Le mort et le vif
La vision transversale des 100 premiers jours de Nicolas Sarkozy à la tête de l’État est riche d’enseignement. On sait déjà que l’homme chutera par où il a pêché : la « pipolitisation » de la fonction présidentielle dont il est le grand architecte.
Ca y est. Je sens à nouveau que la matière revient. L’actualité est riche en ce moment d’un point de vue sociologique. La vision transversale des premiers 100 jours de Nicolas Sarkozy à la tête de l’Etat est riche d’enseignement. On sait déjà que l’homme chutera par où il a pêché : la "pipolitisation" de la fonction présidentielle dont il est le grand architecte. Il a trouvé son créneau. En place et lieu où d’autres voulaient forcer l’histoire pour y imprimer leur trace, à coups de grands travaux culturels, de réformes agricoles, d’Europe unifiée ou de grandeur de la France, Nicolas à trouvé une terra incognita presque vierge, boudée par ses illustres prédécesseurs tant la France s’accommodait mal jusqu’ici du mélange people et politique. Tant celle-ci s’efforçait de croire aux chimères, se faisant une bien haute idée de la fonction et feignant d’ignorer les incestes entre journalisme et pouvoir qui nuirent tant de fois à la démocratie de ce pays, préférant ânonner cette phrase si souvent pastichée : « Cela ne nous regarde pas. »
Mais depuis mai dernier, impossible de faire semblant de ne rien voir. L’Elysée nous offre chaque semaine un concentré de PRISMA PRESSE. Plus besoin d’aller chez son dentiste ou son coiffeur pour lire et se repaître des derniers ragots autour d’une lecture chapardée de VOICI ou de CLOSER. Il n’y a qu’à allumer la TV, regarder la très sérieuse BBC World ou zapper sur CNN. Même l’empire de presse Lagardère qui protégeait jusqu’ici le président en brassant du commentaire événementiel autour du petit homme commence à perdre tout contrôle.
Faute d’avoir élu un homme d’Etat sérieux, équilibré, serein et désintéressé, nous avons mis à la tête de l’Etat une sorte de Berlusconi à la française.
Il est d’ailleurs frappant d’observer que Ségolène Royal reste à gauche le double parfait de notre trublion d’homme. Si elle était parvenue à la présidence en lieu et place de Nicolas Sarkozy, gageons que nous en serions à peu de choses près au même point.
Les buzz à répétition
La seule chose que les communicants de la présidence aient imaginée pour empêcher tout impétrant sérieux de faire de l’ombre au candidat élu et de clamer « le roi est nu » fut de phagocyter tout adversaire potentiel soit en le faisant entrer dans son gouvernement, soit en l’éloignant du pouvoir. Soit en l’imposant à des postes internationaux prestigieux et pour le moins dangereux, à le faire plancher sur des dossiers techniques.
La gauche étant si mal en point que certains, voyant l’âge poindre, ont préféré être utile à leur pays plutôt que de glander sur les bancs de l’Assemblée nationale. On ne saurait les en blâmer. Même le moribond Parti communiste a été mis à profit. Ne voyant pas qui pourrait s’avérer un adversaire sérieux à l’intérieur d’un parti qui brade ses actifs pour rembourser ses dettes mais préférant tout de même ne pas prendre de risques face à une opinion devenue versatile qui pourrait être tentée de nouveau par la gauche de la gauche, ils sont allés chercher la mémoire d’un jeune résistant communiste.
Le jour de son investiture, la démagogie cérémoniale de N. Sarkozy en disait déjà long sur la récupération d’un passage historique de notre histoire récente : l’instrumentation politique devait suivre. C’est chose faite aujourd’hui avec l’imposition présidentielle de rendre un hommage national à ce jeune résistant communiste en lisant la lettre qu’il écrivit à ses parents peu avant de finir sa vie à un poteau d’exécution.
Rappelons que Guy Môquet était communiste et qu’il était pris dans la tourmente historique de son époque, pas de la nôtre.
Finalement,
il serait bien surpris de se savoir entraîné à son tour dans cette
mascarade politico-médiatique souhaité par l’hôte élyséen qui joue
l’ouverture jusqu’à prendre en otage le mort et le vif ; à l’instar
d’une Fadela Amara qui, bien vivante elle, se demande chaque
matin devant son miroir combien de temps tiendra-t-elle sans vendre son
âme à ce gouvernement d’inspiration vichyste. Une façon de focaliser
les médias et l’opinion sur autre chose que l’augmentation des denrées
alimentaires ou de pointer les grognes sociales qui ne demandent qu’à
s’accentuer.
Monsieur Guaino, rédacteur du discours de Dakar, (dont on avait trouvé rarement sous-entendus plus racistes depuis les BD d’Hergé) s’émeut qu’une "petite minorité" de professeurs ne veuille suivre la voie qui voudrait qu’une même émotion médiatique et collective émerge du souhait du président.
Celui qui quelques jours auparavant nous mentait sans vergogne sur l’état des faux époux Sarkozy feint de s’offusquer sur le si peu de civilité des profs.
A chaque époque son héraut culturel : le quinquennat de Nicolas Sarkozy a trouvé le sien : le Malraux du pauvre, c’est lui.
@ Phileas 10/2007
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