Il a parlé mercredi soir. A son pays uniquement. Il n’est plus en effet un Président à deux casquettes. Le voilà redevenu seulement le Président des Français, repartant dans son rôle favori de distributeur de promesses et d’encouragements.
Tel le cavalier blanc caracolant, comme Zorro, sur un destrier fougueux qui dans les années 80, animait une publicité de… décapant, le « chevalier Ajax », énumérant ses victoires étrangères, il a beaucoup parlé en disant notamment qu’avec lui tout ira pour le mieux, qu’il combattra fermement les nuages noirs qui s’annoncent et que les réformes engagées, en les citant les unes après les autres, iront à leur terme.
Toutes sauf une qui, il est vrai, dans un tel discours de ralliement et d’espoir n’aurait pas eu sa place sinon celle d’une virgule.
La sécurité et donc la police. Encore et toujours dites-vous ? Et oui, avec un tour de vis supplémentaire dont le montage paraît pour le moins insolite sinon dangereux.
La nouvelle serait passée complètement inaperçue si le 13 décembre dernier, Le Figaro, dans une assez brève évocation n’avait dévoilé, « en exclusivité » selon lui, l’axe central du fameux Livre Blanc (un de plus) sur la Sécurité, celui-là. Rédigé sous la conduite de Michèle Alliot Marie, par l’Institut National des Hautes Etudes de Sécurité (vous connaissiez ?) à l’initiative de Nicolas Sarkozy qui en fut son principal inspirateur et en signa la préface, ce rapport devait être remis au Président deux jours plus tard, le 15.
L’une des premières phrases de la préface présidentielle du document, résume à elle seule, la teneur de son contenu. « La place du secteur privé doit être de plus en plus importante dans la protection de nos concitoyens ». Et la suite du Livre est de la même teneur.
Il serait nécessaire de créer un statut de partenariat et de coopération entre polices privée et nationale, gendarmerie comprise. Ouvrir une sorte de coproduction de la Sécurité sous l’égide d’un Conseil Economique de Sécurité, étant entendu que les « privés » devraient se soumettre à une formation de la « déontologie ». Mais voyons !!!
La France, est-il écrit, compte actuellement 379 fonctionnaires avec les gendarmes bien sûr pour 100.000 habitants. Elle serait donc l’une des dernières dans ce secteur en Europe. Or, dans une grande partie de l’Union, la police privée entre dans le jeu, gonflant ainsi le sécuritaire. Toujours dans le même esprit le Livre dévoile que de nos jours 1.700.000 policiers européens travaillent pour 50.000 entreprises privées générant un chiffre d’affaires annuel de l’ordre de 15 milliards d’euros.
Alors les français s’inspireront encore de ce qui se fait ailleurs. Une belle habitude de la plupart de nos gouvernants dont on est, alors, en droit de se demander à quoi ils servent. Et ils n’iront pas avec le dos de la cuillère les dirigeants « sécuritaires » gaulois. Afin de réduire les dépenses budgétaires en ne remplaçant pas ou peu les fonctionnaires de police partant à la retraite et en limitant les campagnes d’enrôlement, il est prévu de confier la sécurité en « partenariat » à 200.000 policiers privés dans les prochaines années. Ainsi, à l’horizon 2019 ou bien avant comme il faut craindre, la France sera le plus sécurisé ou… le plus cadenassée d’Europe. D’autant qu’elle a l’intention, dès cette année de porter le nombre des vidéos « protections nationales de 20.000 à 60.000.
Le livre ne dit pas quelles tâches seraient assurées par ces nouveaux venus en uniforme. Seront-ils les nouvelles « pervenches » déesses des contraventions pour stationnement interdit, ou bien les costauds des patrouilles nocturnes à travers les quartiers dits sensibles, ou plutôt ces sentinelles s’ennuyant à mourir à devoir faire les cent pas devant la plupart des ambassades ou appartements de ces messieurs les politiques, ou encore à canaliser ou interdire toute manifestation publique, ou, pourquoi pas , enquêter sur toute affaire criminelle et surtout s’ils seraient munis d’armes à feu ? On aimerait savoir.
Il reste également muet sur un sujet d’importance. Qui paiera leur collaboration ? Les commerçants, les passants, les locataires d’immeubles-tours, le sdf, le concierge, le lycéen, le syndicaliste, les victimes, les assassins, le voleur de pain ou, plus rare, le coupable en col banc ?
Je vous fiche mon billet que ce sera à nouveau l’Etat, donc vous et moi qui seront si bien sécurisés, pardon « surveillés ». Qu’en pensez-vous ?