La retraite de Macron
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Mais j’ai besoin de comprendre... ce qui s’est joué... de ressentiment, peut-être de petitesse.... »
Macron, le 10 octobre 2019[1]
Qui peut dire sans sourire que la promesse de la retraite à points a été déterminante dans son élection ? Il a été élu pour faire barrage à l’extrême droite. L’entre-deux tours fut l’occasion d’un chantage médiatique. Et, en ces temps de grèves dans les transports, on pourrait même dire que ce fut alors une prise d’otages des consciences.
Cette retraite à points aurait fait l’objet d’une concertation de plusieurs mois avec les syndicats. On voit avec quel succès. Mais elle vient surtout au bout d’une séquence cruelle pour le petit poudré. La politique européenne, mais aussi étrangère, l’a entraîné à des déclarations « radicales » sur la commission européenne, dès le 10 octobre, puis sur les 3%, la Russie, l’OTAN... On aurait dit du Mélenchon en 2017, la vision programmatique en moins.
En outre, cette retraite à points est une de ces idées dont a le secret la CFDT pour accompagner le changement, comme on dit dans le langage managérial. Laurent Berger avait toujours soutenu que cette « réforme systémique » ne devait pas être accompagnée d’une « réforme paramétrique ». Et c’est là que le premier ministre, pour calmer le jeu au lendemain du 10 décembre, annonce l’introduction dans la « réforme » d’un « âge pivot » à 64 ans.
D’après des commentateurs avisés, ce pourrait être l’occasion d’une manœuvre de retraite stratégique, concertée avec le président : le retrait de cet « âge pivot » permettrait de sortir de la crise si elle devait se poursuivre.
Mais cette retraite stratégique est plus vraisemblablement un piège dans lequel va tomber « le mari de Brigitte ». Il ne veut pas s’exprimer sur le sujet et déclare qu’il le fera selon son bon vouloir. Mais son inconscient lui fait dire récemment à propos de son premier ministre : « il essaie de tenir l’attelage et de rester le patron ».[2]
« Le locataire de l’Elysée » doit être en train de réaliser que « le maître des horloges », désormais, ce n’est plus lui, mais Edouard Philippe. Ce n’est pas un fusible qui sautera (avant ou après les municipales, selon le degré de la crise politique). C’est un concurrent de droite qui se retirera dans son Havre de Grâce[3]. Il aura le loisir de s’y préparer pour 2022 : une figure de rigueur et de responsabilité budgétaire, un recours de bon sens pour « le cercle de la raison » que les accès d’humeurs du petit prince ont fini par inquiéter.
C’est donc bientôt une retraite anticipée qui s’annonce pour le plus jeune président de la Vème République. Mais s’il est contraint de renoncer à un second mandat, il n’ira pas comme son prédécesseur se ridiculiser dans une allocution télévisée, cherchant à justifier sa décision de façon si maladroite.
Il ne dira pas : « J’ai voulu que notre modèle social puisse être conservé ».Il ne dira pas non plus : « j’ai pris les mesures nécessaires, sans jamais remettre en cause nos libertés. ». Encore moins : « Je ne peux me résoudre à la dispersion de la gauche, à son éclatement ».[4]
Non. Lui, il renoncera sans avoir l’air de perdre la face. Il ne le supporterait pas.
La presse people, celle qui a tant contribué à l’élection de son mari, rapportait que la « première dame » exprimait « clairement son souhait de ne pas remettre ça en 2022 ».[5]
Alors, il sera sobre. Il informera le monde entier qu’il est contraint à rester aux côtés de son épouse pendant sa retraite d’enseignante.
[1] https://www.lopinion.fr/video/texto/colere-froide-macron-apres-rejet-candidature-sylvie-goulard-a-200117
[2] Le Canard enchaîné du 11 décembre, page 2 : Peut mieux faire.
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