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Accueil du site > Tribune Libre > Le programme faiblard de Jean-Michel Baylet

Le programme faiblard de Jean-Michel Baylet

 Le moins connu des candidats à la primaire socialiste d'octobre 2011, Jean-Michel Baylet, a beau s'affirmer radical de gauche (il est depuis quinze ans le président du parti du même nom), le programme qu'il a, avec son équipe, concocté pour l'élection présidentielle de 2012, retient peu de choses de la tradition humaniste, républicaine et patriote des idées radicales.

 

"Ne pas refuser la réalité d'une économie définitivement mondialisée"

 

 Quatre-vingt-dix pages, accessibles sur le site internet du PRG, résument la vision du monde de M.Baylet, héritée presque entièrement de la "deuxième gauche", cette fameuse tendance du Parti socialiste qui, sous l'égide de MM. Rocard, Delors ou Bérégovoy, convainquit en 1983 François Mitterrand de renoncer à relancer la croissance par la consommation, pour favoriser les entreprises, le capital plutôt que le travail. Cette conception très libérale du rôle de l'Etat, son opposition à toute intervention supplémentaire substantielle comme à un protectionnisme pourtant nécessaire pour sauver nos ouvriers et nos agriculteurs, incitent M. Baylet à accepter sans rechigner la mondialisation, à "ne pas refuser la réalité d'une économie définitivement mondialisée" (page 13). Dans les années 20, Edouard Herriot, président du Parti radical-socialiste, s'insurgeait contre "le mur d'argent" symbolisé par les milieux bancaires et financiers. A croire que les temps ont bien changé... De fait, selon M. Baylet, on ne saurait, en 2011, défendre "les intérêts d'un secteur public hypertrophié et intangible"... Ainsi, homme du consensus, il ne propose pas de changement réel de politique économique, pas de nationalisations : est-il seulement réformiste ?

 

 De même que son programme économique va à l'encontre des espoirs des Français, de même les agriculteurs, extrêmement affaiblis par la crise, ne sont pas gâtés par les idées du PRG : non seulement les aides financières seront soumises à l'adoption de normes environnementales extrêmement strictes, mais l'aide apportée par l'Union européenne aux grands exploitants doit selon M. Baylet être remise en question : "Il convient également de lutter contre les effets pervers de subventions européennes hautement profitables à des exploitations quasi latifundiennes". Enfin, comme si l'existence de nos agriculteurs n'était pas assez difficile, le PRG propose d'encourager "la formation du conjoint lui permettant d'avoir une activité hors agriculture, venant compléter les revenus agricoles", alors que bien souvent les épouses doivent aider à la traite, à la moisson, ou à la maison. Pourtant l'Etat a des responsabilités morales vis-à-vis des agriculteurs, grâce auxquels notre sécurité alimentaire est assurée. Par un contrôle sévère des marges de la grande distribution, par un protectionnisme rigoureux empêchant la concurrence déloyale des autres Etats, notamment européens, enfin par une augmentation des impôts des plus riches destinée à améliorer les conditions de travail de ceux qui les nourrissent, l'Etat se doit de montrer son attachement aux agriculteurs.

 

"La valorisation des compétences, au lieu des connaissances"

 

 Dans le droit fil, encore une fois, de la "deuxième gauche", et surtout parce que cela est dans l'air du temps, M. Baylet, bien qu'il affirme vouloir faire de l'éducation et de la culture des priorités, affirme une vision opposée en tous points à l'idéal républicain d'une école élitiste, antidémagogique, axée sur les humanités. Ainsi, plutôt que d'insister sur l'acquisition de notre culture immémoriale, par pur pédagogisme, il veut avant toute chose "inscrire les textes d'auteurs contemporains dans les manuels scolaires". Une façon de mettre en confiance les enfants ? La suite de son programme prouve, hélas, que c'est bien plutôt une véritable infantilisation des élèves que le PRG veut mettre en place, par exemple en voulant "changer le fonctionnement des conservatoires de musique pour promouvoir une pratique ludique, notamment en développant un accès à l'instrument sans solfège". En somme, pas de théorie, que de la pratique. Cette idéologie de la facilité, héritée pour le coup de mai 68, vaut d'ailleurs pour toutes les générations : la "démocratisation de l'accès à l'ENA" passe ainsi par "la valorisation des compétences, au lieu des connaissances, dans le concours interne". L'élitisme des classes préparatoires, symbole de l'exception française, n'est pas, semble-t-il un motif de fierté pour le PRG, d'où la proposition de "mettre les moyens de l'Université, au moins, à parité de ceux des Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles", comme si une licence de psychologie équivalait à la préparation à l'ENS...

 

"Dépénaliser la consommation privée de drogues douces"

 

 On pouvait espérer, de la part d'un parti jadis sérieux, des prises de position raisonnables sur les questions de société. Malheureusement, la démagogie est là encore de mise. Outre le droit à l'adoption pour les homosexuels mariés, M. Baylet compte bien "dépénaliser la consommation privée de drogues douces", de même qu'il propose, par jeunisme, un "statut du jeune élu au niveau européen afin de permettre la mixité civique". Il est vrai que la question des "minorités" taraude le PRG. A une époque où, selon lui, "les droits à la différence (...) ou les droits des minorités sont mis à mal", dans la filiation de la "deuxième gauche", il entend bien mettre en avant l'autonomie des communautés de base, dans le sens inverse de l'idéal universaliste défendu par les radicaux et républicains historiques, comme l'est M. Chevènement. Plutôt qu'une culture nationale, ciment de l'intégration à la communauté française, Jean-Michel Baylet préfère "valoriser les cultures régionales", en estimant que "l'enseignement des langues régionales doit être soutenu". De même, un certain nombre de mesures, dont nous ne développerons pas ici le contenu, invitent les employeurs à engager en priorité des "jeunes" -sans doute est-ce aussi une minorité...

 

L'Europe doit "parler d'une seule voix"

 

 Enfin, M. Baylet se veut avant toute chose européen. "Le temps est venu de passer de l'Union Européenne à l'Europe Fédérale", claironne-t-il, avant de fustiger l'Europe des Nations, lui préférant la subordination des politiques nationales aux décisions du Parlement européen. "L'existence d'un système législatif européen repose sur deux principes, deux "piliers" : l'effet direct des normes européennes et la primauté de celles-ci sur les droits nationaux". Autrement dit, le PRG ne considère pas la souveraineté française comme quelque chose de primordial, au moment même où des recors d'abstention sont battus aux scrutins européens, signe d'un rejet fort de l'Europe fédérale qu'il entend instituer. D'ailleurs, la France pourrait bien ne pas avoir son mot à dire dans les décisions à venir : en effet, le PRG prône "l'abandon de la règle de l'unanimité au profit d'une majorité qualifiée, notamment pour les réformes institutionnelles et les adhésions d'Etats". A l'heure où les dissonances sont permanentes, tant au niveau économique qu'au niveau diplomatique, M. Baylet veut développer l'armée commune à l'Union, de sorte que l'Europe puisse "parler d'une seule voix". A-t-il oublié la cacophonie de la guerre en Irak ?

 

 Réfomisme prudent, décentralisation s'effectuant au détriment de la cohésion nationale, affaiblissement de la souveraineté française dans le cadre de l'Europe fédérale, politique culturelle démagogique, pédagogisme... ; autant de fautes qui font presque oublier le seul vrai point positif du programme de M. Baylet : la défense (cette fois dans la plus pure lignée radicale) de la laïcité. En proposant la création d'un "Observatoire de la laïcité" chargé d'un rapport annuel sur le respect de la loi de 1905 en France, ou encore l'abrogation définitive de l'article 89 de la loi d'août 2004, le président du Parti radical de gauche fait honneur à sa position. Il n'en reste pas moins que la faiblesse de son programme désarçonne le lecteur, venant d'un homme de gauche. M. Baylet n'est, de toute évidence, pas un enthousiaste, et il n'est guèreétonnant que son nom soit jusqu'à présent resté inconnu. Ce n'est pas de la démagogie qu'attend le peuple ; c'est un programme à la fois humaniste, lucide et confiant dans le destin de notre pays. M. Chevènement reste le seul à porter un tel projet.

 

Plate-forme de soutien à la candidature de Jean-Pierre Chevènement


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5 réactions à cet article    


  • Vanessa Malabar Vanessa Malabar 4 août 2011 13:20

    Bonjour,

    Je tiens a reagir a votre artcile sur un point qui a fortement attire mon attention, c’est le chapitre concernant les femmes d’Agriculteur. (Notez que je ne soutiens ni la candidature de Mr Chevenement, ni celle de MrBaylet, j’apporte donc juste ici un eclairage)

    Etant fille d’agriculteur, ayant grandit en cotoyant les difficultes financieres rencontrees par ce metier et ayant vu, au fil des ans, le desinteret croissant que l’etat pouvait porter a la situation des agriculteurs, je suis en mesure d’apporter quelques precisions.

    Ma mere travaillait avant exclusivement sur l’exploitation, seulement, depuis 2 ans elle travaille en dehors de l’exploitation, dans une cooperative fruitiere, 8 mois sur 12. Cela permet d’equilibrer les comptes en rajoutant une entree financiere pour le foyer. Du fait qu’elle ne travaille pas en dehors tout le long de l’annee, elle est disponible ensuite pour aider mon pere durant la pleine saison sur l’exploitation. Le reste du temps, en periode de forte charge de travail, mon pere embauche occasionellement des ouvriers pour l’aider.

    Cette nouvelle organisation a ete une veritable bouffee d’air pour les finances du foyer, c’etait une excellente idee ! Ma mere est carriste 8 mois sur 12, grace a une formation ANPE et elle trouve cette situation equilibre.

    Donc l’idee de Monsieur Baylet est loin d’etre stupide, c’est une veritable solution pour aider les agriculteurs a assurer les finances du foyer ! Seulement son application doit etre intelligente.


    PS : Dans la commune ou je suis, plus d’une femme d’agricultrice sur 4 c’est deja reconverti en Aide-soignante, Aide-maternelle ou autre.. Preuve aue l’idee represente un vrai atout pour beaucoup de foyers agricoles.

    Vanessa

    PS : Je tiens a rajouetr que son idee sur le mariage et l’adoption homosexuelle n’est pas « demagogique » mais simplement « avant-gardiste » de mon avis.


    • bernard29 bernard29 4 août 2011 13:23

      Incroyable que l’on fasse un article sur le programme de Baylet. 

      Chevénement a si peu de choses à dire que ses soutiens en sont réduits à parler des profiteurs du Sénat et des« bouffeurs de cassoulet. »

      Mais enfin Baylet n’est pas candidat pour avoir un projet présidentiel. Il est là pour dévaloriser la politique et profiter des prébendes politiciennes. C’est sans doute Tapie qui est derrière tout ça, pour financer ses papiers et autres manifestes sans aucune importance et magouiller dans les arrières cuisines. On dit que martine Aubry n’est pas étrangère à cette candidature extravagante pour brouiller les pistes comme d’hab.

      Le clan « Chevénement » devient glauque.


      • LE CHAT LE CHAT 4 août 2011 16:24

        Baylet , Chevenement , ils peuvent pas dormir au sénat comme les autres gâteux ?
        C’est plus un âge pour être président !


        • polux 4 août 2011 17:10

          Je suis désolé mais les idées de jean Michel Baylet ne sont aussi faibles que ce que pretend le redacteur.Au sujet de l’agriculture je puis témoigner de sa grande connaissance en la matiere et de son engagement sans faille pour l’agriculture et ceux qui la servent.Cela depuis plus de 30 ans quelque fois a son detriment.Ce qui est ecrit est injuste a son egard et demontre le peu de connaissance du personnage et des problemes agricoles.Il aurait pu cent fois etre nomé ministre de l’agriculture......Sur le fond comment ne pas accepter une redistribution des compensations CEE sachant qu’en 2013 la reforme de la PAC fera de gros degats sur les territoires ruraux qui vont helas devenir de plus en plus desertiques.

          Concernant le choix de previlégier l’experience au diplome acquis sur de la theorie me parait etre une mesure de bon sens.Que dire en effet de l’influence desastreuse de nos grandes ecoles !!!!!! regardez ce qui se passe au quotidien dans la vie sociale et economique française suffit a comprendre qu’il est urgent de briser le carcan des castes issu des gandes ecoles.Ne pas faire confiance aux autres c’est vouloir conserver le cadenassage de notre societé.A titre d’info pus de 80% des PME PMI qui font tourner l’economie de notre pays ont été crée et sont dirigées par des autodidactes.Sont ils tous idiots ? Bref les idées de JM Baylet valent d’etre connues.POLUX.


          • Vanessa Malabar Vanessa Malabar 4 août 2011 18:10

            Parfaitement d’accord sur le principe de l’agriculture, mais c’est quand même quelqu’un qui a pour habitude de servir les plus gros et non pas les plus faibles mais bon on ne peut lui sortir qu’il connait mieux que quiconque, de son niveau, les problèmes rencontrés dans l’agriculture smiley

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