La leçon de storytelling financier du Président de la République
La story est la nouvelle monnaie du managment financier. "Les histoires sont primordiales pour donner du sens aux chiffres. Elles fournissent le contexte et captivent l'imagination des gens" assure Dorothéa Brennan, membre du conseil d'administration d'une multinationale de la santé.
En mettant en branle jeudi dernier la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits pendant près d'une heure trente, notre Président s'est donné pour objectif de conter l'histoire tragique de l'endettement public et de justifier son corrolaire : austérité, gel des salaires, baisse des indemnités sociales, hausse des prélèvements obligatoires, création de nouvelles taxes et diminution des dépenses publiques.
L'histoire des trente cinq heures est un modèle du genre. Elle nous est contée comme une cause essentielle de la crise de la dette consécutive à la perte de compétitivité de notre pays. Nous devrions culpabiliser car nous serions trop paresseux. En vérité le passage aux trente cinq heures négocié entreprise par entreprise, secteur par secteur, ne s'est pas concrétisé dans toutes les sociétés. Une chose est sûre, bien des entreprises concernées ont compensé à court terme ces nouvelles horaires en revoyant les conventions d'entreprises. A moyen et long terme, cela s'est concrétisé par des surcharges de travail, un rendement annuel accru et un gel des salaires. Quand au manque de compétitivité, il provient de la charge insoutenable de la dette, aboutissement de choix de politique économique, qui empêche le pays d'effectuer les investissements suffisants en recherche et développement depuis des décénies.
L'histoire de l'âge de départ à la retraite est du même acabit. Elle nous narre l'histoire de la belle au bois dormant des actifs fainéants, trop empressés de partir à la retraite. Un âge avancé qui nécessité une réforme fondamentale mise en place trop tardivement au point d'aggraver les déficits publics et donc de déclancher la crise de la dette. Les retraités d'aujourd'hui devraient culpabilisés puisque responsables de la crise de la dette souveraine. En réalité, il n'en est rien. Certes, le départ à 60 ans accentue d'avantage les déficits qu'un départ à taux plein à 67 ans. Cependant avec ou sans les trente cinq heures, avec ou sans la retraite à 60 ans, à partir de 1974 le montant de la dette publique s'est envolé suivant une courbe quasi exponentielle. Ca signifie que le marché des emprunts est conçu de tel manière que cet endettement soutenu est irréversible. Et quand notre Président prétend qu'à force de restrictions nous réussirons à résober cette dette en passant durablement sous la barre des 3% de déficits au pretexte de retrouver notre indépendance vis à vis des marchés, c'est du bleuf. Notre Président souhaite simplement garantir aux banques et au delà aux ploutocrates le versement constant de la créance publique.
Je note que notre Président a rappelé que la France n'a plus voté un budget en équilibre depuis 1974. Or, c'est à partir de 1973 que l’État s'est vu contraint par Pompidou et Giscard d'emprunter ses avances en trésorerie auprès des marchés financier alors même que pendant les trente glorieuses il obtenait des avances sans intérêts auprès du trésor public.
Je note également que notre Président a admis que le service de la dette s'élève à 49 milliards d'euros et que c'est le deuxième poste budgétaire de la France, tout juste après l'éducation nationale. Or, le remboursement annuel croissant de ces intérêts de la dette absorbe la totalité des impôts sur le revenu et une part non négligeable de la production de richesse annuelle.
Je note par ailleurs que notre Président a déclaré que nous étions le pays le plus imposé en Europe, ce qui ne l'a pas empêché de retenir l'idée d'une hausse ciblée de la TVA. Il aurait pu ajouter que nous étions l'un des pays développés où les salariés épargnent néanmoins le plus. Les français ne sont donc pas des cigales en dépit des prélèvement déjà forts élevés. Nous n'avons donc pas à assumer les choix de politique économique des gestionnaires incompétents successifs du pays en quarante ans.
Je note en outre que le Président nous a expliqué selon ses propres termes que, par un effet levier, les banques prêtaient pour des sommes d'argent bien supérieurs à leur fond de réserve.Le Président nous assure que ce fond de réserve sera ré-haussé à hauteur de 9% de fonds propres.Il admet ainsi implicitement que quand à présent ce fond de réserve est inférieur à 9%, dans les faits 3 à 4% tout au plus.
Enfin notre Président a affirmé que le système bancaire ne reposait que sur la confiance des déposants. Mais à la question faut-il séparer les activités de dépôt des épargnants, des activités spéculatives ? Notre Président a répondu par la négative arguant qu'il ne voulait pas que les banques d'affaires endossent l'ensemble des risques. Or, les épargnants détenteurs de livrets d'épargne n'ont pas à partager les risques pris par les spéculateurs. Et quand notre Président affirme dans la foulée que lui, l'homme intègre et irréprochable, le Président de TOUS les français se porte garant de la solidité de nos banques, j'en reste coi. Et vous ? Vous croyez que l'oligarchie nous prend pour des imbéciles heureux ?
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