L’année des mégaphones
À chaque anniversaire, chaque fête, chaque dîner d'amoureux, offrez à vos amis, à vos femmes, à vos hommes, à vos enfants, offrez un mégaphone ! Pour toutes ces voix qui doivent enfin jaillir et révéler au monde entier leurs désirs de changer la vie, de la partager.
Toutes ces voix trop longtemps méprisées, ces voix dénaturées, ces voix brisées de misère, ces voix tues, bâillonnées, avilies. Par les êtres qui gère nos destinées entre leurs votes, comme des patrons de casino toujours gagnant. Et l'horrible voix de tous ceux-là qui peut hurler encore et toujours, car rien n'a changé :
"Je veux rendre toute puissante l'influence du clergé, parce que je compte sur lui pour propager cette bonne philosophie qui apprend à l'homme qu'il est ici-bas pour souffrir et non cette autre philosophie qui dit au contraire à l'homme : Jouis." (Thiers à la commission sur l'instruction primaire de 1849.)
L'opposition appelait déjà la république de Thiers la nouvelle monarchie ou la république sans république...
Ces homoncules vivent dans leur musée Grévin, sous les perfusions du peuple qui les nourrit, qui les gavent pour leurs progénitures de cire à venir.
Mais l'avenir ce sont nos voix enfin multipliées et surtout, ce sont des voix qui s'écoutent, qui s'entendent...
Sachant qu'en France, il existe un bar par habitant - je plaisante -squattez-les donc, assiégez tous les mastroquets, caboulots, buvettes et cafés, envahissez-les de paroles, de musiques, de dessins ! Dans chacune de vos régions, de vos arrondissements, de vos faubourgs, investissez ces lieux réellement populaires, faîtes en vos quartiers généraux, vos cercles d'idées ! De rencontres trinquées en solitudes bues. On y vend l’ivresse et l’oubli, certes, mais aussi la joie des bonjours, des poignées de mains chaudes au cœur ou des baisers sonnant sur les joues. Tu pousses la porte et soudain, tu n’es plus le passant inconnu, tu refermes derrière toi l’indifférence de la rue pressée. Même aux pires moments d’histoire, la fraternité du zinc perdure. Surtout. Les révolutions ne se sont-elles pas toutes fomentées à l’arrière-salle des estaminets, avant de se hurler dans les tribunes, puis dans la rue avec la musique des fusils ?
Mais que ce passe-t-il depuis quelques lustres au royaume de la bière et de l’anisette ? Il grouille d’un monde qui n’avait pas forcement l’habitude de l’honorer. Et qui ne se torche pas systématiquement tous les soirs. Et qui n’est pas pathétiquement solitaire, désespéré. Et qui parfois même s’invente une histoire à plusieurs.
C’est la multitude des bars musicaux, sans prix d’entrée et souvent, sans majorations sur les verres. Même si beaucoup d’entre eux succombent aux fermetures administratives de la préfecture qui confond encore la musique avec le bruit... Des scènes improvisées qui ont déjà accueilli des centaines de groupes inconnus, plus en quête de public que de producteurs.
Ce sont les bistrots qui décident d’organiser des slam partie, ou des moments philosophiques, ou des vernissages. Et tout le monde s’y met. Parce que dans cet univers parallèle et neuf, le cynisme n’est plus de mise. Enfin, je me convaincs de le croire... Les tocards sont ceux qui ne font rien et non ceux qui osent, qui réactivent des passions tellement salopées, tellement trahies, par le fric et les dealers d’artistes. Comme la musique, comme le cinéma, comme la peinture. Comme l'écriture.
L’art, c’est les autres. C’est la communication, le moyen de faire le point, de montrer où l’on en est. Et si c’est partagé ? C’est l’échelle de l’humanité.
Cheveux longs romantiques ou grains de sel aux tempes, on s’échange de l’idée, on dénoue la vie sur la table entre les verres ruisselants et les cendriers pleins. On l’empoigne, avec ou sans dieux, mais fervents, car il y a urgence ! Parce que les débats dans le trou du cul noir de la télévision nous empestent l’âme. Nous voulons réellement savoir ce que nous pensons, ce que l’autre pense, ce qu’il est possible de faire entre nous, en dehors des marchands d’idées, des représentants de vie indigente, de ce vide visqueux que l’on fait bourdonner à nos oreilles. C’est une fronde de l’intelligence, de l’association. Depuis cinquante piges, le monde s’est fait traverser par un maximum de mouvements et de recherches, jusqu’au dégoût, jusqu’à la surdose du cynisme. Et le monde est toujours dans la merde. Et le monde a les boules d’attendre un quelconque messie de la voirie qui nettoierait le paysage, l’enluminerait soudain. Parce que le monde en est revenu et que nous détestons les gourous, les foules, les lâches, celles qui récupèrent, fanatisent, qui périmeraient même un yaourt du jour. Nous sortirons de la torpeur individualiste, je vous le dis ! Parce que ça non plus, ça ne marche pas. Ça ne marchera jamais. Un million de connards enfermés dans leur labyrinthe respectif, ça ne formera jamais une communauté. C’est juste un connard multiplié, et seul. Mais ça y est : on va vivre une époque épatante. Même les députés viennent flirter dans l’odeur des fumées, des alcools. Ils sentent bien qu’il se passe quelque chose en dehors d’eux, de leurs programmes, de leurs lois, de leur pouvoir. Et que c’est nombreux. Et qu’il y aurait peut-être même bien là des tas de voix à gagner… Mais heureusement, ces voix-là ne s’enferment pas dans une urne. Ce ne sont pas des voix tues. Ce sont des voix qui parlent entre elles. Qui parlent de ces murs qui s’allongent, nous entourent, s’élèvent inexorablement, au-dessus des citoyens et des citoyennes, ténèbrant pierre à pierre l’horizon. Jusqu’à la mort subite de ce nourrisson qu’est l’avenir.
Oh, nous serons bien étonnés, oh la la. Bande de fiottes !
Une seule idée. Une seule volonté.
Nique le mur ! Nique le mur tu verras mieux. Tu verras bien ! Nique le mur t’auras des pierres. Et avec ces pierres, tu sculpteras tes visions neuves, tu graveras tes gravités, tu écriras ce que personne ne veut que tu écrives, tu pileras des pigments impossibles pour tes peintures, la peinture qu’ils croient remplacer par la numérisation tellement ils ont pixelisé Van Gogh, tellement fané la folie de son oreille, persuadés qu’ils sont que tout a été peint, que plus personne n’écrira, que plus personne ne peindra. Que cela ne sert à rien. Tellement ils étouffent et nient la moindre fleur nouvelle, impensable ; tellement ils méprisent cette modernité qui s’accouche dans les fureurs et douleurs sociales, modernité unique après que toutes les tables soient enfin rases. Modernité malsaine. Progrès inique. Tu as vu comment ils font ? Ils lancent une bouée de temps à autre. Pour continuer le grand calcul. Ils pêchent – c’est bien cette image – un ou deux talents du moment qui surnageaient, l’eau à mi bouche, et suce jusqu’aux étirements nauséeux leurs créations vivantes et fraîches.
Allez, Balançons nos volontés sur tous les murs ! Berlin, c’était du béton. Aujourd’hui, les murs sont bâtis avec l’asservissement des hommes, l’abandon de leur conscience à toutes les religions, spirituelles ou matérialistes.
La France est un pays qui se mange froid.
A quelle plâtrée allons-nous attendre ?
TOUS À NOS MÉGAPHONES !
TOUS À NOS VOIX !
FUSIONNONS NOS IDÉES
COMME UN CHANT D'AMOUR !
Il y a actuellement un trop grand nombre de citoyens qui souffrent tandis que d’autres nagent dans l’opulence, dans l’abondance. Cet état de choses ne peut durer ; tous nous devons non seulement profiter du superflu des riches, mais encore nous procurer comme eux le nécessaire.
(Ravachol)
- Sorcières, Sorciers, écoutez-moi ! Sans recours magiques, notre rebelle et charmant petit monde risque de se recroqueviller, jusqu’à sa disparition définitive, entre ses propres cuisses comme un clitoris ou une bite anorexique.
Absolument nous devons recharger nos flingues au beau temps, à l’iode, à l’air des montagnes, à l’eau des rivières, à la violence des pluies d’été soudaine, à la paresse totale.
Pour un peu, je vous aimerais.
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