Le réseau, seul déterminant d’une entrée au gouvernement de F. Hollande
Les ministres et certains conseillers de François Hollande ont un point en commun : ils viennent tous du même réseau. ENA ? Pas seulement, l’institution est déjà dépassée et oubliée.
Ils proviennent en réalité tous du réseau franco-américain Young Leaders, sponsorisé par la banque Lazard.
« Programme phare de la French-American Foundation, il a été créé en 1981 et sélectionne chaque année pour leurs réalisations et leur leadership, 10 Français et 10 Américains âgés de 30 à 40 ans, appelés à jouer un rôle important dans leur pays et dans les relations franco-américaines. »
Ce descriptif laconique est accessible sur le site internet de la fondation. Qui détermine et sur quels critères, l’importance du rôle potentiel joué par les candidats ? Aucune information à ce sujet, mais il y a fort à parier que n’importe quel citoyen ne peut rentrer comme il veut dans ce cercle fermé.
Atlantico révèle en effet qu’il faut être parrainé pour appartenir au réseau Young Leaders, et donne quelques chiffres intéressants :
« Ces heureux « élus » sont choisis comme d’habitude parmi l’élite française : seuls 4% des Young Leaders français ne sont pas diplômés de l’ENA ou pas titulaires d’au moins un diplôme Bac+5, les trois quarts sont des hommes, à 80 % Parisiens… » … « Pour ce qui est de l’efficacité des « Young Leaders », les chiffres parlent plus que tous les longs discours : sur les 8 socialistes sélectionnés comme Young Leaders depuis François Hollande en 1996, 6 rentrent dans son gouvernement cette semaine. (Ne restent sur la touche, pour le moment, que Bruno Le Roux, qualifié par beaucoup de « ministrable », et Olivier Ferrand, l’ambitieux président du think-tank Terra Nova ayant permis l’élection de François Hollande aux élections primaires ; deux candidats impatients de rejoindre leurs camarades Young Leaders au gouvernement). »
Qu’est ce qui justifie une nomination ?
Une question que tout électeur est en droit de se poser. Car à la vue de ces réseaux, le diplôme ne semble pas vraiment être le seul atout requis pour accéder à de hautes fonctions. La réponse est qu’en réalité, ce ne sont certainement pas les compétences de l'heureux élu qui justifient la place qu’il occupe. Un constat qui fait tâche dans une République de la méritocratie.
Très rapidement après l’élection présidentielle ayant vu François Hollande accéder à la magistrature suprême, le Canard enchaîné a enquêté. Le journal rappelait ainsi que Laurent Olléon, époux de Fleur Pellerin, est entré au cabinet de Marylise Lebranchu et en est maintenant directeur adjoint. Autre « mari de », qui a été propulsé à un poste par ce simple statut, Boris Vallaud (mari de Najat Vallaud-Belkacem), qui est devenu conseiller d’Arnaud Montebourg, désormais rompu au mélange entre vie publique et privée.
Aquilino Morelle, conseiller de l’Elysée, est marié à Laurence Engel, qui a réussi à décrocher un entretien d’embauche fructueux alors qu’elle était en compétition avec 400 jeunes diplômés prometteurs (ironie), puisque celle ci a été nommée directrice du cabinet d’Aurélie Filippetti. Avec des promotions aussi fulgurantes, on se demande comment les membres du gouvernement peuvent avoir conscience de la réalité du marché de l’emploi…
Des réseaux utiles jusque dans l’attribution de marchés ?
En août 2012 la Banque Lazard est choisie par le gouvernement français pour conseiller l'État dans la création de la Banque publique d'investissement. Rappelons que Lazard est le principal sponsor du réseau Young Leaders, dont est issu un bon nombre de membres du gouvernement. Le PDG de Lazard France n’est autre que Matthieu Pigasse, ami d’Arnaud Montebourg, et propriétaire des Inrockuptibles ou avait été nommée l’ex-compagne du Ministre, Audrey Pulvar, elle aussi triomphante d’un entretien d’embauche sévère où la concurrence a fait rage. Les principaux intéressés ont beau démentir les liens d’intérêts, ceux-ci sont nombreux et pour le moins troublants. Un mauvais signal pour la démocratie, puisqu’en suivant ce genre de logique, nos jeunes ne bénéficiant pas d’un réseau aussi étoffé n’ont aucune chance d’accéder à des postes politiques d’importance.
"Moi président de la République, il y aura un code de déontologie pour les ministres, qui ne pourraient pas rentrer dans un conflit d'intérêts."
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