Il n’est pas bon d’offrir à la liberté les excès de la haine et de la bêtise…
Les libertés acquises par le sang, la guerre et l’acharnement n’y font rien : on désire toujours plus. Le goût de l’illimité, de l’indécence sans bornes, de l’infinie évasion, du propos vil, débile, futile et heurtant sont devenus de formidables aphrodisiaques.
Les Scapins de droite et les Crispins d’extrême-droite observent, se fâchent et éructent : « ni la douleur des mots ni l’opprobre que ceux-ci suscitent ne peuvent justifier une attaque contre la liberté d’expression ». Peu s’en faut qu’ils aient raison. A cette condition, bien sûr, que la liberté existe réellement, en somme qu’elle soit pleine et entière. Y croient-ils vraiment ?
Il est une chose au préalable que ces libertaires en papier n’ont décidément pas saisi ou peut-être ne veulent-ils rien en connaitre : le racisme et la xénophobie ne sont pas des opinions mais des délits ; ils n’entrent pas dans le cadre du débat d’idée. Du fait des conséquences que peut engendrer ce type d’idées, il a été légiféré, à juste titre, que le racisme, au même titre que la diffamation et le révisionnisme, seraient sanctionnés par la loi. Il a été constaté que la liberté peut aussi déborder vers des comportements hostiles conditionnés par des idées préalablement conçues. Par conséquent, Zemmour est sorti de la catégorie du débat qui l’autorise à exprimer librement ses idées dans la mesure où, à l’évidence, il s’en prend sciemment à une communauté en lançant de façon répétée des préjugés à leur encontre. Je le dis sans craindre les réactions hostiles : il n’est pas bon de fournir des allumettes aux meilleurs incendiaires car on ne joue pas éternellement avec le feu sans (se) brûler.
Pensent-ils, nos bigots de la liberté d’expression absolue, que le talent soit réellement un passeport à la transgression ? Malheureuse scapinade. Ceux qui jouissent le plus de nos libertés ce ne sont point les beaux esprits mais les médiocres. Les génies ont toujours été mis à l’écart et nos télés sont peuplées d’Onfray, de BHL, de Finkielkraut et autres « demi-savants pas très cultivés qui se font les défenseurs d’une culture qu’ils n’ont pas, pour marquer la différence d’avec ceux qui l’ont encore moins qu’eux » (Bourdieu). Il faut quêter pour trouver des éclaireurs d’esprits.
Nous savons tous, et je l’ai démontré par le cas Philippe Bilger[1] et Philippe Tesson[2], que l’affaire Zemmour est d’abord une affaire de conflit idéologique : nous assistons aux réactions de la réaction qui refusent qu’on fasse taire un des leurs bien que, terrible pantalonnade, ce dernier est tout sauf censuré. C’est révélateur et risible : Finkielkraut qui défend la liberté d’expression de Zemmour mais demande le licenciement de Siné et la condamnation de Daniel Mermet. Tesson qui réclame la même chose pour Zemmour mais en revanche demande la mise à mort bestiale de Dieudonné ; Bilger se fait l’avocat personnel et assidu de Zemmour quand la liste des bannis des médias est franchement très longue ; Elisabeth Lévy qui fait une pétition pour son ami mais s’en moque lorsque ce sont des adversaires qui sont mis sous silence. Ne parlons même pas de Michel Onfray et Pascal Bruckner dont la tartufferie aigre-douce en faveur de la liberté d’expression est manifeste. Voyez donc combien ils sont pathétiques sous leur costume de justicier de nos libertés.
La liberté d’expression comme nouveau puritanisme ? Allons donc ! Comme si la participation de différents acteurs dans le débat public n’était pas en soi une lutte d’intérêts. L’on voit bien qu’à travers la défense sans nuance de Zemmour par ses zélotes se décèle une intention de concourir à la culture actuelle et aux termes des débats intellectuels en cherchant à imposer les termes du dogme réactionnaires afin de mieux mettre à l’index des concepts (comme « politiquement correct », la « pensée unique », la « gauche bobo ») répétés jusqu’à la nausée et qui seraient censé représenter l’adversaire dans sa candeur fautive. Pour ajouter un peu plus de piment dans leur menu idéologique, ils imaginent les mains de l’Etat dans l’« exclusion » de Zemmour. La bonne affaire ! Mais qu’on se rassure : on le reverra encore et encore.
La véritable liberté d’expression commencera d’exister le jour où on l’aura arraché des mains de ceux qui la prennent pour prétexte pour mieux l’abattre.
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