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Accueil du site > Tribune Libre > L’arroseur arrosé

L’arroseur arrosé

On se souvient de ce film célèbre non par sa qualité mais parce qu’il fut l’un des premiers films de fiction jamais projeté. En réalité cette expression est devenue courante aujourd’hui et elle se comprend d’elle-même. Voyons comment cet adage s’applique aujourd’hui assez bien à ce qui se passe dans les domaines de la finance et de la politique.

Commençons par le traité de Maastricht qui a posé les bases de la création de l’euro. Nous avons eu, à l’époque, pas mal de débats. Disons-le net, les partisans de la monnaie unique n’ont pas ménagé leurs efforts pour promettre monts et merveilles avec cette nouvelle monnaie ; elle allait à la fois concurrencer le dollar, nous permettre la croissance, nous mettre à l’abri des prédateurs et j’en passe.

Aujourd’hui, c’est la déconfiture. L’Euro n’a jamais été une monnaie alternative au dollar et même l’emblème européen qu’est Airbus, n’a jamais pu vendre un seul avion en euros. La zone euro est celle, du monde, qui a la plus faible croissance, contredisant dans les faits ce qu’annonçaient pourtant ses contempteurs. Enfin, la masse monétaire que représente l’euro ne nous met pas à l’abri des prédateurs puisque force est de constater que la zone même est attaquée par les marchés financiers. Que peut-on déduire de tout cela ? C’est très simple. Ceux qui ont porté l’euro aux nues se sont trompés sur toute la ligne. Clairement, si nous avions gardé le franc, nous n’aurions pas à supporter la dette de la Grèce, laquelle Grèce, par ailleurs, ne serait au bord de la faillite si elle avait la drachme.

En réalité, il ne fallait pas être grand clerc pour voir que la construction européenne est d’abord idéologique avant d’être pragmatique et qu’en conséquence cette construction ne pourra terminer que comme l’Union Soviétique. Il est donc assez amusant aujourd’hui de voir, penauds, ceux qui arrosaient les opposants à l’euro de calomnies, les traitant de rétrogrades, être éclaboussés par leur propre incompétence. Mais force est de constater que même s’ils sont penauds, ils perdurent, pour l’instant et à la majorité, en proférant un seul leitmotiv : il faut sauver l’euro sinon ce sera la catastrophe ! Quelle misère intellectuelle !

Passons aux banquiers qui, tous, ont soutenu la création de l’euro. Alors même qu’objectivement et a posteriori, ce sont tous des margoulins à qui l’on doit la crise, il est assez surprenant de les voir attaquer ce même euro. Néanmoins, quand on connaît leur cupidité, cela est beaucoup moins surprenant. Par contre, ce qui est amusant là encore, c’est la chose suivante. L’argent, via la monnaie, ne peut avoir, en notre monde, d’existence légale que par la force des états. Or, les banquiers attaquent les états eux-mêmes en ce moment. Il semble y avoir quelque paradoxe en le fait que pour se sauver, les banquiers soient amenés à scier la branche sur laquelle ils sont assis ; car ne nous leurrons pas, si la crise économique, bien artificielle[1], est trop profonde, tout cela se terminera par des révolutions et les banques « passeront à la casserole » comme le reste. Il semblerait donc que les banquiers soient bien partis pour tester eux-mêmes l’histoire de l’arroseur arrosé.

Passons à l’Occident, grand donneur de leçons ces dernières décennies. Bien entendu, un certain nombre de régimes sont dictatoriaux de par la planète et il ne s’agit pas de les dédouaner. Néanmoins, à y regarder de plus près, nous assistons à quelques dérives qui, à terme, risquent de nous coûter bien cher. Commençons par remarquer que si l’Occident n’a guère fait de concessions au bloc de l’est pendant la guerre froide, depuis cette dernière terminée, il est bien plus complaisant, en matière de libertés, avec des régimes assez abjects, comme celui d’Arabie Saoudite, par exemple, dans lequel les femmes sont considérées comme non majeures. De même, le soutien récemment apporté à certaines révolutions (commanditées par qui ?) semble à géométrie bien variable : on n’hésite pas à intervenir en Lybie quand on se couche devant la Syrie.

Néanmoins, cher lecteur, ne croyez pas que je soutiens une quelconque intervention militaire occidentale de ces dernières années. Là où l’Occident est passé, disons depuis 1991, c’est un peu comme à l’époque d’Attila : l’herbe ne repousse guère. Nous avons semé, reconnaissons-le, la désolation tant en Afghanistan qu’en Irak et gageons que la situation des Tunisiens Egyptiens et Libyens ne va pas s’arranger dans les années qui viennent. Parallèlement, chez nous même, se met en place une sorte de police politique ; police de la pensée qui interdit certaines opinions, écoutes illégales et répétées avec de périodiques scandales à ce sujet, une classe politique corrompue et dépravée qui confond d’ailleurs politique et show business, des médias aux ordres, une restriction toujours plus importante des libertés individuelles… Bref ! Insidieusement, nous nous rapprochons de ces pays que l’Occident fustigeait dans les années 60… Il serait assez ironique, si la tendance se poursuit, qu’à terme, un pays qui serait devenu plus démocratique que le nôtre, nous impose, par exemple, des observateurs de l’ONU lors d’élections que l’on souhaiterait démocratiques.

Une version à venir de l’arroseur arrosé ?



[1] Cette crise est bien artificielle, car le monde est en réalité en croissance ; les chinois et les indiens en particulier, l’Asie en général, s’équipent, le tour de l’Afrique ne saurait tarder.


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cyaxarte


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