Liberté, égalité, fraternité laïque
"Allons enfants de la patrie... !" Le chant national nous indique clairement la voie de la fraternité au sein d'une patrie qui est républicaine. Cet hymne est devenu un symbole de la république même s'il est apparu quelques années avant sa proclamation. Par ailleurs, les Français(es) sont frères et soeurs au sein d'une république laïque comme l'indiquent très nettement les débuts de la Révolution, laquelle fut même anti religieuse, même si, après avoir chassé Dieu par la porte, l'idée d'un Etre suprême revient en quelque sorte par la fenêtre, mais pour un temps court. L'Etat était allé trop loin en voulant imposer aux personnes de renoncer à la religion. Dès lors, on distingue l'Etat qui est laïc et la société qui fait ce qu'elle veut, qui croit à ce qu'elle veut.
Depuis 1905, la fraternité au sein de l'Etat et des espaces publics est laïque. Il y a eu néanmoins une tolérance pour les débordements sympathiques comme les crèches, les petits Jésus et les croix catholiques. Parce que la France n'était pas dans une situation de crispation religieuse. Elle était plutôt préoccupée par d'autres problèmes comme le chômage. Mais la présence active d'une religion importante impose à des rééquilibres, des rééquilibres qui ne doivent pas se faire en dépit du bon sens. La loi est la loi pour tous : pas de prosélytisme, pas de manifestations religieuses sur les voies publiques.
La fraternité nationale est laïque. Les fraternités intimes (cercles des proches et communautés) peuvent être religieuses, sous réserve de ne pas venir heurter la fraternité nationale républicaine qui prévaut.
Quant à la liberté, elle s'exprime aujourd'hui comme jamais auparavant. Certains se plaisent à penser, par nostalgie, que l'époque de Coluche était bien plus permissive. Mais en réalité, à cette époque n'existaient pas les médias libres ni les réseaux sociaux. Des films étaient interdits, des chansons ne passaient jamais à la radio. Puis sont venues les radios libres mais sans mettre fin au vieux réflexe de censure et de contrôle de l'opinion. Et le président Mitterrand plaçait des écoutes chez des particuliers pour surveiller tout ce qu'ils disaient, quand il n'envoyait pas au fond de l'eau le bateau d'une association internationale qui faisait de l'écologie. En réalité, les premiers trublions (après les Francis Blanche, Pierre Dac, Jean Yanne, Serrault et Poiret...) furent Thierry Le Luron, Jacques Martin et son équipe du Petit rapporteur, et Coluche. Coluche, l'icône parmi toutes les icônes !
Ces années-là furent une période d'expérimentation de la libre expression mais, tout comme les radios dites libres allaient finalement redevenir plus raisonnables, la télévision allait revenir aussi à plus de modération (terminé les émissions comme Droit de réponse !).
Si Coluche pouvait s'en donner à coeur joie et parler de tout, c'était précisément parce que l'on était au stade des expérimentations et aussi parce que Internet n'existait pas. Pensez-vous que les réseaux sociaux et certains groupes sociaux et associations seraient demeurés sans réagir sur la toile ? Vous pouvez le penser mais rien ne prouve que vous ayez raison. Coluche ne se voyait opposer aucune contradiction citoyenne car les moyens d'expression libres (comme ce site, les réseaux sociaux, les chaînes de télé privées) étaient inexistants.
Pour finir, nous sommes dans une nouvelle période de recherche d'équilibre entre la libre expression et le respect dû à certaines catégories d'individus qui peuvent se sentir blessés. Des années 80 aux années 1990, on se préoccupait avant tout de surveiller les propos touchant aux handicapés (campagnes d'information nationales) et aux enfants battus (idem). Les pauvres également ne devaient plus être stigmatisés, ni les immigrés (l'association "touche pas à mon pote"). Aujourd'hui, un rééquilbre est à trouver aussi pour la parole libre face aux questions des femmes battues. Est-ce si anormal ? Bien sûr, cela passe souvent par des excès de part et d'autre, mais le balancier finit toujours par trouver une position médiane en particulier quand le législateur intervient.
Et enfin l'égalité ? Nous sommes passés d'une pensée régulatrice obsédée par l'égalitarisme parfait (tirage au sort des inscrits dans les universités, nivellement de l'éducation par le bas, redistributions sociales d'assistance) à une politique d'égalité des chances qui soit effective (dédoublement des effectifs scolaires dans les quartiers prioritaires, développement de la formation et des qualifications). Mais l'égalité reste encore le grand chantier de notre république. Il y a fort à faire car les inégalités de patrimoine non seulement sont criantes mais elles s'accentuent et installent définitivement la panne de l'ascenceur social, puisque le patrimoine s'hérite entre riches...
En un mot, la question de la liberté et celle de la laïcité ne font-elles pas diversion pour nous empêcher de voir que la troisième pose un sérieux problème ? Un problème bien plus grave et plus durable...
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