Les folies de la guerre froide révélées (23) : la Caroline du Nord a bien failli être rayée de la carte
Three Mile Island, Semipalatinsk, Rulison,Tchernobyl, Fukushima : les accidents de réacteurs civils ou les erreurs de manipulation nucléaires démontrent à a quel point cette source d'énergie est une folie véritable. Mais il y a pire encore, avec l'incroyable prolifération des armes nucléaires. A plusieurs reprises ici-même, je vous en ai averti, avec deux articles notamment un sur les abris anti-nucléaires qu'on a fait construire aux citoyens américains pendant plus de vingt ans (certains frappés "survivalistes" armés recommençant à le faire en s'enterrant comme des lapins) et un autre sur les "flèches brisées" ("broken arrows") ses chutes inopinées d'avions ou de bombes nucléaires qui sillonnaient tous les jours le ciel des USA, depuis qu'un véritable fou devenu commandant en chef des bombardiers US, Curtis le May (lire ici qui il était) avait décidé qu'ils devaient voler armés 24 h sur 24 à travers tout le pays (c'était l'Operation Chrome Dome). Aujourd'hui, on vient d'obtenir un peu plus d'informations sur l'un des accidents de ce genre, dont je vous avais déjà donné des éléments il y a trois ans déjà ici-même : cela laisse froid dans le dos, à vrai dire. Si d'aucuns continuent à affirmer que l'incident n'aurait jamais pu provoquer d'explosion nucléaire, comme on va le voir, il laisse un goût amer, celui d'une folie pure, celle d'avoir fait voler pendant des années des bombes nucléaires pré-armées au dessus des populations, au seul nom de la crainte d'une arrivée immédiate de bombardiers ou de fusées soviétiques.
L'information supplémentaire sur cet épisode effrayant de la période de la guerre froide a été présenté hier par Ed Pilkington, le correspondant du Guardian à New-York, qui venait de reprendre l'enquête menée depuis des années par l'obstiné Eric Schlosser, au nom du Freedom of Information Act, cette loi datant de 1966 déjà qui permet aux citoyens américains de questionner le pouvoir sur des cas précis d'événements ayant pu mettre en danger les citoyens US ou ne pas avoir respecté leur constitution. Schlosser, journaliste au prestingieux The Atlantic, n'en est pas à son premier coup d'éclat, ayant écrit à propos de la malbouffe américaine toute une série d'enquêtes qui l'ont rendu célèbre. Ce qu'il a obtenu, cette fois comme document, c'est le détail complet de l'incident dit de Goldsboro, survenu le 23 janvier 1961. Soit trois jours à peine après que JFK ait prononcé son discours d'intronisation (voir ici le début de cet excellent documentaire), et six jours seulement après que son prédécesseur, "Ike" Eisenhower ait fait le sien en dénonçant le lobby militaro-industriel US (*), visant sans le citer un irresponsable comme Le May, que l'on retrouvera impliqué dans le complot menant à l'assassinat de Dallas, ce qui était déjà plus qu'inquiétant !!! Un étonnant discours resté célèbre et toujours d'actualité, à lire aujourd'hui les sommes considérables qui ont été investies pendant des décennies (et ça continue !) dans des endroits comme la célèbre Zone 51 (voir ma série en cours ici également), ou des milliards de dollars ont été déversés pour la création d'engins volants qui n'ont jamais rien eu d'extraterrestre mais ont servi avant tout à espionner le monde entier... et tout le monde, comme on vient aussi de le découvrir, car pas un seul système informatique (n'est-ce pas Linus ?) n'a échappé au diktat de la NSA. Un Eisenhower réclamant presque le 17 janvier 1961 la création d'un organisme de citoyens capables de contrebalancer la dérive politique ultra-droitière des diigeants de l'armée US, et parlant surtout de "péril pour la démocratie" avec la création d'un pouvoir "illégitime" dicté par les seules préoccupations militaires, à croire que la récupération massive de savants nazis, du type Von Braun ait sévèrement attaqué les fondamentaux de la république US en pesant sur l'état d'esprit ambiant chez ses dirigeants. L'anticommunisme a eu bon dos, pour créer de qu'on peut raisonnablement appeler un état policier dont la CIA et le FBI sont les deux bras armés qui se permettent tout dans le pays ou à l'étranger (aujourd'hui encore, avec les assassinats ciblés à partir de drones). Pour de qui est de notre incident nucléaire, jusqu'ici, on savait ce qui était arrivé dans le ciel, mais beaucoup moins sur ce qui a failli se produire au sol.
Ce jour-là, donc, un bombardier B-52G (en photo à gauche c'est un modèle F) parti de la base Seymour Johnson de Goldsboro pour rejoindre son tanker KC-135 se mit à perdre subitement des masses considérables de kérosène (17 tonnes en moins de 3 minutes !), lors d'une fuite massive provoquant l'arrêt progressif et successif de ses réacteurs droits à environ 2700 m d'alitude (les deux premiers sont coupés par l'équipage pour empêcher un incendie). Le KC-135 avait averti l'équipage qu'il voyait distinctement la large fuite sur l'aile. Décision est prise par le commandant à bord, le Major W.S. Tullock, de retourner au plus vite à la base de départ après cette mission de 12 heures de vol déjà (selon Chrome Dome, les B-52 effectuaient de longs vols journaliers en effet). Cette base, créée pendant la seconde guerre mondiale, avait été réactivée au 1er avril 1956 comme endroit placé directement sous les ordres du Tactical Air Command, accueillant les avions du 4435th Air Base Squadron, à savoir les bombardiers géants B-52, alors piliers de la dissuasion nucléaire US. Vidée d'une partie de son kérosène, l'aile droite fragilisée commença à se replier, forçant l'équipage à s'éjecter. L'équipage était de huit membres, cinq survivront, trois décéderont : un éjecté, et les deux restés à bord : le mitrailleur arrière, Frank Barnish, le navigateur radar Eugene Shelton et l'oficier de brouillage électronique Eugene Richards. Juste avant de s'écraser, les deux pilotes avaient réussi à larguer les deux bombes nucléaires, comme le recommandait leur manuel : équipées d'un parachute et officiellement non armées, elles devaient logiquement se poser au sol sans encombre et surtout... sans détonner. En fait, tout ne s'est pas passé comme prévu ce jour-là. Et 52 ans après, on comprend pourquoi on n'a su aussi peu sur ce qui s'était réellement passé, et quel infâme secret dissimulait ce crash.
Voici la brève description de l'incident décrit par le Pentagone, dont une copie a été fournie par l'Institut international pour la paix de Stockholm (SIPRI ci-après ou de l'Institut de Stockholm) voici plus de 30 ans maintenan : "Au cours d'une mission d'alerte aéroportée une défaillance structurale B-52 de l'aile droite a abouti à ce que deux armes se séparent de l'avion durant la débâcle de l'avion à 2,000 - 10,000 pieds d'altitude. Un parachute s'est déployé derrière la première bombe et l'arme a reçu peu de dommages à l'impact. L'autre bombe est tombée en chute libre et s'est désintégré lors de l'impact. Aucune explosion s'est produite. Cinq des huit membres de l'équipage ont survécu. Une partie d'une arme, contenant de l'uranium, n'a pas pu être récupérée malgré l'excavation dans les terres agricoles gorgées d'eau jusqu'à une profondeur de 50 pieds.
L'Armée de l'Air par la suite acheté le terrain et introduit une servitude nécessitant une autorisation pour quiconque d'y creuser. Il n'y a pas de rayonnement détectable et aucun risque dans la région. Le récit ci-dessus, avec d'autres comptes officiels d'accidents dotés d'armes nucléaires, a été rédigé au Congressional Record par le sénateur de Louisiane Bennet Johnston, le 3 Août 1992, et est disponible par recherche par mot-clé via la page 102 de requête au Congrès sur le Thomas Server".
Si on résume l'incident, on a donc un B-52G écrasé avec encore à bord ses deux malheureux membres d'équipage, et deux bombes larguées : une que l'on retrouve vite, accrochée par son parachute à un arbre.. et une qui a disparu dans les marais autour de la ville de Faro, tombée exactment à Musgrave's Crossroads, près de Goldsboro (juste à côte "d'Eureka"). Tombée du ciel de 3000 mètres de haut... sans parachute déployé et sans éclater, fort heureusement, grâce au terrain spongieux. Lors du crash, le troisième pilote du B-52 Adam Mattocks (il était donc en supplément) avait sans le faire exprès réalisé une première : c'est le seul à ce jour à avoir réussi à s'échapper d'un B-52 en perdition via la trappe du dessus du fuselage... mais sans avoir pour ça utllisé de siège éjectable - l'avion était passé sur le dos- (voir ici l'agencement interne d'un modèle D).
Voyons tout d'abord le sort des pilotes qui ont réussi à s'extraire de l'appareil : le lieutenant William R. Wilson, l'un des survivants, a déclaré à propos de son expérience de parachutisme dans le marais environnant : « Je ne sais pas comment c'est arrivé, je sais quand j'ai débarqué dans l'endroit, je me sentais terriblement bien et j'avais même envie de courir, je... suis allé vers une maison et un homme a appelé son épouse et ils m'ont offert un café. ils ont d'abord pensé que j'étais un rôdeur quand je leur ai dit que j'avais sauté d'un avion. Je devais être désagréable à regarder.
"Le co-pilote, le major Richard Rardin, a également donné son compte rendu de l'accident : « Je pouvais voir trois ou quatre autres parachutes à la lueur de l'épave L'avion s'est écrasé dix ou douze secondes après que je sois atterri, j'ai heurté quelques arbres... j'ai alors vu certaines lumières et j'ai commencé à marcher. Ma plus grande difficulté a été d'éloigner plusieurs chiens que j'ai rencontrés sur la route. " Si pour les membres d'équipage le parachutage s'est bien passé, à part pour les deux restés enfermés dans la carcasse du B-52, et celui tué à l'éjection, pour la seconde bombe tombée sans frein de parachute... c'est autre chose.
On ne mettra que quelques heures à la localiser dans le marais de Nahunta, au bord de la Shackleford Road, à 2 miles au sud ouest de Faro (au 35° 29’ 31.5” N 77° 51’ 30” W). Et comme elle pesait 7500 livres (3400 kilos), imaginez la profondeur qu'elle avait pu atteindre, cette fameuse MK39 (un modèle MK15 amélioré) en tombant de près de 3000m de haut ! Passée par les laboratoires de Sandia lors de son développement. la bombe était décrite comme "rustique" et c'est le moins que l'on puisse dire à lire la description de son dispositif rudimentaire d'impact : "la MK39 a en vedette un "faux nez" d'absorption des chocs en nid d'abeille d'aluminium placé avant l'ogive et son "paquet physique." Le "faux nez" déclenche la bombe par un fusible de contact constitué de deux plaques d'aluminium séparées par un espace d'air." C'est plutôt... inquiétant comme procédé, semble-t-il, pour un engin d'une puissance de 250 fois l'explosion d'Hiroshima ! Car ce n'est pas une bombe "A", mais une bombe à hydrogène, d'une toute autre ampleur de dévastation !
La seconde bombe une fois localisée, on s'attaque à la sortir à grands coups de pelle, ce qui s'avère vite insuffisant raconte le spécialiste de l'armement et historien Chuck Hansen : "elle a creusé à l'impact un cratère de surface visible d'environ huit pieds de diamètre et six de profondeur. Mais la bombe s'était nichée bien plus profond que cela ! "Lors de l'impact , à la fois le primaire et secondaire de la bombe tombée en chute libre fracassé le nez fragile de l'arme et a pénétré plus loin dans les terres agricoles gorgé d'eau. La queue de la bombe se trouvait à environ 22 pieds au-dessous de la surface du sol (environ 7 mètres). L'excavation a commencé immédiatement après l'accident, vers 13h30 le 24 janvier, mais a été gêné par temps de gel, l'eau dans le trou, et la présence d'explosifs à bord de l'engin. Durant tout ce 24 janvier, le creusement manuel et mécanique a atteint une profondeur de huit pieds, où une partie de la section de corps et des morceaux de la section de nez principale ont été trouvés. Le lendemain, à une profondeur de 12 pieds, le haut du sac de parachute a été trouvé". L'engin a son avant complètement ratatiné et... éclaté en plusieurs morceaux... introuvables. Fait à savoir, la bombe enfoncée dans le sol est du type bombe H, dite à hydrogène (ou bombe à fusion*), à savoir qui contient deux bombes, un engin "classique" ("the trigger" ou "the tip" au plutonium) et des charges classiques pour mettre en contact ses noyaux de tritium et le deutérium qui ont une charge positive et se repoussent naturellement. Une énorme pression et d'énergie doivent donc être utilisées pour les compresser et permettre l'explosion proprement dite. Le résultat obtenu en faisant exploser cette petite bombe atomique par fission dans l'espace confiné du boîtier (c'est le corps "primaire" de la bombe), est contenu quelques millionièmes de secondes et envoyé vers des surfaces réfléchissantes spéciales pour attirer l'intensité des rayons X et des neutrons, à partir de cette explosion primaire, vers un cylindre "secondaire" où l'hydrogène qui va fusionner donnera l'explosion finale (voir schéma ci-dessous). On parle donc de "bombe à deux étages", pour décrire rapidement une bombe H.
A Goldsboro, les recherches seront interrompues par la météo, alors exécrable, pour retrouver tous les éléments, dont les... 94 détonateurs qui composent le noyau primaire de la bombe : "des conditions météorologiques défavorables et d'une table montée des eaux ont entravé les opérations de récupération le 26 janvier, mais, en creusant encore on a atteint 15 pieds où le pack de parachute, une section du nez et des morceaux du corps primaire ont pu être récupérés. Le 28 janvier le creusement avait atteint une profondeur de 18 pieds et des détonateurs, deux interrupteurs de sécurité, le dispositif d'armement de la trajectoire, plus de morceaux du corps primaire, et une "bouteille" de tritium ont été trouvés. L'un des commutateurs "sauf/armé" a été trouvé dans la position " armé ". C'est certain, et cela confirme ce que l'on imaginait déjà : les bombes qui voyageaient à bord des B-52 du SAC étaient bien pré-armées ! C'est d'ailleurs ce que sera obilgé de reconnaître Robert Mc Namara, secrétaire à la Défense, au sujet de l'incident de Goldsboro. Il affirmera que tous les dispositifs d'armement avaient été activés... sauf un (à gauche l'enlèvement des débris du B-52) ! C'est Ralph Lapp, qui dans un livre "Kill and Overkill" sorti en 1961 avait le premier évoqué le risque majeur de l'incident, en parlant d'une bombe de 24 mégatonnes, alors que l'arsenal US n'en possédait pas (il fallait lire 2,4 mégatonnes, une erreur de l'imprimeur, celle de Goldboro en faisant 4 exactement !). Mais il avait été le premier à relever que les engins avaient été armés presque jusque au bout de leur déclenchement en plein vol. Alors qu'officiellement, elles étaient dites "unarmed".Vingt ans plus tard, on lui donnera raison en découvrant un document officiel découvert par Daniel Ellsberg : Lapp avait écrit que "cinq des six verrouillages avait été déclenchés par la chute ..." et donc, "qu'un seul interrupteur empêchait la bombe d'exploser et de répandre le feu et la destruction sur une grande surface." Si l'incident est minimisé, les symptômes de son importance demeurent apparents des années après au sein du SAC : "dans un effort pour réduire la menace de l'accident, l'administration Kennedy réduction de l'activité d'alerte aéroporté SAC. Leitenberg dit que le taux d'accidents alors "a fortement chuté." L'armée avait minimisé l'incident, mais avait revu juste après toutes ses procédures d'armement et surout fait baisser le rythme infernal des survols de B-52 du pays. Preuve que quelque chose ne tournait pas rond dans cette folie guerrière à la LeMay !
Les fouilles se continueront tout le mois de janvier et même début février : "le reste du corps primaire et il a été récupéré à une profondeur de 20 pieds, le 29 janvier, le cratère faisant maintenant 22 pieds de profondeur, 50 pieds de large et 70 pieds de long. Le 7 février, le creusement avait abouti à l'excavation d'un cratère de 42 pieds de profondeur (12 mètres !) et de 200 pieds de diamètre. Les opérations de récupération ont été annulés en ce moment à cause des éboulements, du gel, des limites de l'équipement, et de la montée des eaux. Les pièces de bombes récupérées, y compris un "réservoir " de tritium en bon état et l' arrière-corps de l'arme, ont été emportées à base de l'AEC de Médina, près de San Antonio, au Texas. Des Inondations incontrôlables du cratère causé par une nappe phréatique de niveau élevé ont rendu de fait de nouvelles fouilles impraticables, malgré 14 pompes enlevant un total combiné de 6000 gallons d'eau par heure (22 000 litres !) et la poursuite des travaux d'extraction a été à nouveau interrompue le 25 mai.
Les calculs basés sur le poids et la configuration du corps secondaire, l'angle d'impact et la vitesse, et la composition des sols ont placé le composant manquant de la bombe à une profondeur de 180 pieds (54 mètres !), à + / -10 pieds près Le coût estimatif minimum probable de récupération de ce morceau était dans le voisinage des 500 000 dollars." Trop cher pourl l'USAF qui abandonne les recherches au début du printemps. Selon Hansen, donc, le noyau le plus lourd de la bombe, celui en plutonium, dit "secondaire", gît toujours à un peu plus de cinquante mètres de profondeur, et personne n'ira plus désormais le chercher. Le propriétaire du terrain, , C. T. Davis, s'est vu indemniser, les militaires ont rebouché le cratère et lui ont permis de replanter son champ au dessus... à une seule condition, qu'il ne construise jamais quoi que ce soit dessus avec des fondations. Interdiction de creuser ! Seule une pâture, des cultures ou un bois lui ont été autorisés.
Hier donc, le Gardian est revenu sur l'incident et surtout sur le long mensonge d'Etat qui avait prévalu tout le long de la guerre froide, en citant le texte d'un ingénieur de Sandia qui avait rédigé un rapport quelques années après l'incident : "bien qu'il y ait eu des spéculations persistantes sur comment réduire l'incident de Goldsboro, le gouvernement américain a nié à plusieurs reprises publiquement que son arsenal nucléaire ait pu jamais mettre la vie des Américains en danger par des failles de sécurité. Mais dans le document nouvellement publié, un ingénieur senior dans les laboratoires nationaux de Sandia responsable de la sécurité mécanique des armes nucléaires conclut "Un simple interrupteur à faible voltage fonctionnant comme une dynamo avait empêché une catastrophe majeure aux Etats-Unis". Rédigant huit ans après l'accident, Parker F Jones a constaté que les bombes qui ont chuté en Caroline du Nord, trois jours seulement après que John F. Kennedy ait prononcé son discours inaugural en tant que président, étaient insuffisantes dans leurs contrôles de sécurité et que l'interrupteur final qui empêchait catastrophe aurait pu facilement être court-circuité par une secousse électrique, ce qui aurait conduit à une explosion nucléaire. "Comme de mauvaises nouvelles qui se suivent - à la pelle », écrit Jones qui a constaté que sur quatre mécanismes de sécurité de la bombe à Faro, visant à prévenir la détonation, trois n'ont pas fonctionné correctement.
Quand la bombe a frappé le sol, un signal de déclenchement a été envoyé à la base nucléaire de l'appareil, et ce n'est qu'au final,c'est le commutateur hautement vulnérable qui a évité la calamité". Jamais peut-être la chance n'avait eu autant d'importance ! "La bombe MK 39 Mod 2 n'avait pas une sécurité adéquate pour le rôle d'alerte aéroportée dans le B-52", conclut Jones." Ce jour-là, la Caroline du Nord a failli être rayée de la carte ! Le déclencheur d'impact situé à l'avant, ce bout de tôle pliable relié à un simple switch, avait bien renvoyé du courant, preuve que les batteries (thermiques) à bord avaient été activées !
Ce qui n'empêche certains de continuer à dire que l'explosion n'était absolument pas possible, en s'appuyant sur le document fourni sur le degré de mise en service des switches dédiés sur chaque bombe retrouvée (voir le document fourni ci-dessous). Tels Michael H. Maggelet and James C. Oskins (qui ont produit fort peu sur le thème sur le net, alors qu'ils sont les auteurs de deux livres recensant tous les crashs avec arme nucléaire à bord) : "Tout d'abord, la puissance électrique provenant des avions B-52G doit être appliquée à l'arme par deux membres de l'équipage à l'aide de l'Aircraft Monitoring and Control System (AMACS) à une tension et un ampérage spécifique (et pour un laps de temps précis) avant que le bouton de bascule Ready / Safe puisse être tourné dans la position "armé". Le pilote du bombardier maîtrise l'envoi de courant de l'avion via son T-380 Readiness Switch, qui possède une sécurité filaire et scellée près de son siège, dans l'avion. Le navigateur radar peut aussi surveiller les circuits de la bombe par le DCU-9, mais il ne peut l'armer sans l'entrée électrique via l'AMACS ni sans le consentement du pilote. L'équipage, situé dans deux endroits physiquement séparés dans l'avion, doit effectuer au moins 19 étapes de leur liste avant que les armes nucléaires puissent être pré-armées et prêtes a chuter." Un des deux signataires, ancien de l'Air Force comme son collègue n'en démord donc pas, en rappelant les procédures fastidieuses pour enclencher l'explosion de la bombe : "la bombe 2, l'objet de la controverse Goldsboro, n'était pas à "une étape" proche de la détonation (ni la bombe 1). Le Mark 39 Mod 2 avait deux interrupteurs de sécurité supplémentaires, le Trajectory Arm Switch et le Rotary Switch Safing. Il convient de noter que la puissance électrique de l'avion pour surveiller et pré-armement de la bombe est séparée de la puissance fournie par des batteries thermiques à espérance de vie courte de la bombe"". Schlosser, le 16 septembre dernier, avait rappelé dans Politico le problème du contrôle des armes nucléaires, en citant McNamara lors du crash de 1961 : "Robert S. McNamara, qui a servi comme secrétaire à la défense dans l'administrations Kennedy et Johnson, était particulièrement préoccupé par la menace des armes nucléaires américaines sur le sol américain. Selon un document déclassifié, lors d'une réunion de la National Security McNamara cite "les accidents d'avions américains, l'un en Caroline du Nord et un au Texas, où, par la plus petite marge de hasard, littéralement l'échec de deux fils à traverser, une explosion nucléaire a été évitée... "
Selon Schlosser, toujours, le rôle des hommes à bord des avions porteurs de bombe était déterminant, voire bien trop important : "bien que LeMay était préoccupé par le maintien des armes nucléaires en toute sécurité, il était plus préoccupé qu'ils soient disponibles pour une utilisation immédiate. Et il pensait que la stricte discipline des officiers de SAC, et non pas les dispositifs de sécurité, était plus efficaces pour prévenir les accidents. En d'autres termes, il était prêt à prendre de gros risques pour dissuader les Soviétiques et défendre les Etats-Unis". Au cinéma, Stanley Kubrick l'a démontré avec beaucoup d'humour, cette trop grande importance....
Selon nos deux auteurs, c'était donc rigoureusement impossible (alors que McNamara en personne avait dit que toutes ses étapes avaient été engagées par l'équipage, sauf une) :"sur la bombe 2, la batterie thermique à haute tension n'avait pas été activée, donc aucune puissance électrique ne pourrait atteindre tous les composants nécessaires pour actionner l'arme ni produire une explosion nucléaire. A tout égard, l'interrupteur R / S, le Trajectory Arm, et le Rotary Switch Safing ont empêché tout courant d'atteindre le cœur de la bombe. Alors que l'interrupteur Ready / Safe dans la bombe 2 s'est révélé "armé" après le largage, il était réellement sans danger, et l'examen "post mortem" par l'AEC a prouvé qu'il devait être ouvert par voie électronique (son logement ayant été détruit lors de l'impact). Plus important encore, la haute tension nécessaire au déclenchement des composants de la bombe n'était pas présent sur la bombe 2. Sur la bombe 1, le HVTB était bien activé, mais les trois interrupteurs de sécurité, l'interrupteur MC-772 Prêt / Safe, le MC-732 Trajectory Arm, et le MC-788 Switch Safing Rotary ont empêché toute tension d'atteindre les composants nécessaires pour déclencher la bombe. L'armement et la séquence de tir est assez complexe, et beaucoup plus sont nécessaires pour produire une explosion nucléaire" insiste le spécialiste, très sûr d'eux... mais en ajoutant à la fin de leur explication une partie qui ruine tout le brio de la démonstration : "il convient de noter que dans plusieurs autres accidents, les piles thermiques ont été activées en raison des durs impacts au sol." Il ne manquait plus qu'une activation, selon le secrétaire américain à la Défense, nécessitant un courant que les batteries, en se brisant à l'impact, auraient donc pu fournir ! Il n'empêche que selon eux, ce n'était donc pas possible : "à quelle stade était arrivé la bombe de Goldsboro pour produire une explosion nucléaire ? Aucun" affirme-t-il, bien trop sûr d'eux semble-t-il. Leur démonstration conduisant aussi à une autre conclusion intéressante : le grand cirque des avions survolant tous les jours les USA munis de bombes nucléaires ne garantissait en rien des représailles assurées lors d'une attaque soviétique, avec une telle complexité de mise en œuvre... ou reposant beaucoup trop sur le facteur humain.

(*) extrait : "Un élément essentiel pour conserver la paix est notre système militaire. Nos bras doivent être puissants, prêt pour une action instantanée, de sorte qu'aucun agresseur potentiel ne puisse être tenté de risquer sa propre destruction. Notre organisation militaire est aujourd'hui sans rapport avec ce que connurent mes prédécesseurs en temps de paix, ou même les combattants de la Deuxième Guerre Mondiale ou de la Guerre de Corée.
Jusqu'au plus récent conflit mondial, les États-Unis n'avaient pas d'industrie d'armement. Les fabricants américains de socs de charrues pouvaient, avec du temps et sur commande, forger des épées. Mais désormais, nous ne pouvons plus risquer l'improvisation dans l'urgence en ce qui concerne notre défense nationale. Nous avons été obligés de créer une industrie d'armement permanente de grande échelle. De plus, trois millions et demi d'hommes et de femmes sont directement impliqués dans la défense en tant qu'institution. Nous dépensons chaque année, rien que pour la sécurité militaire, une somme supérieure au revenu net de la totalité des sociétés US.
Cette conjonction d'une immense institution militaire et d'une grande industrie de l'armement est nouvelle dans l'expérience américaine. Son influence totale, économique, politique, spirituelle même, est ressentie dans chaque ville, dans chaque Parlement d'Etat, dans chaque bureau du Gouvernement fédéral. Nous reconnaissons le besoin impératif de ce développement. Mais nous ne devons pas manquer de comprendre ses graves implications. Notre labeur, nos ressources, nos gagne-pain… tous sont impliqués ; ainsi en va-t-il de la structure même de notre société.
Dans les assemblées du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu'elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d'une désastreuse ascension d'un pouvoir illégitime existe et persistera. Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos libertés et nos processus démocratiques. Nous ne devrions jamais rien prendre pour argent comptant. Seule une communauté de citoyens prompts à la réaction et bien informés pourra imposer un véritable entrelacement de l'énorme machinerie industrielle et militaire de la défense avec nos méthodes et nos buts pacifiques, de telle sorte que sécurité et liberté puissent prospérer ensemble."
(**) "La réaction principale dans une bombe à hydrogène est, bien sûr, de l'hydrogène. Il s'agit du plus léger atome - le numéro 1 sur le tableau périodique des éléments. Il a un électron en orbite autour de son noyau, mais le noyau peut exister soit avec un proton, un proton et un neutron ou un proton et deux neutrons. Les deux dernières configurations ne sont généralement pas présentes dans la nature et sont le résultat de quelque chose de naturel ou d'artificiel ajoutant des neutrons dans le noyau. L'hydrogène avec un proton et un neutron, le deutérium, est créé dans l'atmosphère à partir de bombardement par le rayonnement cosmique et se trouve en relative abondance dans l'océan. L'hydrogène avec un proton et deux neutrons dans le noyau est appelé tritium et se trouve rarement dans la nature. Le tritium a une courte durée de vie et se dégrade en hydrogène ordinaire dans la nature. Pour obtenir une du tritium, les scientifiques devaient donc développer une certaine adresse. La puissance exlosive d'une bombe à hydrogène provient de l'interaction - fusion - des atomes de deutérium et de tritium. Les résultats de la fusion de réaction sont la formation d'un atome d'hélium (numéro 2 sur le tableau périodique), plus un neutron libre et, c'est la partie importante, la libération d'une étonnante quantité d'énergie de 17,6 Mev !"
Sources vidéos :
Sur Goldsboro
http://www.youtube.com/watch?v=Mq2M2cmAlvg
Sur l'Operation Chorme Dome :
http://www.youtube.com/watch?v=nL0IcABVacI
Eléments sur les Broken Arrows :
http://www.airforcemag.com/MagazineArchive/Pages/2011/August%202011/0811dome.aspx
Mes épisodes précédents sur la Guerre Froide :
1) http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-folies-de-la-guerre-froide-121107
sujet sur les ballons
2) http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-folies-de-la-guerre-froide-121128
sur l'U-2
3) http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-folies-de-la-guerre-froide-121180
sur Gary Powers
4) http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-folies-de-la-guerre-froide-121141
5) http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-folies-de-la-guerre-froide-121258
6) http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-folies-de-la-guerre-froide-121319
7) http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-folies-de-la-guerre-froide-121755
sur les techniques de récupération par avion
8) http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-folies-de-la-guerre-froide-121183
9) http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-folies-de-la-guerre-froide-121419
sur le projet MOL
10) http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-folies-de-la-guerre-froide-121202
sur les chalutiers espions soviétiques
11) http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-folies-de-la-guerre-froide-121184
12) http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-folies-de-la-guerre-froide-122507
13) http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-folies-de-la-guerre-froide-121661
14) http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-folies-de-la-guerre-froide-121419
sur la conquête lunaire et le rôle de l'U-2
15) http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-folies-de-la-guerre-froide-122014
idem
16) http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-folies-de-la-guerre-froide-121458
17) http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-folies-de-la-guerre-froide-122879s
18) http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-folies-de-la-guerre-froide-121464
sur le Tagboard de l'A-12
19http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-folies-de-la-guerre-froide-122180
sur l'incident de Keksburg
20) http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-folies-de-la-guerre-froide-122389
21) http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-folies-de-la-guerre-froide-122876
22) http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-folies-de-la-guerre-froide-121933
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