Le G20 et la crise financière : Un coup d’épée dans l’eau
« Le monde de la haute finance se laisse seulement comprendre si l’on a conscience que le maximum d’admiration va à ceux-là mêmes qui fraient la voie aux plus grandes catastrophes. »
John Kenneth Galbraith (Prix Nobel d’économie)
Les dirigeants du G20, réunis samedi à Washington, semblaient en voie de s’accorder sur une meilleure surveillance de la finance mondiale et un soutien à l’activité économique pour tenter d’enrayer la crise financière la plus grave depuis celle de 1929. Le président américain a mis en garde contre un regain de protectionnisme dans le monde. Le communiqué attendu à l’issue de la réunion devait lancer des « messages positifs de trois ordres : soutien à l’économie, nouvelle régulation internationale, réforme de la gouvernance mondiale ». La Maison- Blanche a proposé deux nouveaux mécanismes : un « collège de superviseurs » formé d’autorités de régulation pour surveiller les 30 plus grandes banques mondiales et un « système d’alerte précoce » des crises financières à confier éventuellement au FMI. Les Etats-Unis souhaitent également une réorganisation des institutions multilatérales, comme le FMI et la Banque mondiale, pour accorder davantage de poids aux pays émergents comme la Chine, l’Inde ou le Brésil.(1)
Voilà pour la langue de bois qui, comme nous le verrons, n’aura pas une grande incidence sur le cours des choses. Il n’est cependant plus question d’une réforme globale du système financier, sorte de Bretton Woods II, souhaitée par certains pays, dont la France. M.Bush a mis en garde ces derniers jours contre une sur-régulation qui, selon lui, serait contreproductive et souligné que le sommet réaffirmerait « notre conviction que les principes du libéralisme économique nous offrent la meilleure voie vers une prospérité durable ». Cette déclaration est à rapprocher de celle d’Angela Merkel : dans une interview au Süddeutsche Zeitung, la chancelière allemande exige ainsi une réforme globale de la finance. « Je ne comprends pas que, juste après que l’Etat ait évité le pire, certains mettent déjà à nouveau en garde contre un excès de régulation ».
Jusqu’ici relativement épargnée par la crise financière mondiale, la Chine a beaucoup à perdre si elle s’éternise ou dégénère en récession mondiale. « Pékin peut aussi jouer le chevalier blanc en investissant dans les secteurs en détresse des Etats-Unis ou d’Europe », la banque d’affaires China International Capital Corp a plaidé pour que la Chine achète des obligations du Trésor américain. En échange, son chef économiste Ha Jiming estime que Pékin pourrait obtenir un assouplissement des restrictions sur les exportations américaines de produits de haute technologie vers la Chine.
En clair, revenir à une fixation de prix des matières premières sans fixer le prix des produits finis, laissés, eux, à la libre appréciation des pays industrialisés, les PVD qui renferment en leur sein l’ensemble des matières premières, n’ont que faire de ce marché de dupes. D’ailleurs, la descente aux enfers des prix du pétrole est une bénédiction pour les pays du Nord. Ainsi les prix du pétrole ont effleuré jeudi 13 novembre le seuil de 50 dollars à Londres, son niveau le plus faible depuis mai 2005, après que l’AIE -qui joue un rôle de plus en plus trouble- eut confirmé la rapide dégradation de la demande.Grandeur et décadence de l’or noir : passé pendant la première moitié de l’année de 100 à presque 150 dollars (avec un record de tous les temps à 147,50 dollars à Londres), le prix du baril a été divisé par trois en cinq mois. Le département américain de l’Energie a révélé jeudi une baisse de 6,6% de la consommation de produits pétroliers, sur un an. « Du point de vue des ministres de l’Opep, le pire des cauchemars », un baril à 50 dollars, est déjà une réalité, rappellent les analystes du courtier Cameron Hanover. Une première baisse de la production, de 1,5 million de barils par jour, décidée lors de la dernière réunion de l’Opep, le 24 octobre, a cependant, pour l’heure, été sans effet. « Le fait que les prix ont continué à baisser (malgré cette baisse, ndlr) illustre l’impuissance du cartel face à la détérioration rapide de la demande », juge ainsi M.Jessops, qui rappelle que les baisses de production décidées en 2001 et 2002 n’avaient porté leurs fruits qu’en 2004.
« Se lançant dans le jeu de la patate chaude, les banques croyaient se dégager de tout risque. Elles ont si bien manoeuvré qu’à présent nul ne sait qui doit quoi à qui, combien valent les tranches pourries de saucissons-dettes ni combien la banque voisine a réellement en caisse. Du coup, personne ne veut prêter à quiconque, d’où le gel du crédit, ce sang vital au système circulatoire financier. Ce ne sont pas, hélas, les 700 milliards de dollars de M.Paulson qui vont changer la donne. La solution est ailleurs. D’abord imposer des règles que tout le monde ou presque préconise à présent : pas d’opérations bancaires hors bilan, ratios de crédit strictement imposés, fermeture des marchés de ces produits dérivés dont on se passait parfaitement il y a dix ans. Soutenir les ménages et les PME et PMI qui ont emprunté plutôt que ceux qui leur ont prêté. Mettre fin au socialisme pour riches qui privatise les profits et fait payer les pertes aux contribuables. (...) »
« Il est temps de se servir du pouvoir politique pour sortir de ce système toxique et saisir l’occasion que cette crise nous offre. Car elle ouvre, en effet, une piste pour résoudre deux autres crises reléguées, à tort, au second plan. La crise de la pauvreté et des inégalités s’aggrave avec l’augmentation des prix de l’énergie et des aliments. Le réchauffement planétaire deviendra vite irréversible avec son cortège de catastrophes - tempêtes, sécheresses, inondations, millions de ´´réfugiés climatiques´´. La Grande Dépression bis n’est pas inévitable, mais il faut se servir immédiatement de la crise financière pour l’empêcher de s’installer.
Souvenons-nous du New Deal du président Franklin Roosevelt et de la conversion de l’économie américaine à une économie de guerre dans les années 1930-1940. C’est d’un effort de cette envergure dont nous avons besoin ». « Il faudrait réduire rapidement nos émissions de gaz à effet de serre d’au moins 90%. Impossible ? (...) Un pot de yaourt ne voyagerait plus 7000 kilomètres avant de rencontrer le consommateur - et il serait emballé plus économiquement. (...) D’où viendraient les moyens pour une telle conversion ? Les banques, sous la tutelle des pouvoirs publics, devraient consacrer une part importante de leurs portefeuilles aux particuliers et aux entreprises s’engageant dans une démarche écologique. On pourrait réduire les impôts sur le travail pour les augmenter sur le carbone. (...) Quant au Sud, la dette publique que le G8 promet d’annuler depuis dix ans le serait enfin, contre l’obligation de participer à l’effort écologique. Les élites africaines qui, depuis trente-cinq ans, ont fait s’envoler plus de 400 milliards de dollars vers les paradis fiscaux seraient surveillées et leurs avoirs illégaux saisis au profit de leurs peuples. Un seul remède : que les Etats membres reprennent ces institutions en main et remettent à l’ordre du jour John Maynard Keynes et le keynésianisme vert ».(4)
Pour Antonio Martens, les marchés, internationaux du crédit sont en état de choc, et il y a un risque réel d’une ruée dévastatrice vers les banques. Parce que les sept cent milliards de dollars injectés par les USA sont arrivés trop tard et ne sont pas adaptés. Méfiants quant à la solidité des banques, les détenteurs de comptes courants peuvent reprendre leurs dépôts, ce qui provoquerait une nouvelle vague de chutes et détruirait la confiance dans la monnaie. A l’ère de la mondialisation, ce serait la « mère de toutes les ruées contre les banques » selon ce qu’a décrit l’économiste Nouriel Roubini, qui s’est fait connaître en prédisant, il y a quelques mois, avec une précision remarquable, tous les développements de la crise actuelle. Le plan de 700 milliards de dollars cousu main par la Maison-Blanche, Nouriel Robini l’a considéré non seulement comme « injuste » mais comme « inefficace et inefficient ». Injuste parce qu’il socialise les pertes en offrant de l’argent aux institutions financières sans assumer, en contrepartie, une partie de leur capital. Inefficace parce que, en n’offrant aucune aide aux familles endettées, il ne touche pas à la cause réelle du problème (l’appauvrissement et la baisse du pouvoir d’achat de la population), et n’agit que sur les effets superficiels".(5)
2.Le G20 face au Genre Humain. Leur sommet ne sera pas le nôtre ! Attac France 31/10/2008.http://www.choike.org/bw2
3.Christian de Boissieu et Jean-Hervé Lorenzi :Bretton Woods acte II : une gouvernance mondiale, Le Monde du 13-11-2008.
4.Susan George : Des nouvelles règles pour sortir d’un système toxique. Le Monde, 17-10-08
5.Antonio Martins : Pour comprendre la crise financière 21-10-2008
Professeur Chems Eddine Chitour
Ecole Polytechnique Alger
2 réactions à cet article
Ajouter une réaction
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
FAIRE UN DON