Lettre ouverte aux responsables des formations gouvernementales européennes
Le spectacle du discours des responsables des formations gouvernementales qui se sont succédées au pouvoir depuis plus de 30 ans, continue imperturbable « ad nauseam » (jusqu’à l’écœurement) : occupant antennes et médias divers avec leurs propos sempiternels (il faut « moderniser, s’adapter, être flexible, mobile, s’ouvrir, se serrer la ceinture… »).
Le problème c’est que ces propos ne les concernent pas, car eux, ils sont immuables dans leurs certitudes et la recherche de postes bien rémunérés, avides, insensibles aux malheurs des gens communs, et surtout incapables de donner des pistes pour l’avenir.
Ainsi, après avoir soutenu toutes le réformes qui ont fait perdre à la politique toute capacité d’influence sur l‘économie (ouverture des marchés des capitaux, dérégulation financière, désarmement douanier, indépendance des banques centrales, austérité salariale pour les autres…), ils viennent pleurer en public et dénoncer les politiques suivies par les instances et les politiques qu’ils ont eux-mêmes mis en place (Commission européenne, OMC, FMI) et à qui ils ont confié la souveraineté économique, monétaire, financière, …et donc politique !
Un peu de décence Mesdames et Messieurs, les politiciens !
Les peuples ne sont pas aussi crédules que ce vous croyez et ils décryptent tout ce cinéma ! Pourquoi croyez vous donc qu’ils s’abstiennent de plus en plus de voter ou donnent leur voix à des formations extra –gouvernementales ?
En Grèce, Espagne, Portugal… la révolte est en marche contre vos politiques « austéritaires » et injustes, qui demandent des sacrifices, toujours aux mêmes : méfiez-vous !
Vous-vous plaignez de la montée des extrêmes : mais n’avez pas tout fait pour celà ? Montée du chômage, de la précarité, quartiers ghettos, abandon de la jeunesse qui ne fait pas partie des « élites » ? ,
Vous dénoncez (avec vos éditorialistes collaborateurs du système) avec véhémence, les thèses « populistes », ce qui montre votre peu de sensibilité aux malheurs du peuple, contrairement à certains intellectuels tel Georges Orwell qui parle du sens de l’éthique, de la décence commune (« common decency ») des petites gens. Prenez-en de la graine !
Plus que jamais, la marchandise s’étale à longueur de vitrines, et dans notre société tournée vers la consommation, le sens de l’existence est donnée via la possession d’objets (si tu as la « marque » tu existes, sinon tu n’est rien). Le sens de la vie tel qu’il est comporté par le discours des publicitaires est centré sur la consommation. Ne vous entonnez donc pas qu’une telle violence symbolique se retourne contre votre ordre social par ceux qui en sont exclus (jeunes chômeurs, habitant des quartiers pauvres livrés aux mafias et rackets en tout genre...) et dont le seules perspectives d’affirmation se résument à la consommation ostentatoire d’objets signe de réussite (voitures, parfums, gadgets technos…).
Ne vous étonnez pas non plus, que nos peuples ne croient plus en une Europe passoire livrée au dumping du marché mondial qui met en concurrence sauvage des pays à structure de production et de protection très inégales, grâce aux stratégies de réduction des taxes douanières que vous avez mis en place en faveur des multinationales.
D’ailleurs quand vous avez consulté les peuples et qu’ils ont « mal voté », c’est à dire qu’ils ont dit non à vos propositions, via la voie référendaire que vous contrôlez moins que des élections parlementaires « démocratiques » (vote non au TCE en France , votes hostiles à l’Europe ultralibérale en Irlande, en Hollande …), vous n’en avez tenu aucun compte ! Ne vous étonnez donc pas de leur rejet de l’Europe anti-démocratique que vous avez concoctée !
En France (et en Europe en général), la loi récente de non amnistie des ouvriers qui se sont révoltés, le lâchage des ouvriers en lutte (Florange, Vilvorde …) par ceux qui étaient censés les aider (gouvernements socialistes) ne fait que rajouter aux malheurs et à la violence symbolique dont souffre la classe ouvrière abandonnée par des pouvoirs socialistes en mal de reconnaissance par la finance (agence de notations, fonds de pension, …). La fondation intellectuelle de « gauche type social démocrate » Terra Nova avait théorisé l’abandon de la classe ouvrière par la gauche gouvernementale ; les gouvernements socialiste l’ont fait en Grèce, Espagne et en France (accord de flexibilité, facilités de licenciement, réduction des retraites, impôts en veux-tu, en voilà …) !
Face à leur incapacité à réduire le chômage par des politiques d’austérité, les socialistes au pouvoir (Zapatéro) ont théorisé puis appliqué des stratégies politiciennes de mise en avant des questions sociétales (mariage homosexuel, droit de vote des étrangers, libéralisation du cannabis…) , afin de mieux cacher leur échec sur le plan économique et social. Mais les tensions sociales liés à ces sujets de civilisation ou de fond, traités de la façon la plus maladroite et dans l’urgence, risquent d’aggraver la situation de ceux qu’on est censé aider (aggravation des agressions contre les homosexuels, crise identitaire qui renforce l’extrême droite…)
Si malheureusement, le Front National et l’extrême droite européenne, progressent, n’allez pas vous plaindre depuis vos beaux quartiers, des thèses « populistes » et du « mauvais peuple » qui serait raciste et refermé sur lui ! Nous n’avons pas besoin des discours moralisateurs de vos « belles âmes » qui vivent dans les beaux quartiers et dont les enfants vont aux « bonnes » écoles, et qui se prêtent à tous les discours culpabilisateurs pour saisir la moindre scène médiatique à ce sujet. Cherchez plus tôt à comprendre pourquoi on en est arrivé là. N’est-ce pas le signe de l’abandon dans lequel vous avez laissé les peuples ? La réponse que vous donnez en termes sécuritaires (plus de police, de caméras, de contrôles aux frontières, dans les centre-ville et les espaces commerciaux..) ne peut enrayer les problèmes. C’est un pis aller fait pour rassurer les classes non exclues encore du système (elles sont de moins en moins nombreuses avec vos politiques et c’est ce qui vous inquiète). Vous croyez d’autre part que les peuples des pays pauvres vont se laisser crever sans réagir face à la rapacité des chinois ou des occidentaux ? N’est-ce pas le terreau pour la montée d’un islamisme radical que vous combattez à juste titre ? Ce qui est sûr, c’est qu’on n’en a pas fini avec l’immigration clandestine tant que de véritables politiques de développement ne seront pas mises en œuvre. Sans cela, le contrôle des flux migratoires aux frontières (malheureusement nécessaire à court terme, n’en déplaise à une certaine extrême gauche angélique et mondialisatrice et aux ultra libéraux) restera un vœu pieux.
Une autre politique, dont vous êtes incapables de penser même les prémices, serait à mettre à l’ouvrage en urgence. Cette politique alternative vise à rependre de la souveraineté politique et économique et nécessite un certain nombre d’évolutions progressives et rapides (et aussi de ruptures, et oui !) avec le marché mondialisé, avec la finance dérégulée, avec la poursuite du chacun pour soi. Elle s’appuie par exemple sur des espaces économiques et politiques protégés (tel l’Union Européenne, ou Mercosur ou l’ASEAN, mais sur d’autres bases ) qui viseraient en interne à homogénéiser les législations fiscales, sociales et environnementales par le haut (le contraire de ce que vous faites !), une régulation bancaire et financière stricte (séparation des banques de dépôt et financières, interdiction des titrisation de crédits, des effets leviers, des marchés spéculatifs…) , une plus grande justice (resserrement des échelles de rémunérations , interdiction des retraites chapeaux et des stocks options…), une protection environnementale harmonisée entre Nations (et non la relance des solutions polluantes comme les gaz de schistes ou un urbanisme tout béton et automobile ), un secteur économique d’activités compatibles avec l’environnement (énergies alternatives, recyclage, eco-conception, agriculture durable…).
Vous voyez, vous avez des progrès à faire !
Heureusement, on ne compte pas trop sur votre bonne volonté !
Tous ceux qui se reconnaissent dans ces orientations et ne veulent pas en rester au constat des impasses ont donc tout intérêt à se regrouper afin d’organiser cette riposte tant sur le plan intellectuel, de l’action, que de la gouvernance, car l’indignation, indispensable, ne suffit pas. L’isolement et le repli sur soi ne sont pas la solution. Seul un élan collectif et constructif pourra redonner de l’espoir. J’ y invite tous les citoyens épris de justice afin de cesser ce cirque indécent de médiocrité et de mauvaise foi que les politiciens et les « bien-pensants » en tout genre (experts autoproclamés, intellectuels au service du système…) nous forcent à subir tous les jours via les médias.
Georges Fandos
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