La Belgique m’échappe
A deux heures de Ypres (pardon, Ieper) à vélo - moins, quand le vent vient du sud - je me sens proche de la Belgique. Le Mont Noir n’est plus une frontière. Elle m’était devenue si familière que je croyais la connaître assez bien. De Brugge à Bastogne , de Givet à Malines (pardon, Mechelen), je l’ai parcourue dans tous les sens, toujours séduit par la diversité du pays, ses particularismes, sa richesse architecturale et artistique, ses bières exceptionnelles...

Mais depuis les élections de dimanche dernier surtout, la perplexité me saisit. La Belgique m’est devenue opaque, au point d’en perdre mon néerlandais... Cette perplexité, ce désarroi parfois, se reflète dans la presse que j’ai pu consulter, à Bruxelles comme dans différents pays d’Europe. L’interprétation de l’événement n’est pas simple et c’est peut-être dans quelques mois ou dans quelques années que l’on en comprendra toute la portée.
C’est pourquoi je propose ici plus de questions que de réponses. Aux amis belges de préciser, de compléter, de critiquer...
On a l’impression d’un pays en voie d’éclatement dans une Europe divisée , vivant une crise existentielle , une sorte de "fiction"politique.
Le tsunami électoral de dimanche vient confirmer une tendance ancienne, d’abord masquée, puis ouverte.
La Belgique, de par sa fondation artificielle récente, n’a jamais constitué une nation. Les tensions entre les deux principales composantes surgissent dès l’origine, mais se cristallisent, puis se radicalisent surtout avec la montée en force du développement économique de la Flandre et l’affaiblissement de l’industrie traditionnelle wallonne (quoique l’histoire soit plus compliquée).
Depuis l’affaire de Louvain notamment, la crispation identitaire flamande se focalise sur la langue, les valeurs, le territoire, jusqu’à l’absurde. Conséquence d’une inégalité de traitement, où la Flandre était le parent pauvre, longtemps humiliée, ce qui favorisa la montée des extrêmes.
Deux communautés, condamnées à vivre ensemble, allant de compromis en compromis, une vie institutionnelle de plus en plus fragmentée (doublement des institutions derrière une unité de façade), un casse-tête linguistique (voir le dossier BHV), au point que la résignation, voire le fatalisme, a pris le dessus, sans que des solutions satisfaisantes soient envisageables à court terme.
Les fondements de l’Etat belge sont-ils remis en question ?
On assiste à un séisme politique ,dans une Europe qui bat de l’aile...qui, elle-même, a changé la donne. Elle a encouragé les régions à accéder graduellement un peu partout à une autonomie croissante, et à se représenter elles-mêmes auprès d’un pouvoir européen lui-même mutualisé. Ce régionalisme est lui-même un enjeu pour l’ultralibéralisme, qui veille à affaiblir les Etats, pour faciliter la circulation des capitaux et la "liberté" des multinationales .
La victoire des séparatistes en Belgique ? Et après ?
La royauté sera-t-elle un rempart contre des dérives plus graves et un ciment pour une unité différente, qui reste à inventer ? La fin de la crise n’est pas pour demain...
Mais peut-on reconstruire une fiction ?
Le socialiste wallon Jules Destrée , interpellant le roi, en 1912, s’exclamait : " Sire, il n’y a pas de Belges." Aujourd’hui, Bart De Wever proclame : "Ce pays n’existe plus"
Heureusement, les Belges gardent leur humour ( et ICI)
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