La France dans la glace, de l’ex patron du FMI…
L’écho prolongé de la dite « affaire » DSK traduit aussi tout ce à quoi cet événement nous confronte au niveau collectif, un pays et sa Mémoire, l’image qu’il a de lui-même, l’écart entre son message et sa réalité. Un « mal français » à plusieurs visages serait donc en grande partie incarné par les méandres et le profil de DSK. Tout en se reniant souvent dans sa dimension unique, la France demeure largement dans sa propre légende, ne se percevant toujours que de haute volée permanente, donnant des leçons de morale au monde entier, trop pour accepter d’être à travers un élu de premier plan, capable du pire. Les bassesses du passé réapparaissent (nous y reviendrons) et notre « modèle » exemplaire, interroge. Cacher un peu de ce sein que nous ne saurions trop voir, tel fût d’ailleurs le mot d’ordre indirect du CSA. Outre certaines de ses recommandations justifiées, le fait est révélateur de pratiques anciennes, l'ORTF semble renaitre souvent de ses cendres. Cela aura surpris au niveau international. La réalité des faits se devrait d’être traitée avec partialité ou modération ? Le peuple serait un enfant qu’il nous faudrait habituer peu à peu à affronter la vie telle qu’elle est ? En tout cas, la richesse « pécuniaire » du personnage réveille un premier tabou français, celui de l’argent.
Une indemnisation de 177.000 euros. Telle serait la somme que touchera Dominique Strauss-Kahn suite sa démission « un peu » forcée de son poste de directeur général du FMI. Le crime supposé se sera un temps effacé derrière ces considérations là. Le montant de la retraite annuelle et des droits afférents s’élèverait à 60% de son salaire global annuel situé à 225.000 euros selon la chaîne ABC. Le média américain s’appuierait sur le contrat signé en 2007, l’argument est donc fiable. Selon cet accord initial, le dédommagement s’applique autant en cas de licenciement que de démission. Après supplément de vérification, ABC affirme que le salaire de DSK se chiffrait en réalité à 375.000 euros, primes diverses et variées comprises, sans parler des avantages de fonction (frais annexes, transports etc). Cela interroge aussi plus largement.
Si on se réfère au Rapport annuel du FMI, son ancien dirigeant touchait 312.980 euros par an. En fonction de ce salaire, l’indemnité de départ serait d’environ 187.000 dollars, donc un peu plus que le chiffre annoncé par le FMI lui même. Le tabou de l’argent ne serait donc pas que français. Le fonctionnaire le mieux payé du monde a de quoi tourner la tête à tous ses collègues statutaires moindrement rémunérés que l’on voit défiler dans nos rues régulièrement, alimentant eux même bien des tabous et fantasmes.
Bien que soupçonné de viol aggravé de plusieurs actes d’accusation, l’ex patron du FMI reçoit ainsi un beau "parachute doré" agrémenté d’une pension de retraite à des niveaux inconcevables pour un citoyen lambda. Il n’est stipulé nulle part que ces versements puissent être stoppés en cas d’inculpation nous rappellent les avocats de monsieur Strauss-Kahn. Il percevra toutes ses rétributions même s’il est condamné par la justice américaine.
Pour affoler plus encore la calculatrice de la « France d’en bas », le juge Michael Obus a par ailleurs monnayé la libération provisoire au travers d’une caution d'un Million de dollars assortie d'un dépôt de garantie de cinq Millions. L’argent coule à flot à contrario saisissant des revenus d’une femme de chambre. N’insistons pas sur la fortune de l’épouse de DSK et richissime héritière, Anne Sinclair. Gardons que disposer d’une fortune ne recouvre aucune illégalité. Le tabou français de l’argent n’en finit pas d’être chahuté. Enfin, les mesures de sécurité vont coûter plus de 200.000 dollars par mois selon le procureur John McConnell. Madame Strauss kahn paiera, tout ou presque.
La France, pays Latin ne trouvant rien à redire à un certain machisme, éprouve un malaise inavouable. Actuellement, son « héros » international (ses qualités restent indiscutables) dépendrait pour beaucoup de son épouse. Nous touchons ici à un point essentiel. La France, ayant perdu de sa superbe ou renoncé à quelques spécificités nationales, se voyait déjà en haut de l’affiche mondiale une fois DSK élu Président. Une sorte de grandeur prolongée par procuration. Elle allait rester importante dans la symbolique faute de l’être encore dans ses petites frontières. Dans le miroir, la mariée était trop belle. Le choc porte un retour cruel à la réalité, la vraie.
La France et l’argent, la France patriarcale assez naturellement machiste et le sexe coupable, la France dans le monde... Un large malaise perdure au fil des jours. Dans la glace, la remise en question fait froid dans le dos.
Dans le rapport à l’argent, l’homme supposé « de gauche » induit un questionnement à ce niveau plus partisan et idéologique, bien sûr. Le PS ne réalise pas encore tout ce qui est entrain de changer dans la perception des citoyens à son égard, surtout celle de ceux qui le soutenaient. Au regard d’une idéologie collective largement dominée (sujets de société, mœurs etc) par les héritiers de 68, cela frappe plus largement une certaine élite habituée à vivre en vase clos, gardant pour elle ses petits secrets parfois tragiques et lourds de conséquences. La France reine du discours se trouve à nouveau piégée dans les contradictions de ses actes, de sa réalité. Le miroir est parfois très révélateur. La Fille aînée de l’Eglise devînt féministe, et voilà que la Femme se trouve bafouée par celui qui était sensé ramener la Gauche au Pouvoir sur le plan politique. Quoi qu’il en soit, ce qu’il restait d’illusions au « peuple de gauche » se heurte à une actualité sans doute bien cruelle pour lui par bien des aspects. Les leaders qui le représentent proviendraient pour l’essentiel de la grande bourgeoisie. Le fait ne traduit aucune faute objective, la thématique dérange autant que le rapport à l'argent. Le groupe de réflexion Terra Nova trouverait ici l’encouragement à pousser le PS à abandonner les couches populaires. Là aussi, une dimension symbolique. Dans le miroir politique, la France se retrouve provisoirement unijambiste.
Un homme défini comme « de Gauche » aurait bafoué une humble femme de chambre, une fille du peuple modestement rémunérée, une immigrée. Ce récapitulatif alimente encore et toujours bien des ombres que la France n’aime pas voir dans sa glace.
Enfin, à travers la judéité connue et non dissimulée du présumé coupable, il n’est pas exclu que la France refoulée de la collaboration ne ressurgisse prochainement. Installer à l’Elysée un homme de cette origine si diversement connotée (noblement aussi), homme logiquement marié à une femme de même culture, tout cela ne pouvait pas être anodin. La France au sentiment antisémite sous jacent pensait laver alors toutes les tâches de sa Mémoire, ou de son Inconscient. Il n’en sera rien. Notre pays aura croisé aussi ce fantôme là dans la glace.
Le pays des Droits de l’Homme, outre le fait d’avoir nié pendant plusieurs jours la Femme comme première victime des travers de sa culture (record européen annuel de femmes tuées par des époux violents), ce pays se trouve mis en question au niveau même de la valeur qu’il entend incarner dans le monde entier, celle de la Liberté... Le débat fait rage sur l’auto-censure liant des classes dirigeantes et les détenteurs de l’expression publique (Grands Groupes, médias, écrivains…) au milieu politique. Nous aurions su, nous aurions choisi de ne pas dire. Le trauma mémoriel des pires années d’une liberté d’expression bien relative est réactivé. Des voix s’élèvent timidement ces dernières heures, évoquant l’alcoolisme d’un politique de premier plan. In extremis les langues de dénouent avançant que « tout le monde savait ». Mais quoi ? Le courageux livre « Sextus Politicus » pourrait être réédité. Son titre parle beaucoup par lui même.
Ainsi, certains réalisent subitement que des mœurs ou pratiques privés peuvent traduire une personnalité globale, des valeurs ou repères qui interrogent, ou pas. Dans la glace, la permissivité d’un joli mois de Mai passé reprend place. La « morale » (le vialin mot !) des Affaires Publiques, la responsabilité exemplaire des élus du peuple, la méritocratie et l’argent dans le milieu professionnel… la boite de pandore est ouverte et les débats de 2012 pourraient s’en trouver modifiés, autant que les victorieux présumés.
Habituée aux grands hommes d’Etat (tous Gaullistes, un peu Bonapartistes, voire, vaguement monarchistes) et s’amusant à l’occasion de l’inculture de certains présidents étrangers, la France découvre qu’elle n’est dirigée que par des êtres humains faillibles et imparfaits, comme elle-même... La France est tombée de son piédestal, dans le miroir reviennent sa mauvaise conscience et ses contradictions. Cela ne doit pas nous laisser de glace. La vérité est toujours une victoire.
Guillaume Boucard
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