L’objectivité selon Raphaël Enthoven
Raphaël Enthoven, le professeur de philo médiatique d'Europe 1 se propose d'analyser l'actualité tous les jours avec philosophie (entendez par-la, qu'il se dégage de sa propre opinion). Salutaire, cette attitude nous permet de déceler les contradictions énormes qui passent sous le nez de tous ceux qui n’ont pas sa hauteur de vue. N'écoutant que ce que son devoir lui dicte, c'est à la France insoumise qu'il s'en prend, en particulier sur Twitter. Ainsi, ce dimanche, il vient de trouver un nouvel item à ajouter à la liste (énorme) des contradictions de ce parti et de l’un de ses représentants, à savoir François Ruffin.
Il est vrai qu'il faut gamberger un peu pour déceler l'objet de la contradiction. En fait, il semble bien que cet énorme paradoxe tient dans le fait que, selon l'article cité, les participants à la marche en question auraient à un moment entonné un slogan, qui serait une référence au film Merci Patron ! Ainsi, l'on voit bien quel est l'objet du problème. En entonnant ce slogan, Ruffin espérait probablement qu'une certaine proportion des participants qui n’avaient pas vus Merci Patron décident de l’acheter, à la simple écoute du slogan, et que cela se transforme en argent sonnant et trébuchant pour l’anticapitaliste. Il est donc coupable d'un paradoxe impardonnable, CQFD.
Si vous trouvez cette petite histoire un peu délirante, vous n'avez probablement pas tort... En fait, cela fait des mois qu'inlassablement, sur Twitter ou ailleurs, RE pointe les supposées contradictions de ce parti, tout en se désintéressant complètement de celles que l'on pourrait à bon droit trouver ailleurs, en particulier chez LREM et qui, à la différence de LFI dispose du pouvoir et est en mesure de changer nos vies de façon on ne peut plus concrète. Il y a quelques temps, il avait désigné comme un « scandale à la tête de l'Etat », le fait que Ruffin participe à une vente à la criée de son journal Fakir, muni de son écharpe tricolore de Député.
Il paraît un peu pathétique de devoir rappeler quelques faits, mais faisons le quand même :
-M. Enthoven, trouvez-nous une seule déclaration où M. Ruffin déclare qu'il est malhonnête de faire la promotion de son travail, ou de faire référence à son travail lors d'une manifestation que l'on organise. Une seule déclaration où il assimile que parler de soi à un moment revient à faire de la pub pour ce que l'on fait par ailleurs ?
-En quoi s'agit-il de pub, puisqu’il ne s'agit que d'une simple formule, peut-être utilisée dans le film merci Patron, qui a été reprise autrement, notamment lors de la campagne aux élections législatives ?
-Que savez-vous du fait que c'est M. Ruffin qui à lui même fait en sorte que l'on entonne cette formule ?
-Et à quel moment Ruffin a-t-il déclaré immoral en lui même le simple fait de faire de la publicité ? Ne serait-il pas plus juste de dire que ce monsieur refuse le torrent de pub auquel nous sommes soumis et qui n'a vocation qu'a répondre d’intérêts commerciaux ?
Quand lui répondra assez justement un twittos : « Quand tu profite de ton statut de philosophe commercial pour exprimer tes convictions #objectivité » il ne trouvera pour réponse qu'une citation de Cioran « n'a de convictions que celui qui n'a rien appronfondi »... On retrouvera la une expression du syndrome de l'affirmation péremptoire, du genre « Nietzsche a dit », dans lequel on se dispense de toute réflexion au motif que quelqu'un de célèbre et de très intelligent a écrit quelque chose, donc que cela est très probablement vrai. Cette réponse était probablement hors de propos, d'autant plus que le twittos faisait remarquer une chose très juste, à savoir que RE en personne participe (très) régulièrement à des conférences rémunérées, pour des entreprises notamment, et qu'il était un petit peu poussif dans ces conditions que de vouloir reprocher à Ruffin un manque de cohérence. Car Enthoven prétend bel et bien que sa réflexion est soustraite à toute forme d'influence ou d'intérêt extérieur qui n'aurait pas la recherche de la vérité pour seul guide : « J'attaque qui je veux. Et sans préjuger des conséquences. Toute autre façon de faire serait indigne du métier qu'on me laisse exercer. ».
Voila qui est dit ! On pourra toutefois tenter de soulignier le même genre d'incohérence qu'il pointait chez Ruffin, à savoir qu'il prétend être parfaitement libre et indépendant de toute influence commerciale, alors que (par exemple), récemment il n’hésitait pas à aller faire une conférence pour une entreprise nommée « talentis coach », dans laquelle il faisait l'éloge du coaching. Et bien sûr la société en question ne fait rien d'autre que du coaching comme son nom l'indique. Bien sur, on peut conjecturer que l'objet de la société n'a aucun lien avec le caractère élogieux du propos... Que s'il y en avait un, il l'aurait vu sans emcombre, car il est à l'abri de toutes les petites compromissions dont peut faire l'expérience au quotidien l'homme de la rue.
Quoi qu'il en soit, on ne trouvera aucune critique construite des insoumis, mais juste une accumulation un peu grotesque de tweets et chroniques critiquant mille et une peccadilles attribuées à ce parti, et celle qui nous occupe aujourd'hui est la dernière en date. On ne trouvera pareillement aucun texte qui justifie le fait de ne parler de LREM que sous un angle presque élogieux, le plus généralement. Ou presque :
« FI m'intéresse plus que EM. Car c'est un espace bordélique, créatif, et où la mauvaise foi atteint des cimes. »
Un concentré de Raphaël Enthoven en un tweet, prose incompréhensible et affirmations sans arguments.
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