La transition énergétique doit veiller à maintenir un haut niveau de sûreté nucléaire
Au moment où le problème de la désindustrialisation de la France fait l’objet de nombreux débats, l'argument selon lequel l'orientation du gouvernement risquerait de condamner une des rares filières française réputée pour son savoir-faire, son sérieux et largement exportatrice aurait une influence conséquente pour l’avenir.
Si la France décidait de ne pas lancer de nouvelles constructions électronucléaire d’ici 2016, le signal envoyé aux écoles d’ingénieurs et de techniciens supérieurs va réduire significativement le nombre de jeunes étudiants qui aujourd’hui font le choix des formations en génie nucléaire. Et beaucoup d’établissements fermeront cette option faute de candidats.
Cette situation, que l’on a connue à la fin des années 90, rendrait impossible l’attraction de nouveaux talents par ce secteur industriel.
Elle risquerait de condamner l'industrie nucléaire française. Elle pourrait ne plus lui permettre d'exporter des équipements et des services. Tout comme elle risquerait même de ne plus lui permettre d'assurer une part notable du mix énergétique au delà de 2025.
Par ailleurs, toute action qui engagerait le nucléaire dans une situation sans futur obèrerait gravement la sûreté.
Non seulement, il serait plus difficile d’attirer de jeunes talents mais de plus on assisterait à une fuite des personnels hautement qualifiés vers des secteurs porteurs d’avenir.
Voici le témoignage très récent d’un responsable d’enseignement supérieur :
« En ce qui concerne l'attraction des talents, on commence à avoir des statistiques au niveau des masters. Alors qu'au printemps-été 2011 il n'y avait eu aucun "effet Fukushima" sur les candidatures des étudiants aux masters et parcours nucléaires dans les écoles d'ingénieurs (pas de baisse, même une légère hausse), cela n'a pas été le cas ce printemps et cet été 2012.
On peut donc parler presque certainement d'un effet "campagne électorale et annonces gouvernementales" sur la vision des jeunes scientifiques. Elle brise une tendance à la hausse qui se dessinait depuis plusieurs années et que Fukushima n'avait pas arrêtée.
Les statistiques 2012-13 ne sont pas complètes mais tout indique qu'on peut s'attendre à une baisse de 20% des candidatures et aussi des effectifs.
Le "message politique énergétique" de notre nouveau gouvernement a certainement été bien entendu par la jeune génération. Espérons que ce n'est que sur cette année.
Ceci a lieu en dépit de la stabilité annoncée des recrutements ingénieurs par EDF (pas le cas pour AREVA, semble-t-il, en tous cas pas le message qui passe dans les master-école d'ingénieurs) et du fait que EDF soit cette année la première du classement de "l'entreprise française la plus attractive" dans les écoles d'ingénieurs ».
Ce témoignage indique clairement que les jeunes scientifiques font le choix de filières porteuses et renoncent à celles qui ne semblent pas avoir d’avenir. Or les jeunes promotions d’ingénieurs qui commencent leur cycle en 2012 seront sur le marché de l’emploi en 2015. Ils cherchent déjà les secteurs les plus porteurs d’avenir à cette échéance et c’est tout à fait normal.
Quant à la « fuite des meilleurs », les Allemands en font l’amère expérience depuis 2011. Siemens a abandonné tout son secteur nucléaire et toutes les entreprises liées à ce secteur d’activité ont cessé de travailler pour le nucléaire.
Si le gouvernement allemand demandait le redémarrage de quelques réacteurs parmi les 8 arrêtés après l’accident de Fukushima, les électriciens auraient besoin de 2 ans pour reformer les personnels indispensables à l’exploitation et la maintenance et ils formuleraient des exigences normales sur la poursuite de cette activité.
Dans un contexte de chômage important, les agents hautement qualifiés du secteur électronucléaire n’attendraient pas les compressions de personnel mais ils les anticiperaient. Ce sont toujours les plus dynamiques et les meilleurs qui partent en premier.
Donc pour la sûreté, on pourrait parler d’une « hémorragie sans possibilité de transfusion ».
« Un nucléaire sans futur est un nucléaire sans sûreté ».
S’agissant de la déconstruction, les ingénieurs EDF du CIDEN à Villeurbanne, unité dédiée à ces opérations, sont actuellement mobilisés par la déconstruction de 9 unités d’EDF. Ces 9 unités couvrent quatre filières :
- Une centrale à eau lourde.
- Les centrales à uranium naturel utilisant le graphite comme modérateur et refroidies par du gaz carbonique. Cette filière représente elle-même cinq sous filières.
- La filière à neutrons rapides refroidie au sodium.
- La filière des réacteurs à eau sous pression.
Aucun pays industrialisé au monde n’a une telle somme de compétences dans le domaine de la déconstruction.
Les ingénieurs du CIDEN proviennent des équipes de conception et d’exploitation pour apporter leurs connaissances des installations. Ils ne font qu’un passage d’une durée limitée dans cette unité avant de repartir vers leur profession d’origine. Il est inconcevable de faire une carrière d’ingénieur qui dure 40 ans dans la déconstruction ! Les jeunes ne sont pas intéressés par la destruction d’ouvrages mais ils sont attirés par les investissements créateurs de valeur ajoutée.
Enfin, contrairement à ce que nous connaissons aujourd’hui, avec 9 centrales en déconstruction de 4 filières différentes, les centrales à déconstruire dans le futur sont toutes de la filière à eau sous pression dont la « petite soeur », Chooz A dans les Ardennes, est en cours de déconstruction avancée.
Toutes les procédures et les technologies sont testées sur Chooz A et rares seront les procédures et les techniques restants à inventer en matière d’ingénierie dans le futur. L’installation à Fessenheim d’un centre dédié à la déconstruction des centrales nucléaires n’a donc aucune justification sérieuse.
3 réactions à cet article
Ajouter une réaction
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
FAIRE UN DON