Indignons nous
Il faut voir et revoir ces quelques photos de la manifestation du 24 mars, et les diffuser encore et encore pour tenter de lutter contre une certaine forme de désinformation qui mérite probablement aussi que l'on s'indigne.
J'y étais, et je peux vous assurer que, contrairement à ce que soutiennent les partisans du mariage pour tous, cela n'avait rien d'une "troupe arrogante, emplie de haine et sans imagination" (Front de Gauche), ni d'une "pluie de déjections homophobes" (Denis Baupin, vice président de l’Assemblée nationale), ni d'une simple "poignée d’individus" (Arnaud Montebourg) ni de "quelques serre-têtes et jupes plissées" (sénateur PS de Haute-Saône Jean-Pierre Michel).
Non, ce n'était pas un rassemblement de vilains bourgeois réactionnaires, cathos, intégristes, homophobes, fachos, "beaufs de droite et calotins intolérants", ... qui plus est, violents. Oui, il y avait des cathos, mais il y avait aussi des protestants, des musulmans, des juifs, des non croyants, des jeunes, des très jeunes, des vieux, des très vieux, des blancs, des noirs, des jaunes, ... des homosexuels, des hétérosexuels,... des médecins, des juges, des avocats, des riches, des pauvres, des électeurs et des élus de droite comme de gauche, ...
Quand la foule immense qui était rassemblée dimanche se plaint d'être caricaturée on lui conseille de changer de porte-paroles : Frigide Barjot et Christine Boutin seraient caricaturales. Christine Boutin, comme n'importe quel responsable politique mérite un minimum de respect, même si on ne partage pas ses opinions. Quant à Frigide Barjot, même si ce surnom est sans aucun doute caricatural, je la connais mal, mais elle parle beaucoup et plutôt bien, et jusqu'à maintenant, je n'ai jamais rien entendu de caricatural de sa part.
Quant à l'autre camp, celui de ceux qui manifestaient le 27 janvier pour le "mariage gay" (une "manifestation variée, colorée, pleine de joie et de rires"), paré de toutes les vertus par la plupart des commentateurs politiques bien-pensants, on ne peut certainement pas en dire la même chose. Leurs pancartes brandies par une "jeunesse chatoyante, exubérante et pleine de vie", selon les propres termes de ce blogueur enthousiaste du Front de Gauche, contrairement à celles de ces "ternes cohortes fielleuses vomies pèle-mêle par les quartiers rupins, les sacristies moisies et les cercles fascisants", annonçaient "Pas de censure pour nos affiches, on n’a rien à cacher, on n’a pas peur de se faire interviewer".
Comme peut le laisser voir le petit florilège qui suit, elles ne manquaient certes pas de "spontanéité", mais si ces charmants slogans n'étaient pas à classer dans la catégorie "caricatures grossières", il y aurait de quoi s'inquiéter sérieusement pour notre démocratie : "Mieux vaut une paire de mère qu'un père de merde", "Donnez-nous la PMA, on vous laisse le PMU", "Remballe ton pape et occupe-toi de ton culte", ... Et passons sur les plus délicats du type : "Bite dans le cul ou pas, on veut l'égalité des droits",... Ou, mieux encore : "Hollande, si tu recules, on t’encule…", "On est des PD, pas des curés, les mouflets ne risquent rien", "2 doigts dans la chatte à Barjot", "Priez pour nous, on baise pour vous", "Je mets mes doigts partout, pourquoi pas dans une bague", "Jésus avait deux papas et une mère porteuse", "Toutes les voies du Seigneur sont pénétrables", "Mon cul est un lieu d'ébats, pas un sujet de débats", "Dieu est une lesbienne noire", "Le lundi c’est raviolis, le samedi c’est sodomie", … Mais aussi : "Les homophobes se marient entre eux, pourquoi pas nous", "Le mariage, c’est un homme qui travaille, une femme qui lave les slips et la télé qui garde les enfants", "Je préfère des parents homos à des parents fachos", "Homophobe, je t’encule", "Pour les coincés du cul-te, arrêtez de serrer les fesses", … sans parler des attaques ad hominem du type : "T'inquiète pas, Christine, on touchera pas à tes cousines", "Y a pas d'ovules dans les testicules, y a pas de cerveau dans Frigide Barjot", "Laissons la zoophilie à Brigitte Bardot et l’homophobie à Frigide Barjot", … Si ce n'est pas caricatural ça ! Un bel exemple de tolérance en tout cas !
Dans un éditorial du lundi 25 mars sur France Inter, à propos de la manifestation de la veille des opposants au "mariage pour tous", Thomas Legrand résumait l'opinion de l'intelligentsia politico-médiatique qui voudrait gouverner nos consciences, en dénonçant "la violence intrinsèque d'une manifestation qui demande la non extension d'un droit".
Quand comprendra-t-on que les centaines de milliers de citoyens qui s'opposent avec détermination à ce projet de loi ne se battent pas contre les homosexuels pour "la non extension d'un droit", mais pour le maintien dans le droit français d'une différenciation entre l'union de deux personnes de sexe opposé potentiellement féconde et celle de deux personnes de même sexe naturellement stérile ?
Quand comprendra-t-on qu'ils ne se battent pas contre le droit au mariage des homosexuels, mais contre l'apparition d'un "droit à l'enfant" dans un droit de la filiation qui ignorerait toute différence entre ces deux types d'unions ?
Quand comprendra-t-on qu'ils ne se battent pas contre le droit des homosexuels à mener vie commune avec le même accompagnement juridique que celui accompagnant la vie conjugale des couples mariés, mais pour le droit élémentaire de tout enfant de ne pas être privé intentionnellement d'un père ou d'une mère ?
Quand comprendra-t-on que la violence n'est pas du côté de ceux qui luttent pour le maintien du caractère sexué du mariage pour défendre le droit des enfants, mais bien de celui de ceux qui nient la réalité du caractère sexué d'une union féconde, pour répondre à un désir d'enfant, certes légitime, mais dont la satisfaction passe par des arrangements avec la nature dont les aspects juridiques, éthiques, ou tout simplement humains (droits de l'homme) sont encore loin d'avoir été totalement envisagés ?
Quand comprendra-t-on la violence ressentie par des millions de Français que l'on refuse d'écouter, et que la presse quasi-unanime ainsi que le pouvoir en place accusent d'homophobie ou, ce qui est presque pire, de déni d'homophobie ?
Quand comprendra-t-on enfin, que ce n'est pas en refusant d'écouter la voix de plus de la moitié des Français qui sont contre l'ouverture de l'adoption aux couples de personnes de même sexe, en refusant de faire l'effort d'en comprendre les raisons, en refusant même de compter ceux qui la portent dans la rue, et en traitant ces derniers comme des délinquants pris en "flagrant délit d'homophobie", que l'on sert le mieux la cause des homosexuels et de leur intégration sociale ?
Je comprends parfaitement que l'on puisse soutenir ce projet de loi, mais peut-on comprendre que l'on puisse également s'y opposer tant qu'il n'aura pas été définitivement adopté, sans être accusé d'homophobie ?
Nos députés ont voté cette loi, et le peuple s'est donc exprimé par la voix d'une majorité directement issue d'une élection présidentielle dominée par le rejet du Président sortant. Reste l'avis des Sages. Affaire à suivre, donc. La voix des Français s'est exprimée par l'intermédiaire de leurs représentants, mais leur opinion a évolué depuis les dernières élections, en particulier sur ce sujet très spécifique qui leur avait été très mal présenté (mariage pour tous alors qu'il s'agit bien du mariage et de l'adoption pour tous). Ainsi, je ne crois pas qu'on puisse dire que leur voix, qui s'exprime assez clairement depuis plusieurs mois et dont les sondages donnent une vague idée, ait été véritablement entendue. Mais, les partisans de la loi ont raison, c'est la démocratie et loin de moi l'idée de remettre en cause son fonctionnement.
Sauf que, sur un tel sujet de société, il semble que la voie du référendum serait certainement plus démocratique. On nous objecte que le recours à un référendum ne serait pas constitutionnel. Mais, L’article 11 de la Constitution précise que peut être soumis à référendum, "tout projet de loi portant sur l'organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent, ...".
Une réforme du mariage ne relèverait donc pas d'une politique "qui concerne la société" (Dictionnaire de l'Académie française, article "social"), ou "relative à la société" (Centre National de Ressources Textuelles et Littéraires, article "social"), ou encore "qui se préoccupe du fonctionnement de la société et de ses conséquences" (Wiktionary, (par extension) (politique)...) ? Il s'agirait nous dit-on d'une réforme "sociétale". Pourtant, en 1958, ce néologisme, aujourd'hui employé à tout bout de champ, n'existait dans aucun dictionnaire, pas plus vraisemblablement qu'il n'existait dans le langage courant, et on peut légitimement se demander comment les constitutionnalistes de l'époque auraient pu considérer une réforme du mariage comme ne relevant pas de la politique sociale.
FB
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