L’indépendance universitaire, victime collatérale du « terrorisme » ou cible prioritaire du globalisme franchouillard ?
Même si l'adjectif « académique » renvoie aux « académies » et non aux « universités », la presse utilise l’anglicisme « liberté académique » pour nommer le droit qu’ont les chercheurs, universitaires et étudiants quant aux recherches, aux enseignements et à ce qui est exprimé, sans subir de pressions économiques, politiques ou autres, comme le stipulent les articles L123-9, L1411-6 et L952 du Code de l’éducation :
- « À l'égard des enseignants-chercheurs, des enseignants et des chercheurs, les universités et les établissements d'enseignement supérieur doivent assurer les moyens d'exercer leur activité d'enseignement et de recherche dans les conditions d'indépendance et de sérénité indispensables à la réflexion et à la création intellectuelle. »
- "Le service public de l'enseignement supérieur est laïque et indépendant de toute emprise politique, économique, religieuse ou idéologique ; il tend à l'objectivité du savoir ; il respecte la diversité des opinions. Il doit garantir à l'enseignement et à la recherche leurs possibilités de libre développement scientifique, créateur et critique. »
- « Les enseignants-chercheurs, les enseignants et les chercheurs jouissent d'une pleine indépendance et d'une entière liberté d'expression dans l'exercice de leurs fonctions d'enseignement et de leurs activités de recherche, sous les réserves que leur imposent, conformément aux traditions universitaires et aux dispositions du présent code, les principes de tolérance et d'objectivité. »
Bien entendu, de tels principes vont à l’encontre de ceux qui président à la « gouvernance » globaliste représentée chez nous par un rassemblement qui intègre PS, LREM et PR, composantes du gouvernement et véritable majorité parlementaire, autrement dit l’idéologie dominante et son bras séculier de l’exécutif. Pour les globalistes au pouvoir, tout ce qui reste « public » ne doit pas être indépendant, mais être mis au service du « privé » ou « privatisé » quand cela semble « profitable ».
Mais il serait trop dangereux de s’en prendre frontalement à des principes fondateurs aussi vieux que la Sorbonne elle-même et synonymes de boucliers contre l’absolutisme, ayant survécu à l’inquisition, au centralisme monarchique, à la terreur et à deux empires totalitaires. Alors, les stratèges de la pensée unique s’y prennent autrement.
Le meurtre abject de Samuel Paty et l’agression de Nice ont été suivis d’annonces par le président visant à se montrer implacable vis-à-vis du « terrorisme » et à se présenter comme le défenseur des valeurs de la République à travers une salve d'annonces concernant des organisations considérées comme « séparatistes » et « intégristes ».
Mais ce ne sont pas seulement les ONG suspectes qui sont ciblées. Le 22 octobre, le ministre de l'ÉducationNationale, Jean-Michel Blanquer, a affirmé que le soi-disant « islamo-gauchisme » (sic) faisait d'immenses dégâts dans les universités françaises. Il a insinué de cette manière que l’extrème-droite ne renierait pas que les universitaires français et leurs étudiants favorisaient tacitement une idéologie dangereuse, « séparatiste » et antirépublicaine » qui justifiait la censure de la tutelle au nom du politiquement correct. Selon lui, les universités françaises, et en particulier les facs ayant aà leurs programmes les « sciences sociales », seraient « le terreau d'une fragmentation de notre société et d'une vision du monde qui converge avec les intérêts des islamistes » (resic).
Cette intervention novatrice dans la vie intellectuelle du « pays des lumières, des drroits de l’homme et de la liberté de pensée (semi-perméable) » a provoqué des réactions surprenantes. Un groupe d'intellectuels et d'universitaires s’est rallié aux propos de Blanquer en publiant une lettre ouverte soulignant la propagation pernicieuse de « l'islamisme » et d'autres « idéologies anti-occidentales » dans les universités françaises. Mais la plupart ont été choqués d’être impliqués dans des actes de terrorisme par « complicité idéologique » et, dans une autre lettre ouverte, ont dénoncé ces allégations comme une « chasse aux sorcières » et une atteinte à la liberté universitaire. La lettre condamnant les commentaires de Blanquer a recueilli beaucoup plus de signatures que celle soutenant sa position. Entre autres choses, cette lettre souligne l’insoutenablecontradiction entre la prétention du gouvernement à défendre la liberté d'expression, notamment pour Charlie Hebdo, et sa volonté exprimée de censurer certaines tendances et approches intellectuelles.
Gestes barrières ou pas, les masques sont en train de tomber : l’anathème lancé par Blanquer sur les universités n'est pas seulement une réponse aux récents attentats terroristes. Sa position reste celle de l’establishment dans les années 2000 à propos de l'héritage du colonialisme français. Déjà à cette époque, certains intellectuels et universitaires ont commencé à singer leurs comparses anglo-américains « bien-pensants » en faisant mine de s’inquiéter de la pénétration des idées « postcoloniales » et « multiculturelles » venues d’outre-manche et d’outre-atlantique dans les départements universitaires, ainsi qu'à exprimer leur malaise face au dénigrement supposé des « gaulois » et des « réalisations coloniales de la France ». ».
Aux Etats-Unis, le clivage social accentué par Trump a exacerbé lr « débat ». Or, en juin, alors que les manifestations antiracistes étaient à leur apogée en France à la suite du meurtre policier de George Floyd aux États-Unis, Macron avait affirmé que les universités françaises étaient responsables de « l'ethnitisation des problèmes sociaux » qui conduirait à « scinder la République en deux ».
Dans la foulée de la déclaration de Blanquer, le Sénat français a voté le 28 octobre dernier un amendement à une loi sur la recherche universitaire qui aurait conditionné la liberté académique en France au « respect des valeurs de la République ». Le tollé a été tel que cet amendement a été modifié depuis, ce qui représente une victoire provisoire pour les chercheurs, mais gagner une bataille ne signifie pas la fin d’un conflit. Il faut s’attendre à un nouvelle assaut : dans la morne plaine, même si Grouchy est vigilant, Blücher n’est jamais loin.
L'ironie de ces débats récents est que les mêmes personnes qui ont jadis dénoncé l'influence des idées anglo-américaines sont les mêmes qui semblent déterminées à importer une guerre culturelle anglo-américaine sur les campus français. Cela signifie simplement que la véritable cible n’est pas celle qui est affichée. Le modèle culturel du camp globaliste est tellement dominant que le but est, dans ce domaine comme ailleurs, de soumettre aux intérêts du secteur privé la manne que représente la recherche universitaire, à travers une organisation sur le modèle américain : l’état finance la recherche, le privé dépose les brevets et empoche les bénéfices en garantissant une carrière à ceux qui font les allers-retours entre les entreprises et les campus et en favorisant ce passage, comme dans le monde de la finance et de l’administration. Au passage, on pourrait aussi neutraliser les « clusters » du virus complotiste que sont les facs de lettres où se développent les bouillons de culture (au singulier) que la big pharma a tendance à prendre pour des agents d’infection plutôt que des pépinières d’arbustes prometteurs.
Malheureusement, ce n’est pas le retour aux manettes des « corporates » qui freinera ce processus.
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