de mise et les Français seront rassurés, il y a bien un président, tout comme l’Eglise catholique a son pape. Et les fidèles de la masse sont entre les mains agitateurs dans les réseaux sociaux, prêts à lancer des louanges ou des condamnations selon le camp où l’on se situe. Les réseaux sociaux sont en fait des réseaux idiots avec des masses d’internautes guère plus intelligents que les masses urbaines dans les années 30.
20 h 15 pile, le moment de vérité commence. David Pujadas entame la conversation comme si François Hollande devait passer un entretien d’embauche pour être reconduit dans ses fonctions, ou alors un oral de l’ENA ou même un audit comme il s’en passe des tonnes dans les boîtes industrielles. Un mélange subtil de trois exercices avec tout de même une dominante oral de l’ENA impulsée par Pujadas. Les réponses de Hollande sont convenues. L’Europe est en récession mais les invocations de Hollande montrent qu’il est déterminé à relancer la croissance même si c’est impossible.
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20 h 45. Je craque, je laisse tomber. C’était attendu. Un discours de formules convenues mais vide de contenu. Comme le veut l’exigence des déclarations publiques à l’ère des médias de masse et de la religion des célébrités. Un discours pour tous, comme il y a un mariage pour tous. Rien de bien fracassant. Le public des masses citoyennes a eu sa dose de déclaration et s’en ira déçu reprendre une activité normale. Les masses ont le président qu’elles méritent et elles ont pu le voir ce soir à la télé. Habemus président, la fumée blanche est apparue sur la Deux.
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