Il faut cacher les dictateurs
Face aux dictateurs qui grouillent sur la planète et qui, sûrement, harcèlent l’Elysée, le Président normal a trouvé une recette qui marche jusqu’à présent : il faut cacher les dictateurs ! Il ne peut pas faire autrement, parce que les démocraties occidentales sont dans ce malaise permanent : elles sont à la fois dépositaires d’un idéal qui fait espérer tous les peuples à travers le monde : la démocratie, la liberté, les droits de l’Homme ; et confrontées à la réalité « crue » de la politique internationale. La realpolitik.

Ainsi, le 18 septembre dernier, François Hollande a « dû » recevoir le Président azerbaïdjanais, Ilham Aliev. La dynastie des Aliev, au pouvoir depuis vingt ans, est pourtant accusée par les ONG internationales de réprimer l'opposition dans le sang et d’entraver la liberté d'expression. Ilham Aliev, lui-même, s’est illustré en ravivant la tension avec son voisin démocratique, l’Arménie, lorsqu’il a gracié un officier condamné pour le meurtre d'un militaire arménien. Ce qui lui a valu une lourde manifestation à Paris aux cris d’« Aliev fasciste, Aliev hors de France ! ». Le Président normal a sûrement anticipé le caractère polémique de cette visite en interdisant aux photographes de presse d'accéder à la cour de l’Elysée.
Deux mois plus tôt, François Hollande avait poussé la discrétion encore plus loin en recevant le roi du Bahreïn, le 23 juillet. La rencontre n'avait même pas été inscrite à l'agenda présidentiel. Cela voulait tout dire.
Le roi Hamad Ben Issa al-Khalifa, aidé par les Saoudiens a réprimé dans le sang un début de révolte du printemps arabe en 2011. Soixante morts, selon Amnesty International. L’ONG des droits de l’Homme a fermement dénoncé « le caractère quasi secret » du passage du souverain arabe à l’Elysée.
D’autres dictateurs ont déjà défilé à l’Elysée, dans le silence de nos médias.
Le 05 juillet 20012, Le Président gabonais Ali Bongo, fils du parrain de la Fraçafrique Omar Bongo, a été « officiellement » reçu à l’Elysée. Et pourtant, le 13 avril, interrogé par Médiapart, le candidat de la gauche, François Hollande, avait jugé que l'élection présidentielle gabonaise « n’était pas dans les critères de ce qu’on peut appeler ‘des élections démocratiques’ ». Il était encore en période de campagne et tenait fermement à ce que les tyrans restent cantonnés dans l’exclusion qu’ils méritent.
Une fermeté qui tranchait avec la « méthode Sarkozy ». Le « Président des riches », lui, avait entrepris de s’affranchir de toute forme de considération d’ordre moral. Avec « Nicolas », il fallait tout montrer aux Français, en matière de politique internationale : du sordide. On embrasse des salauds ! Devant toutes les caméras du monde. C’est comme ça, point barre ! Une franchise qui, pourtant, ne lui a pas du tout réussi. Heureusement. Car l’avenir de l’humanité n’est pas dans le sordide, et l’homme de Neuilly a fini par s’en rendre compte.
En effet, après s’être petitement « écrasé » devant un « illustre bédouin », qui en a profité pour déployer sa toile sur la pelouse de l’Elysée et ridiculiser la France, Nicolas Sarkozy s’est repris en lui déclarant la guerre, au nom des droits de l’Homme. Il y est allé si fort que son « ami » a fini son parcours entre les mains d’une bande d’hystériques qui l’a achevé comme un chien. L’ancien locataire de l’Elysée avait accordé les mêmes honneurs au dictateur syrien Bachar Al-Assad. Aujourd’hui, il le combat au nom des droits de l’Homme.
En réalité, lorsque les Africains, entre autres peuples, hurlent leur douleur dans nos rues, c’est qu’il y a vraiment quelque chose d’innommable qui se passe là-bas, malgré les reportages de nos journalistes terrorisés ou achetés, comme sur le Rwanda, et les déclarations copier-coller de nos diplomates vendus. Au fait, même si de nombreuses bonnes âmes en Occident ne le supportent pas, les dictateurs sont des individus avec qui on ne peut rien faire de « normal ». Les démocraties ne sont pas arrivées dans notre monde par hasard. Les Occidentaux, civils et officiels, ont fini par se rendre compte du caractère un peu « maboule » des régimes non démocratiques, lorsqu’on se fait « prendre » ses biens ou agresser par des individus qui n’en ont rien à « foutre ». Et pourtant, pour les Occidentaux, un contrat, c’est la vie. Seul un démocrate, instruit, comprend des choses aussi simples.
La honte de la toile de Kadhafi nous reste à travers la gorge et nous ne saurons jamais ce que nous y avons vraiment gagné. Même le projet de la centrale nucléaire pour la Libye n’a tenu que le temps des promesses. Parce que, au final, on ne gagne rien en se faisant humilier, le propre des régimes non-démocratiques.
François Hollande l’a pertinemment compris, mais il ne suffit pas de comprendre. Encore faut-il entretenir un « cordon sanitaire », et ce n’est pas gagné. D’autant plus que persiste, pour la classe politique française, un mur indépassable : la « Fraçafrique ».
Ainsi, dans un mois, notre Président va se rendre à Kinshasa et embrasser en pleines sueurs tropicales, devant les caméras du monde entier, un certain Joseph Kabila. L’excuse du sommet de la francophonie ne tient pas une seconde, puisque rien n’obligeait le locataire de l’Elysée à se rendre dans ce pays aux allures d’abattoir à ciel ouvert.
Hyppolite Kanambé, comme l’appellent ses opposants, est arrivé à Kinshasa au bout d’une guerre initiée par le Rwanda de Paul Kagamé, son ami personnel de longue date. La guerre se poursuit et a coûté la vie à plus de six millions de personnes, la pire saignée humaine depuis la Seconde Guerre Mondiale. Il devient Président en janvier 2001 et s’illustre par une gestion absolument calamiteuse, nécessitant l’intervention des casques bleus de l’ONU, la plus grande mission onusienne actuellement dans le monde.
Comparé aux autres dirigeants de la planète, et même de la région, Joseph Kabila a pratiquement zéro sur tous les palmarès. Sécurité, économie, armée, salaires,… tout. En dix ans, et en généralisant la corruption, le pillage, et les actes de cruauté (voire rapports d’Amnesty International), il a « réussi » un exploit rarissime : il a tout bonnement entraînant le Congo à la 187ème place sur 187 pays du classement mondial de la pauvreté, selon l’Indicateur de Développement Humain[1]. Personne, nulle part au monde, ne fait pire parce qu’à la 187ème place, on ne peut pas descendre plus bas. Le seul avec qui rivalise Joseph Kabila, c’est la Somalie, un Etat qui a disparu le siècle dernier (1991).
Par ailleurs, l’homme avec qui le locataire de l’Elysée va s’acoquiner à Kinshasa, responsable d’un sanglant holdup électoral fin 2011, est, responsable de tellement de violations des droits de l’Homme qu’une plainte contre sa personne a été jugée recevable par le procureur de la Cour pénale internationale.
En tout cas, pour François Hollande, ce sera fin de l’histoire ! Il aura caché les dictateurs pendant juste cinq mois avant d’en embrasser un, parmi les pires, devant les caméras du monde entier. Tous ses prédécesseurs, dont un certain « Nicolas », abimés par la « Fraçafrique », pourront, dès lors, dormir tranquilles. Il faudra juste que le message fasse le tour du monde et que les appareils photos soient bien chargés : « le Président normal à la 187ème place ».
Bien.
Boniface MUSAVULI
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