L’anachronie Française (2) : L’enfance et le Cannabis
Quand l’homme redevient le singe soumis d’une ère de psychotropes génétiquement modifiés, il est important, pour le citoyen qui s’intéresse à l’avenir, de bien regarder comment la France a assimilé la nouveauté qu’a représenté le cannabis dans ses habitudes de consommation, et plus principalement ces effets sur la biochimie du cerveau, le socle de qui nous sommes quand nous sommes ce que nous pensons, la mémorisation et la transmission du savoir, puis la cognition, attribut de l’esprit servant à se faire une opinion, puis la volition, ou force de volonté.

Cela fait maintenant 40 ans que le cannabis prend sa place dans les habitudes de consommation sur un population Française qui antérieurement à cet instant T de l’entrée du cannabis avait pour comparatif l’habitude et la culture de l’alcool et du tabac, une tendance à combattre l’interdit et aucun tabou alimentaire.
Pendant ces quarante années, derrière le mot commun « shit », le contenu fumé a été modifié autant dans les produits qui le coupent, que dans sa teneur en THC, tétra hydro cannabinol, grandement augmenté par un travail de biochimiste autant qu’un travail de sélection plus classique issue de la culture agricole.
Entre le joint fumé dans les années 68, et celui que l’on a le plus de chance de trouver aujourd’hui, le taux de THC, celui qui induit l’effet actif sur le cerveau, est passé de 5% en moyenne, la plante au naturel sans traitements ni modification de l’époque, à plus de 70% en moyenne. Si on prend en compte la subjectivité des opinions, et l’impression que ce n’est pas grave pour ceux qui ont testé un peu dans les années 60 et 70, voire début 80, on s’aperçoit que leur opinion s’est arrêtée à leurs propres tests, et ne prennent quasi jamais en compte l’évolution du taux de THC derrière le mot shit, ou cannabis. Ils ont fumé une drogue 14 fois moins puissante, en moyenne, en terme d’impact sur le cerveau.
Le deuxième élément que la France ne veux pas voir, c’est que la première vague de consommateur ayant des facilités d’accès avec cet drogue est née dans les années 70 et a commencé dans les années 80, et qu’aujourd’hui, en 2009, nous ne sommes pas confronté qu’à un problème de jeunesse et de business, mais aussi un problème de parents consommateurs et d’enfants qui respirent la fumée environnante, sans compter la volonté criminelle et délibérée de droguer l’enfant.
Il faut savoir que le THC est extrêmement volatile dans un espace fermé, aussi, même si on fume du cannabis dans le salon, du THC arrive aussi dans la chambre de l’enfant, même si on ne voit pas de fumée, qu’il passe dans le sang d’une mère enceinte, mais aussi dans le lait maternel, et qu’il a une incidence négative sur le développement de la biochimie du cerveau du nourrisson puis de l’enfant.
La comparaison avec l’alcool, souvent utilisée, se fonde sur l’effet et la dépendance. Mais, du point de vue de l’intérêt souverain du nourrisson à ne pas avoir sa biochimie du cerveau chimiquement modifiée avant même d’apprendre à lire et à écrire, la comparaison ne tient pas. Un bébé ne boit pas dans le verre des adultes autour sans qu’un adulte lui en donne, mais il respire forcément le même air. Il en va de même pour le jeune enfant et les âges suivants de la vie sous le toit de ses parents.
Le premier effet néfaste reconnu du cannabis sur le cerveau, c’est le trouble de la mémorisation. Le THC diminue la durée du sommeil paradoxal, qui normalement fait 2 h par nuit en plusieurs cycles et qui peut, pour un consommateur quotidien de THC, descendre entre 40 et 30 minutes.
Cette période du sommeil correspond a la mémorisation de la journée et du rêve, mais le cerveau n’étant pas un DVD vierge, quand on diminue sa durée de sommeil paradoxal, il ne fait pas de coupe en triant les minutes importante de la journée ni ne trie ce qu’il doit mémoriser ou pas, il essaie de tout mettre en 4 fois moins de temps pour le faire.
Sur la durée, on passe d’un humain dont le cerveau mémorise chaque nuit 2h, soit 14h par semaine, 56 heures par mois à un autre qui mémorise 40mn, soit 280 mn (4 heures 40 minutes) par semaine et 17 heures 60 minutes par mois environ.
Si on considère la situation d’un élève, confronté à un cursus d’apprentissage, on se rend vite compte que sa possibilité de réussite scolaire et de l’émancipation par le savoir attenant est amoindrie. Non pas qu’il n’assimilera pas quelques éléments du savoir transmis, mais que ce savoir aura été amoindri dans sa mémorisation, segmenté, et par voie de conséquence plus difficile à mobiliser et utiliser pour l’effort d’un travail de l’intellect.
Si l’individu se rend compte qu’il est sous l’effet de l’alcool parce qu’il sait se rappeler du moment où il est sobre et qu’il peut comparer, l’enfant qui dès le début est confronté au THC environnant, n’a pas la même facilité à assimiler une conscience non modifiée du réel. Pour lui, le réel et le réel perçu par un cerveau chimiquement modifiée, sont beaucoup plus dur à distinguer, et peuvent être confondu pour la même chose.
Il faut rappeler que toutes les philosophies, sciences et religions sont fondées sur le soin de l’âme, de l’esprit, de la raison, et autre qualité de la pensée humaine. En privant un enfant du plein potentiel de ses moyens pour assimiler le monde qui l’entoure et y évoluer, la société Française actuelle génère l’antithèse de toutes ses valeurs.
Il faut constater que les endroits à plus forte hausse d’illettrisme en France sont aussi les endroits a priori de plus forte consommation de Cannabis, et qu’il n’y a pas de société sur la valeur travail et du mérite qui tient debout dans l’égalité des chances pour l’enfant qui s’est vu et se verra amputer de son plein potentiel mental avant même d’apprendre à lire et à écrire, et dont le destin dans une société moderne dépendra de son savoir acquis.
Le deuxième effet consécutif au premier, c’est l’effet sur la cognition. Quand pour réfléchir on va chercher des informations mal stockées et aux rangements modifiées chimiquement, c’est forcément plus difficile que quand c’est simplement rangé normalement par dame nature et de véritables bonnes nuits de sommeil.
Cette effort étant supérieur, et exigeant une plus grande force de concentration pour un résultat moindre en terme de fiabilité ou de synchronisation avec l’environnement, ( on trouve la réponse mais partiellement ou trop tard) il engendre non pas la fainéantise intellectuelle, mais bel et bien une faiblesse du recours à l’effort mental. Pour reprendre une expression connue, à force de ne pas « se prendre la tête » on finit par ne plus en être capable, et avoir un cerveau de poisson rouge...
Quand on sait a quel point est difficile un cursus scolaire avec l’esprit clair, il faut concscientiser que ce problème de santé publique revient à laisser s’organiser le marathon scolaire d’une génération, mais que pour ceux qui respirent du THC régulièrement, ils partent déjà avec des chaines aux pieds, même s’il sont nés avec des cerveaux d’athlètes de haut niveau.
Si on considère que chacun comprend le monde à travers lui même et ce qu’il connait de lui même et de son environnement, alors on s’aperçoit que sans le recours à la cognition pour différencier les choses, discriminer, voir au delà des 5 sens et des préjugés, on est facilement tenté d’aller au plus simple, au plus grossier et au plus semblable, parce que pour comprendre le dissemblable il faut pouvoir discriminer.
Et il est très connu que quand on n’a pas les mots pour s’exprimer, que trouver un argument ou dire ce que l’on veut dire est plus difficile d’accès, cela engendre des réactions qui vont du mutisme à la violence. Le shit est donc, sous cet angle, un facteur facilitant le recours à la violence, non par ses effets directs, mais ses effets à long terme sur la construction intellectuelle d’une personne qu’il prive de mots.
Le troisième effet c’est comment vouloir lorsqu’on s’appuie sur une mémoire chimiquement modifiée et un recours a la réflexion plus difficile ? Et bien, pour vouloir fermement, il faut avoir une certitude et s’y tenir sur la durée. Et quand on doute de sa capacité a penser, principalement parce qu’à l’école ça n’a pas été facile, avoir une certitude, c’est forcément ou directement préhensible par les cinq sens et la conscience de son propre corps, ou collectivement acquis pour ce qui est invisible.
Par contre, penser par soi-même est un effort, chercher une solution est un effort, là ou se diriger vers l’autorité « savante » la plus proche est plus simple et plus sûr... L’ignorance est un facteur facilitant la soumission de l’homme, alors le shit engendre la soumission...
Si on constate le retour au communautarisme, et que l’on considère que pour sortir de sa condition familiale, sortir de sa communauté, et d’avoir l’audace de vouloir aller plus loin, plus haut, il faut de la volonté constante, quotidienne, et de la certitude, alors, le cannabis est un facteur qui empêche aussi de sortir par le travail, l’effort et le mérite de sa situation première.
La manière anachronique qu’a eu la France de regarder le problème du cannabis en la comparant uniquement avec les autres drogues, et penser la gérer comme telle, ne s’est pas seulement heurté à l’échec, puisque cela n’a pas empêché que cette consommation soit facile d’accès et dorénavant répandue dans un usage courant, mais en plus, cela a empêché de regarder les effets sur la transmission du savoir et la cognition permettant l’usage de l’esprit qui accède à la raison.
Cette erreur est payée en vie humaine et en enfances affaiblies et mal préparées pour l’avenir déjà hier, encore aujourd’hui et pendant longtemps, parce évidemment, elle n’est pas la seule d’un pays en manque d’une culture d’assimilation saine du progrès et de l’évolution.
Pour une fois en conclusion j’ai recours au cynisme :
L’étonnante coïncidence temporelle entre le moment où l’éducation nationale a transformé la lutte contre l’ignorance en lutte contre la discrimination et le moment où le shit est rentré facilement à l’école étant ce qu’elle est, ils auraient peut-être mieux fait de continuer à rester en lutte contre l’ignorance, pour la discrimination, le shit s’en occupait déjà...
Amicalement, barbouse.
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