Les milices tirent la sonnette d’alarme
La sécurité et la stabilité du Moyen-Orient doivent-elles être soumises au comportement d’un groupe de milices et d’armes sectaires agissant au nom d’un projet régional connu de tous ? La réponse sera certainement non pour tout le monde. Cependant, pour éliminer cette menace chronique dans notre région, des actions et des mesures concrètes doivent être prises sur le terrain.
La menace ne prendra fin que si ses causes sont éliminées. Il y a plusieurs raisons de mettre un terme au « terreau » des milices du Moyen-Orient, qui se sont révélées dangereuses pour la paix et la sécurité régionales et internationales. L’une de ces raisons est la nécessité de clarifier les relations entre ces milices et l’Iran.
Il n’y a aucun sens à laisser ces relations dans la catégorie des « mariages secrets, » que chaque partie peut nier ou confirmer à sa guise. Les deux parties sont satisfaites que ces relations restent dans la zone grise.
Toutefois, dans de nombreuses crises, ce secret volontaire offre à l’une ou aux deux parties une marge de manœuvre leur permettant de se soustraire, au moins officiellement, à leurs responsabilités.
Ni l’Iran ni le groupe houthi ne souhaitent actuellement clarifier concrètement les limites de leurs responsabilités respectives dans les récentes attaques criminelles de la milice houthi contre les Émirats arabes unis et les menaces ridicules proférées quotidiennement par le porte-parole du groupe terroriste.
Tous deux estiment que le maintien de l’ambiguïté dans cette relation sert leurs intérêts communs.
Al-Houthi estime qu’il est dans son intérêt de renforcer la confiance dans la disponibilité du soutien militaire, des renseignements et de la planification iraniens. Téhéran voit dans l’escalade des milices un moyen de faire pression sur ses voisins du Golfe et sur l’atmosphère des négociations de Vienne.
Cela explique les avis divergents des analystes et des observateurs quant à la responsabilité de l’Iran dans les récentes attaques des Houthis.
Entre confirmation et négation, le régime iranien dispose d’une marge de manœuvre considérable qu’il peut utiliser pour arracher des concessions tant aux pays voisins qu’aux puissances occidentales engagées dans les négociations visant à relancer l’accord sur le nucléaire.
Ce qui est remarquable dans cet amalgame voulu par l’Iran, c’est que ce sont précisément les médias connus pour leur allégeance à Téhéran qui mènent les campagnes de mobilisation, de ralliement et d’escalade des médias houthis contre les EAU.
Nous faisons référence à un titre du journal officiel iranien Kayhan qui, le 23 janvier (c’est-à-dire la veille de l’attaque de deux missiles contre la base d’Al Dhafra), a publié une image des tours des Émirats et écrit en arabe : « Évacuez les tours commerciales, les missiles d’Ansar Allah sont en route. »
Le signal contient un message voilé indiquant que les attaques des Houthis vont se poursuivre, ou du moins une invitation claire à continuer d’attaquer les EAU (si nous partons du principe que l’ordre n’est pas venu de Téhéran).
Il est difficile de développer une perception cohérente du fait qu’il n’y a aucun lien entre ce titre ridicule et l’appel lancé par la milice Al Houthi aux entreprises étrangères, aux citoyens et aux résidents des EAU pour qu’ils se tiennent à l’écart des lieux et installations vitaux, avec la promesse d’élargir le cercle des cibles à d’autres lieux et installations vitaux dans un avenir proche.
Ce qui est certain, c’est que personne ne veut saboter l’atmosphère de détente dont tout le monde parle ces derniers temps entre l’Iran, l’Arabie saoudite et les EAU, ni même influencer négativement un geste positif en cours de route. Personne dans notre région ne rêve que de vivre dans la sécurité et la stabilité.
Mais objectivement, seule la franchise peut créer les bonnes bases pour des relations stables dans la région du Golfe.
Impossible de nier la responsabilité iranienne dans les attaques des Houthis tant que ce même acteur ne nie pas clairement son implication dans cette escalade, notamment par souci de transparence et pour créer un environnement favorable à la récente percée dans les relations avec son voisinage régional.
La vérité est aussi qu’il est possible de prouver l’étendue de la responsabilité de l’Iran dans les attaques des Houthis. Il existe des précédents dans l’histoire récente. Cette responsabilité peut également être définie en fonction du droit international et des conventions internationales.
Mais il y a certainement une position internationale implicite selon laquelle cela doit rester dans les limites de la responsabilité des Houthis, du moins pour le moment. Tout le monde se souvient de l’attaque des milices contre les installations pétrolières de Saudi Aramco en 2019, également avec des drones et des missiles.
Il s’agissait alors de la plus grande attaque qualitative dont les experts soupçonnent l’Iran d’être à l’origine. La réaction internationale à son encontre n’est toutefois pas allée jusqu’à rendre certaines parties responsables de leurs actes, bien que l’attaque ait brièvement paralysé la moitié du plus grand exportateur de pétrole au monde.
Je ne voudrais pas sous-estimer ici les positions internationales et régionales soutenues par les EAU et l’Arabie saoudite face à la criminalité des Houthis. Mais je ne veux pas non plus surestimer l’impact de ces positions.
Malgré la colère régionale et internationale, malgré la levée de la couverture diplomatique arabe pour le groupe houthi et malgré le soutien reçu par les EAU face à cette criminalité, les milices pensent toujours dans une mentalité suicidaire et menacent d’élargir le cycle des attaques.
Une action internationale efficace et rapide est nécessaire pour faire face à cette menace avec des moyens, des méthodes et des mécanismes garantis par le droit international. On sait tous que le monde est préoccupé par l’évolution rapide de la crise ukrainienne.
Néanmoins, il est nécessaire d’avertir que cette atmosphère incitera les milices de notre région à se lancer dans de nouvelles aventures et à élargir le cercle des cibles à d’autres acteurs régionaux afin d’accroître la pression sur la communauté internationale.
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