Lettre à BHL sur la mort au quotidien
Monsieur Bernard Henri Lévy,
Il me faut avant tout, et en guise de prologue, vous préciser que je n’avais jamais lu votre prose avant le 25 juillet dernier bien qu’ayant été à plusieurs reprises témoin par petit écran interposé, de votre talent de débatteur et votre allure de « dandy » comme l’avait écrit à votre sujet François Miterrand le premier des présidents de la France à avoir tendu l’oreille « à vos conseils éclairés », Nicolas Sarkozy ayant été le second (avec les résultats funestes que l’on constate aujourd’hui en Libye) et François Hollande ayant failli être le troisième en refusant de vous suivre sur la Syrie. Je n’ose toutefois vous dire que j’avais essayé, en son temps, de voir, sur grand écran cette fois, le film écrit et mis en scène par vous même, « le Jour et la Nuit » si je me souviens bien, et qu’ hélas je n’avais pu supporter la projection jusqu’à son terme.
Or donc, j’ai lu votre prose le 25 juillet dans le « Bloc Notes » que le magazine le Point vous avait consacré en avant dernière page de son édition du 17 du même mois. Je l’ai lue en Tunisie où je réside et où je suis né (vous-même n’était pas très loin parmi les séfarades en Algérie) une nation qui a toujours respecté et même sauvé des camps de triste mémoire, lors de l’occupation allemande, voilà plus de 60 ans, vos coreligionnaires israélites. Je préfère nommer ainsi les fervents de cette confession plutôt que la désigner par le mot de juif qui est devenu, au fil du temps, d’une telle agressivité qu’il attire comme un aimant l’antisémitisme sur votre communauté.
Quelle a été ma surprise de découvrir un texte qu’aucun philosophe ou simplement journaliste de bonne foi, aurait osé rédiger. Un long réquisitoire haineux à l’encontre des gazaouites, des palestiniens comme ceux de la Cisjordanie occupée faut-il vous le préciser, et de leurs « supporters parisiens ». Avec des mots indignes d’un écrivain qui se veut respectable et respecté. Passe encore pour imbécile, mais traiter de salauds ceux qui ont défilé à Paris puis envahi une synagogue en oubliant de préciser que là, ces quelques tarés avaient eu à faire le coup de poing avec d’autres tarés de la Ligue de Défense des Juifs. Oser ensuite rendre totalement responsable de l’escalade meurtrière perpétrée dans cette bande de terre de 40 km sur 10 où la moitié des quelques 1,8 million d’habitants a moins de 18 ans, était l’œuvre d’un pilote israélien ayant manqué sa cible – vous l’admettez – mais surtout et là je vous cite : « …mais aussi, voire d’abord, ces monstres de cynisme (NDRL. Le Hamas) qui au message du pilote annonçant qu’il va tirer invitant les voisins à quitter le quartier pour se mettre à l’abri, répondent invariablement « Que personne ne bouge, que chacun reste à son poste ; que 10.100 martyrs offrent leur sang à la sainte cause, inscrite dans notre charte, de la destruction de l’Etat des Juifs ».
Enfin, après avoir accusé les médias pour leur parti pris, vous avez menti par omission (que j’espère involontaire) en écrivant que « …Gaza est en effet une prison, mais que les israéliens l’ayant évacué depuis bientôt dix ans comment ils pourraient en être les geôliers… » alors que vous savez pertinemment que cette tranche de terre côtière est soumise depuis 2006 à un féroce blocus d’Israël et que rien n’en sort ou y entre sans un contrôle drastique de Tsahal, rendant ainsi ces palestiniens « esclaves » de l’Etat que vous défendez malgré ses erreurs.
Voyez-vous j’aurai préféré lire de votre part un texte proche d’une partie de celui que Jean Daniel a publié dans le Nouvel Observateur sous le titre La Haine et en paraphrasant le style et la prose de Camus cet autre algérien, grand humaniste à défaut d’être philosophe : « Si le droit de riposte se révèle trop supérieur aux provocations de l’agresseur, alors celui qui l’exerce et celui qui le subit ne valent pas mieux l’un que l’autre. »
A ce jour la mort et l’horreur difficile à supporter continuent d’être notre pain quotidien comme celui de bien des peuples. Elles ont débuté il y a 66 ans en ce qui concerne le conflit entre israéliens et arabes, puis l’Indochine, l’Algérie, l’Irak par deux fois, l’Afghanistan, la Libye (dans le chaos de laquelle M.BHL, je le rappelle, vous êtes en grande partie responsable avec Nicolas Sarkozy), l’Egypte, le Soudan, la Syrie où fort heureusement, vous n’avez pas réussi à entraîner la France, le Nigéria etc… Chaque matin sur les radios et les télés d’informations en continu s’étalent les nombres de tués ici et là. A Gaza la somme macabre a atteint 1640 tués, en grande majorité de civils, par Tsahal, dont plus de 300 enfants, une cinquantaine de soldats israéliens morts, un disparu, ainsi que 3 civils tués en terre de Moïse par « la pluie » de missiles s’y étant abattue. Tout cela par la volonté affichée ou décidée en coulisse du camp occidental dans lequel vous vous êtes rangé en oubliant que bon nombre d’Etats qui y figurent ainsi que des grandes familles de vos coreligionnaires ont une grande part de responsabilité dans la Shoa en ayant fait la sourde oreille à tous ceux qui, voilà plus d’un demi siècle, les avertissaient qu’un fou brulait par millions les indésirables, israélites (six millions), homosexuels, nègres, bandits et autres, dont un million et demi de tziganes.
Au fait qui a rompu tout récemment la pause de 72 heures décrétée à Gaza. Israël dit que ce sont les terroristes du Hamas. Cette pause devait débuter à 8 heures. Or voilà qu’un porte parole de l’armée israélienne dit ceci : « des soldats engagés dans la destruction d'un tunnel du Hamas près de Rafah ont été attaqués par des terroristes sortis de terre vers 09h30, alors que la trêve était en vigueur. Un kamikaze s'est fait sauter et les premiers éléments indiquent qu'un soldat a été enlevé dans l'affrontement »
Mais que faisaient donc à Gaza les soldats une heure trente après le début de la trêve ? Le savez-vous ?
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