La secte, une définition suspecte
A l’occasion de la remise d’un rapport sur l’activité des sectes en France, j’ai voulu savoir à quoi on pouvait reconnaître une secte. Bien sûr la définition n’est pas unanime, et elle peut facilement entrer en conflit avec la liberté d’opinion.
Ainsi, et pour ne pas prendre trop de risques, la commission d’enquête sur les sectes, comme un autre organisme, info-secte, se basent sur un certains nombres de critères pour déterminer la présence d’une secte.
Les différents indices sont au nombre de dix, et sont les mêmes (mot pour mot) pour les deux liens cités plus haut. :
1. La déstabilisation mentale
2. Le caractère exorbitant des exigences financières 3. La rupture induite avec l’environnement d’origine 4. Les atteintes à l’intégrité physique
5. L’embrigadement des enfants
6. Le discours plus ou moins anti-social
7. Les troubles à l’ordre public
8. L’importance des démêlés judiciaires
9. L’éventuel détournement des circuits économiques traditionnels
10. Les tentatives d’infiltration des pouvoirs publics
ces indices reprennent plus ou moins certains critères d’appréciation cités dans « info-secte », avec certaines différences tout de même, différences qui s’expliqueront plus loin.
Au chapitre « comment reconnaître une secte » sont décrits quelques points essentiels
Séduction, Présence d’un gourou, Rupture sociale, Déstabilisation mentale, Exigences financières, Asservissement.
A ces différents points sont accolés quelques développements, qui correspondent presque point par point au programme du capitalisme.
L’argent représente la séduction, le gourou est celui (ou ceux) qui dirige le système. La rupture sociale est constituée par le relâchement des liens entre ceux qui ont l’argent et ceux qui ne l’ont pas. La déstabilisation mentale, c’est le fait d’être sans cesse psychologiquement diminué et ainsi rendu perméable à la propagande du gourou. Les exigences financières sont les charges toujours plus lourdes qui pèsent sur les adeptes, jusqu’au surendettement. L’asservissement est lié à la pression du groupe, qui a instauré que celui qui ne possède pas n’est pas honorable.
Avec en prime, au sujet de l’asservissement, une sorte de conseil : « il est autant difficile de sortir d’une secte qu’il est facile d’y entrer » ; avis aux amateurs.
J’aurais pu m’arrêter là, mais le fait que la commission d’enquête ait repris précisément les dix points du site « info-secte » m’a quelque peu interrogé- surtout si on compare avec les six dont je viens de vous entretenir.
Car si on regarde bien, la formulation adoptée pour ces dix points semble définir la secte d’une toute autre manière qu’auparavant. à tout prendre, cette définition pourrait tout à fait convenir à une association d’opposition politique, car elle entrerait facilement dans les critères proposés pour la secte :
S’il est toujours question de déstabilisation mentale (qui est une donnée toute relative : déstabilisé par rapport à quoi ? qu’est ce qu’un mental stable ?), il n’est plus question d’exigences financières sans cesse croissantes, mais du « caractère exorbitant des exigences financières ». cela peut vouloir dire deux choses : soit le fait qu’une organisation réclamant de l’argent est exorbitant, soit qu’à partir d’un certain montant, considéré exorbitant, on peut considérer cette organisation comme potentiellement sectaire. La rupture sociale est toujours présente mais fait désormais référence à l’origine et non plus au statut social.
On y a ajouté également les atteintes à l’intégrité physique et l’embrigadement des enfants, qui pourraient être des méthodes utilisés par certains rebelles soucieux de se passer de l’éducation nationale, ou qui seraient tentés d’en venir aux mains pour convaincre (ou pour se défendre ?)
Les points 6, 7 et 8 sont nouveaux, et assez surprenants : « discours plus ou moins anti-social », « troubles à l’ordre public » et « importance des démêlés judiciaires ». se pourrait-il que certains opposants politiques entrent dans cette catégorie ? l’orientation des discours, les capacités de mobilisation humaine ou un acharnement judiciaire suffiront-ils à constater la réalité d’une secte ?
Au point 9, on parle de détournements des circuits économiques traditionnels. Pourquoi pas d’illégalité, tout simplement ? celui qui voudrait organiser un nouveau mode d’échange non « traditionnel » (encore faudra-t-il préciser la tradition, car la corruption en France, est plus qu’une coutume…) serait-il un dangereux gourou ?
Et le dernier, les tentatives d’infiltration des pouvoirs publics. On pourrait penser à la scientologie, mais pourquoi pas à un nouveau parti ? tout nouveau parti n’est pourtant pas une secte, et les tentatives d’infiltration des pouvoirs publics, c’est son travail.
Finalement, il se pourrait qu’avec ce genre de définition, dont les vagues critères sont laissés à l’appréciation de celui qui juge, on puisse mettre à peu près n’importe quelle organisation politique dans la liste des sectes… pourquoi pas l’UMP ??
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