Les fonds du souverain
Que le souverain protège son compte en banque attaqué par des pirates de l’informatique, c’est normal. Mais qu’il emploie l’argent public à sa guise, ça l’est moins. L’auto-augmentation de salaire, le train de vie toujours plus somptueux de l’Elysée, le paquet fiscal, le cadeau à Bernard Tapie, la privation de publicité pour la télé publique, tout cela dérange. Mais voici que Sarkozy veut créer des fonds souverains financés par... un déficit !

Le président Sarkozy s’est prononcé mardi pour la création en Europe de fonds souverains pour lutter contre la crise économique. C’est une "très bonne idée", a déclaré le président de la Commission des finances du Sénat, Jean Arthuis, pour aussitôt faire remarquer judicieusement que les Etats qui ont des fonds souverains sont ceux qui dégagent des excédents. C’est en effet sur des excédents commerciaux que des Etats comme les pays producteurs de pétrole, par exemple, peuvent bâtir ces fonds d’investissement alimentés par l’épargne publique et destinés à gérer leurs avoirs extérieurs. Pour créer des fonds souverains, comme l’a proposé Nicolas Sarkozy devant le Parlement européen à Strasbourg, il fallait "d’abord faire disparaître les déficits" a rappelé Jean Arthuis. Or, le gouvernement a plutôt laissé filer la dette.
Jean Arthuis a pris l’exemple du fonds de réserve des retraites en France, qui représentait "une trentaine de milliards avant la crise boursière. Mais comment est financé le fonds de réserve des retraites ? Par un supplément de déficit de l’Etat. C’est la logique des Shadoks", a-t-il souligné. "Donc ne nous méprenons pas, ne nous racontons pas d’histoire. Aujourd’hui, les Français attendent un discours de vérité".
Le paquet fiscal encore plus injuste !
Alors que le ministre du Budget, Eric Woerth, a reconnu qu’il y avait une "anomalie" dans le calcul du revenu retenu pour appliquer le bouclier fiscal, le gouvernement a fait pression pour que soit rejeté un amendement qui n’avait d’autre but que de réparer cette anomalie génératrice d’abus.
De quoi s’agit-il ? Le gouvernement a laissé traîner une anomalie dans la loi TEPA qui permet aux riches de cumuler grassement les avantages des niches fiscales et du paquet fiscal. Voyant cela, le Parti socialiste a déposé un amendement pour corriger ce que l’on désignera pudiquement par le nom d’"erreur". Des députés UMP de la Commission des finances se sont joints au PS pour appuyer l’amendement. Mais les députés UMP bien disciplinés ont voté pour le rejet de l’amendement ! Résultat, et pour reprendre une expression d’un député UMP agacé, les riches continueront d’avoir "le beurre et l’argent du beurre" !
Cette façon de disposer souverainement de l’argent du contribuable, de le distribuer à des affairistes ou aux banquiers, aux amis du paquet fiscal, de le refuser aux Français qui souffrent de la crise bien antérieure à la "crise financière", est purement inadmissible.
Eric Woerth s’est engagé à ce que l’"anomalie" soit réglée lors de l’examen de la seconde partie du projet de loi de finances pour 2009. Mais cette décision gouvernementale imposée à l’Assemblée moutonnière offre un sursis aux profiteurs, un sursis d’un an au minimum...
Le financement du RSA toujours scandaleusement inéquitable !
Le Sénat, qui avait pourtant montré sa pugnacité et son esprit de justice en retoquant de fond en comble la réforme sur le logement de la ministre Christine Boutin, a adopté le projet du RSA sans modifier les règles de son financement, c’est-à-dire sans faire participer les riches bénéficiaires du paquet fiscal.
Mais la fronde est venue cette fois des députés UMP qui ont voté, contre l’avis du gouvernement, "l’amendement Tapie" visant à soumettre à l’impôt, à partir de 200 000 euros, les indemnités perçues au titre de "préjudice moral" sur décision de justice. Cela n’aidera pas le RSA, mais cela rattrape un peu les largesses de l’Elysée.
Nicolas Sarkozy dispose à sa guise et presque sans contrôle des deniers publics, décidant un jour de venir au secours des marins-pêcheurs sur un coup de sympathie, de verser des milliards dans le trou sans fond de la finance en les distribuant aux banquiers qui vivent de notre argent, d’accorder chichement l’argent pour le RSA, le logement, les salaires et les retraites, et de le distribuer très généreusement aux riches, aux affairistes ripoux et aux spéculateurs de l’économie virtuelle.
A présent, Sarkozy veut injecter des sommes astronomiques pour refonder le capitalisme. Mais les citoyens n’ont jamais donné leur accord pour venir au secours du système capitaliste.
Le citoyen n’a plus aucun regard sur l’argent public. Liquidée la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen !
François Bayrou s’est démarqué dimanche de la proposition de Nicolas Sarkozy de refonder le capitalisme : "Je ne crois pas plus à la refondation du capitalisme que je ne crois à la refondation du socialisme". En période de plans sociaux, de chômage annoncé, de restrictions de toutes natures, les Français sont en droit de savoir où va l’argent. Mais rien ! Sarkozy ne répond que par la communication, par une "politique publicitaire", dit Bayrou. Ce qui est troublant, c’est la contradiction permanente entre les déclarations vertueuses de Sarkozy et la réalité. Par exemple, pour les paradis fiscaux qu’il prétend combattre, Jean-François Kahn a rappelé le statut fiscal des îles françaises de Saint-Martin et de Saint-Barthélémy.
François Bayrou a réaffirmé son opposition au mode injuste de financement du RSA.
La députée européenne Marielle de Sarnez a demandé "un vrai plan de soutien à notre économie", qui serait financé par la suppression du bouclier fiscal et des niches fiscales pour les plus hauts revenus, une hausse des droits de succession ou encore le maintien de la publicité sur les chaînes publiques.
Nul ne sait comment résoudre cette crise. Il n’y a ni sauveur ni plan miraculeux. Ce n’est qu’en se serrant les coudes et en additionnant les bonnes volontés pour résoudre les difficultés concrètes de l’existence et non pour éponger les errements virtuels et spéculatifs, que nous pourrons nous en sortir ensemble. Ce n’est certainement pas en faisant main basse sur l’argent public et en le distribuant lors de coups médiatiques que des solutions sérieuses et durables seront trouvées. Le rapport personnel qu’entretient Sarkozy à l’argent n’aide en rien l’objectivité dans la gestion de la situation dramatique que nous connaissons. Là où il faudrait regarder l’argent comme un instrument d’échange avant tout et comme une rétribution du travail, Sarkozy ne se démarque pas du capitalisme financier qui voit l’argent comme une fin en soi, un instrument d’asservissement au service du seul capital et pas du travail. Il veut renforcer ce capitalisme financier. Or, seul un rapport sain avec l’argent peut permettre de refonder l’économie sur des bases saines. On n’en prend pas le chemin.
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