J’ai fait un rêve merveilleux
D’ordinaire mes rêves tournent plutôt aux cauchemars avec des thèmes récurrents, je perds souvent mes dents, je ne sais plus où j’ai garé ma voiture sur ce maudit parking de supermarché et après l’avoir cherchée en vain, je suis contraint de rentrer à pied.
Motard acrobate dans un cirque j’affronte avec courage le mur de la mort mais la force centrifuge censée m’aider à défier la gravité sur cette paroi verticale montre des signes inquiétants de faiblesse et je finis par me vautrer lamentablement.
Pire encore, et beaucoup plus effrayant, des démarcheurs hurlants et menaçants me pourchassent et paralysé par la peur et l’angoisse d’être traité de réac je me retrouve abonné à l’insu de mon plein gré aux Inrocks, Libé, Médiapart et autres organes de presses labellisés gauche caviar.
C’est alors que je me réveille en sursaut et tremblant de sueur, je tâte mon pouls, je me pince, je respire un bon coup et je prends conscience avec soulagement que ma réalité est moins terrifiante et que mes jours valent décidément mieux que mes nuits.
Et pourtant, il y a peu, j’ai fait un rêve délicieux pendant lequel j’ai successivement endossé de multiples personnalités appartenant toutes à ce qui se fait de mieux en terme d’humanisme et de progressisme dans notre cher hexagone.
Je me suis d’abord retrouvé, les voies de notre inconscient sont impénétrables, recruté comme humoriste senestre et sinistre à la fois à France Inter sous le nom de Daniel Morin, cette radio on ne peut plus sérieuse et résolument engagée contre le sexisme planétaire et les violences faites aux femmes fussent-elles orales et symboliques.
Je voulais détendre l’atmosphère parfois lourde lorsqu’il s’agit de sujets aussi graves et y mettre un peu de légèreté de bon aloi dans ma chronique en prenant pour cible Charlotte d’Ornellas journaliste à ‘’Valeurs Actuelles ‘’.
J’ai donc pu en toute ingénuité dans l’émission 5/7 animée par une femme Mathilde Munos, m’offrir des morceaux de bravoure au beaufisme assumé et dont je suis fier de vous livrer un extrait « « Les petites cathos d’extrême-droite, ça me plait, ça me fait chavirer, ça me transporte, ça m’excite ». » et j’ai conclu brillamment mon billet par une saillie désopilante « et nous ferons l’amour bestialement comme deux bergers allemands rongés par le stupre, la luxure et la passion ».
Ca a fait beaucoup rire les progressistes sur le plateau, il faut les comprendre, ils croient au progrès moral de la société mais un peu de gaudriole aux dépens d’une facho, ça ne mange pas de pain. D’ailleurs les féministes ne s’y sont pas trompées, elles se sont contentées de regarder ailleurs, Madame Schiappa en tête.
J’ai beaucoup apprécié de pouvoir dire tous ces propos graveleux et de me comporter comme un porc sans être balancé, c’est quand même confortable d’être de gauche même si ça demande des qualités auxquelles je ne peux prétendre : sens du sacrifice, don de soi et une formidable capacité d’indignation à géométrie variable.
Après ce moment de franche rigolade, j’ai changé de registre et me suis glissé dans la peau de Claude Askolovitch, une vraie belle âme, figure de proue du camp du bien, tête de gondole de la gauche biberonnée à la moraline, et donneur de leçons même quand on ne lui demande rien.
Aussi après avoir appris qu’un certain Patrick Jardin qui a perdu sa fille au Bataclan se répandait en propos haineux sur les assassins au contraire d’Antoine Leiris, mari d’une victime et auteur de Vous n'aurez pas ma haine (Éd. Fayard) mon sang n’a fait qu’un tour, il me fallait prêcher la bonne attitude, le pardon et j’ai twitté : « Sa fille Nathalie tuée au Bataclan, Patrick Jardin s’abandonne à la haine et devient un personnage de l’extrême droite. @lemonde raconte un homme émouvant de haine qu’on ne peut pas aider. »
Ne souhaitant pas la mort du pécheur, j’ai tempéré mon propos en précisant que « Patrick Jardin n’est pas un facho, quand bien même il en prend les apparences » et en ajoutant que « Je ne voulais pas laisser cette âme blessée aux fascistes qui se nourrissent de lui »
C’est gratifiant de passer quelques instants nocturnes dans un tel personnage mais c’est aussi épuisant car la grandeur d’âme à ce niveau de perfection demande un entraînement si rigoureux auquel je crains de ne pouvoir m’astreindre sans risquer ma santé.
J’ai terminé cette nuit magique à tous égards en me lançant dans une vibrante apologie de Cuba et de son système de santé qui a permis de mettre au point un vaccin contre le cancer du poumon et ai vivement conseillé à mes camarades parlementaires d’aller s’en procurer sur place.
D’ailleurs moi-même, dès que j’ai eu connaissance de cette formidable nouvelle j’ai pris immédiatement l’avion vers ce paradis tropical pour en faire l'achat ainsi qu'une ample provision de habanos pour mettre mes poumons à l'épreuve et je me revois accueilli par Raoul Castro au bas de la coupée de l’avion d’un chaleureux « Bienvenido Señor Mélenchon ».
Mais on le sait, les rêves ne durent pas et le sommeil paradoxal qui n’a jamais si bien porté son nom prenait fin et me ramenait à ma triste mais méritée condition d’excommunié à jamais de la communauté des bien-pensants.
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