Iran, la tête de file de “l’axe du mal”
Sommes-nous vraiment impartiaux dans notre approche avec l’Iran ?
Depuis quelques mois les tensions entre Israël et l’Iran se durcissent, Israël intensifie ses menaces contre la théocratie Perse et exige l’abandon de leur programme nucléaire. Tandis que l’Iran ne fait pas machine arrière et assure que son programme nucléaire est exclusivement à des fins civiles, et ce en dépit des sanctions économiques subites. La position Israélienne officielle est endossée par Benjamin Netanyahu qui part du principe que l’Iran et ses leaders ne sont pas des acteurs rationnels de la politique internationale. Et que si l’Iran arrive à se doter de la bombe atomique, le principe de déterrence (équilibre de la peur nucléaire) ne s’appliquera pas. L’Iran, en tant qu’acteur irrationnel, poussé par son fanatisme religieux, utilisera sa bombe et ce en dépit du fait que cet acte le mènerait à sa propre destruction.
Alors qu’Israël se fait pressant pour attaquer, cette position est remise en question aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur. A l’intérieur du pays certain généraux assurent que les responsables Iraniens sont « des personnes parfaitement raisonnées ». Ce postulat écarte la nécessité d’une attaque, dans la mesure où un acteur raisonnable ne prendrait aucune mesure qui le mènerait inévitablement à sa perte. A l’extérieur du pays, les Etats Unis appuient Israël et ont récemment appelé à plus de sanctions économiques envers l’Iran mais demandent toutefois à Israël de ronger son frein et de ne pas attaquer.
Alors qu’en est-il ? L’Iran est-il vraiment le chef de file de « l’axe du mal » tel que présenté par G.W. Bush ? Le 26 septembre 2012, Mahmoud Ahmadinejad, Président de l’Iran s’est adressé pour la 8ème fois en huit ans de fonction, devant les Nations Unies. Profitant de cette tribune mise à sa disposition, il énoncera un discours excédent largement le temps qu’il lui était alloué. Dans son discours M. Ahmadinejad va, sans cacher sa profonde orientation religieuse, faire de nombreux appel à la paix. Il citera le poème du poète perse Saadi, qui figure dans le hall d’entrée des Nations Unies à New York soulignant l’unité des hommes. Il ira même jusqu’à préciser qu’il ne croit pas que « Musulmans, Chrétiens, Juifs, Hindous, Bouddhistes et autres, aient des problèmes ou de l’hostilité entre eux. » Selon lui ils « sont à l’aise ensemble et vivent côte à côte dans une atmosphère de paix et d’amitié ».
Ceci étant, en sa qualité de Président du mouvement des non-alignés, la deuxième organisation politique mondiale réunissant 120 pays soit 55 pour cent de la population mondiale, M. Ahmadinejad émettra nombre de critiques envers l’hégémonie Occidentale.
Il critiquera notamment le système financier mondiale, selon lui, dirigé par quelques puissants pour leur propres intérêts. Il condamnera également le capitalisme mondial qui permet la concentration des richesses aux mains d’une petite oligarchie. Il pointera du doigt les conséquences environnementales d’un tel capitalisme sauvage.
Il appellera également à plus de démocratie et de coopération dans la gestion des affaires internationales, en demandant notamment la fin du droit de véto accordé aux cinq nations siégeant au conseil de sécurité.
On ne peut, dans les critiques émises par M. Ahmadinejad, que tirer un parallèle avec le mouvement de contestation des indignés. M. Ahmadinejad et les indignés semblent avoir beaucoup en commun, ils condamnent tous, l’oligarchie financière, dénoncent tous le capitalisme sauvage, appellent tous à plus de démocratie, de transparence et de respect pour l’environnement. Et ne supportent plus, que seule la voix des puissants soit entendue.
Le président Iranien, s’élève contre l’hégémonie américaine, et fait entendre sa voix et celle des Non-alignés comme une alternative à ce qui constitue en Occident la pensée unique. Dans une démocratie, il y a un droit fondamental, et c’est celui de ne pas être d’accord avec le pouvoir en place. C’est le rôle de l’opposition, de critiquer et de condamner les actions du pouvoir en place. Une opposition qui se fait entendre est un signe de bonne santé démocratique dans un pays, car un pouvoir qui n’est pas contesté est absolu, et risque donc à terme, de devenir une dictature. Les Non-alignés représentent un contre-pouvoir à l’hégémonie occidentale, c’est leur rôle de questionner les actions occidentales.
Etant français et donc de ce fait particulièrement attaché au principe de laïcité, je ne peux soutenir une théocratie, et condamne les manquements à la démocratie en Iran. Toutefois, il convient d’admettre que l’Iran, victime de sanctions depuis sa révolution islamique en 1979, semble bel et bien être un acteur rationnel sur la scène internationale. Il n’est à ce jour coupable seulement d’avoir un avis divergent avec le pouvoir politique en place sur la scène internationale. Et pendant que le leader de « l’axe du mal » se présente aux Nations Unis avec un message de paix, son homologue Benjamin Netanyahu appelle à plus de sanctions contre l’Iran et le menace ouvertement d’attaques s’il poursuit son programme d’armement nucléaire. Programme dont l’existence n’a d’ailleurs jamais été avérée.
Isoler, sanctionner, marginaliser les Etats qualifiés de « voyous », ne sert en rien à amener la paix. En imposant des sanctions économiques à l’Iran on espère que la population Iranienne finira par tenir le régime responsable de l’inflation dont ils sont victimes, et le renversera. Ce n’est pas le cas, la propagande du régime est assez puissante et c’est les Etats Unis que le peuple Iranien tiendra responsable de leur misère, créant ainsi un nouveau vivier d’hommes pour le terrorisme anti-américain.
L’occident prône des idéaux démocratiques, il défend corps et âme la notion de liberté, mais il ne l’applique qu’à lui-même. Si on veut à terme rétablir une bonne entente diplomatique avec les « états voyous » il faut cesser de les marginaliser et au contraire il faut les responsabiliser et leur donner leur voix et leur place dans les organisations internationales. Il faut mettre un terme aux rapports dominants dominés dont ils se sentent victimes. Ceci implique néanmoins que l’Occident soit prêt à vivre par ses idéaux et à partager son monopole du pouvoir en renonçant à son impérialisme.
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