Louis Bertignac : casser « The Voice » pour mieux le suivre !
« Il y a beaucoup de connards en France, où j'habite », vient de déclarer Louis Bertignac lors d'un concert donné, ce samedi 30 août 2014, en Belgique, où il a par ailleurs dit vouloir s'installer. Démagogie, boutade ou propos sérieux ? La polémique est lancée ! Décryptage.
De tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves : cette historique phrase de Jules César, certainement le plus auguste des empereurs de la Rome antique, en sa non moins fameuse « Guerre des Gaules », Louis Bertignac, peut-être le plus doué des guitaristes de la France moderne, aurait pu aisément la faire sienne à entendre ce qu'il vient de clamer sur scène lors d'un mémorable concert (http://www.rtbf.be/video/detail_louis-bertignac-en-interview-a-la-fiesta-city-de-verviers-2014?id=1952119) donné, ce samedi 30 août 2014, à la « Fiesta City » de Verviers, petite ville de province, terne et reculée, du sud-est de la Belgique, non loin de la frontière allemande : « De tous les publics francophones du monde, les Belges sont les meilleurs. Il y a beaucoup de connards en France, où j'habite », y a-t-il en effet lancé, mi-sérieux et mi-badin, une bière en main, à une foule en délire. Et, toujours aussi enjoué, d'ajouter aussitôt (ce qui ne fera probablement pas plaisir à ses compatriotes) : « J'ai d'ailleurs l'intention de m'installer en Belgique. Mais je ne sais pas encore où. » Simple boutade, histoire de faire concurrence, d'un clin d’œil entendu et d'un air à peine moqueur, à Gérard Depardieu et autre Éric-Emmanuel Schmitt ?
Certes pourra-ton toujours se demander là si cette étonnante déclaration d'amour envers le pays natal du grand Brel et du génial Arno, n'était pas due au seul souci de produire quelque effet démagogique sur l'assistance, par ailleurs conquise d'avance. Certains se demandèrent même, en la circonstance, si cette invective de Bertignac à l'encontre de bon nombre de ses concitoyens (que le général de Gaulle en personne préféra qualifier, quant à lui, de « veaux ») n'était pas une allusion à peine voilée, inavouée tant elle s'avère inavouable aussi bien sur le plan mercantile que médiatique, de brocarder les entourloupes et autres médiocrités musicales d'une émission aussi prévisible et formatée que « The Voice », sur TF1, où il n'a manifestement rien à faire tant son talent de pur et libre rocker, allié à un personnage aussi fantasque qu'émouvant, est immense. Aux experts et divers commentateurs du petit monde du show business, bien sûr, la réponse, que je me garderai bien, quant à moi, de donner ici.
« SUIS-MOI » : LE NOUVEAU DISQUE DE BERTIGNAC
Car, pour l'heure, c'est sur ce fabuleux concert de Bertignac que je souhaiterais m'étendre un peu plus longuement. Non pas tant parce qu'il y a repris quelques-uns de ses anciens tubes aux heures de gloire de son légendaire groupe « Téléphone », tels les incontournables « Un autre monde » ou « ça, c'est vraiment toi » (où il enchaîna, à partir du riff électrique le plus célèbre de l'histoire du rock, un endiablé « Satisfaction » des Rolling Stones), mais parce qu'il y a présenté en avant-première quelques-uns des titres, dont un magnifique « Embrasse-Moi » et un non moins superbe « Suis-Moi », de son tout nouvel album, dont l'imminente sortie est prévue, a-t-il insisté en guise de message promotionnel, pour ce 15 septembre, soit dans un peu moins de deux semaines seulement.
Ce nouveau disque de Louis Bertignac - intitulé lui aussi, de manière éponyme, « Suis-Moi » - est le premier depuis son ancien « Grizzly », paru en 2011, il y a donc trois ans déjà. Et il promet : c'est du meilleur acabit, énergique et tendre à la fois, passionné sans jamais être excessif, comme au bon vieux temps des sensuelles et pourtant délicates « Filles comme toi ». Bref : d'un charme dévastateur !
PLUS SEXY QUE CARLA BRUNI ?
Les filles, du reste, en raffoleront, comme autrefois, lorsqu'elle se disait de gauche et plutôt socialiste, une certaine Carla Bruni, avant de devenir Sarkozy(ste), en son nostalgique « C'est quelqu'un qui m'a dit ». Bertignac, ce monstre sacré de la scène rock à la française, ne vient-il pas d'ailleurs d'être élu, par les lecteurs du magazine « Glam'Mag », guitariste le plus sexy du monde ?
Ceux qui en doutent n'ont qu'à regarder cette récente vidéo (https://www.youtube.com/watch?v=Nv9y0FWalg8), où l'on voit Louis Bertignac jouer merveilleusement bien ce véritable hymne à l'amour déchiré, désespéré comme la solitude tout en demeurant ardent comme une flamme, qu'est « Ces idées-là ».
Ces idées-là, justement : c'est par ce mélodieux refrain, « Oh, Oh, Oh, Oh », aussi beau qu'un cantique, surtout lorsqu'il est chanté en chœur par une foule subjuguée tandis que Bertignac quitte la scène en silence, que ce concert s'est terminé sous le ciel pluvieux, et pourtant étincelant d'une folle énergie électrique, de minuit.
QUAND BERTIGNAC RIVALISE, POUR LE MIEUX, AVEC CLAPTON ET HENDRIX
Oui : il faut voir sur scène, au moins une fois dans sa vie, Louis Bertignac. Cet incroyable guitariste (et l'amateur de musique rock que je suis en a pourtant vu, au cours de son existence, des guitaristes du plus haut vol, depuis le Keith Richards des Stones jusqu'au Jimmy Page de Led Zeppelin, en passant par le subtil Jeff Beck) n'a rien à envier, à admirer l'époustouflante manière dont il fait « pleurer » (dixit Bertignac lui-même) son « Vas-y guitare », à un Eric Clapton (dont il interpréta là aussi un fantastique blues) ou à un Jimy Hendrix.
Ainsi, par exemple, « Hey Joe » interprété, précisément, par Bertignac : c'est du lourd, du solide et du virevoltant à la fois (https://www.youtube.com/watch?v=m4xMOPL0rvo). Là, il envoie ! Il détonne ! Il s'envole ! Il transcende ! Mieux : il s'échappe ; il part tout seul, comme un grand qu'il est, laissant, en une accélération subite, les autres sur place ! Même Bill Wyman, le mythique bassiste des Stones, semble ici, en cette performance à faire réveiller d'entre les morts le défunt Hendrix lui-même, dépassé par les événements, son irrésistible et prodigieuse vitesse d'exécution...
CASSER « THE VOICE » !
Non : Bertignac n'a vraiment rien à faire dans le pantouflard jury de « The Voice », encore moins dans celui du pathétique, si ce n'est indigne par sa cruelle compétition, « The Voice Kids ». Casser « The Voice » plus encore que la voix, pour paraphraser en anglais Bruel, si Bertignac veut vraiment qu'on le suive jusqu'au bout de son extraordinaire itinéraire musical !
Qu'il abandonne donc les chanteurs de variété à leurs mièvreries, l'audimat à ses calculettes de bas étage et TF1à ses piètres « prime time » du samedi soir. Car l'authentique, belle et hallucinante fièvre de la musique, et non seulement du samedi soir, c'est, pour le coup, Louis Bertignac sur scène. Que dit-il d'ailleurs lui-même dans le titre de ce nouveau disque qu'il s'apprête à sortir à la mi-septembre ? Suis-Moi !
Aussi, pour ma modeste part, répondrais-je, dès lors, à cette bienveillante et prometteuse invitation au voyage rock n' roll, de la sorte : bien volontiers, très cher Louis !
DANIEL SALVATORE SCHIFFER*
* Philosophe, auteur de « Philosophie du dandysme – Une esthétique de l'âme et du corps » (Presses Universitaires de France), « Oscar Wilde » (Gallimard – Folio Biographies), « Du Beau au Sublime dans l'Art – Esquisse d'une Métaesthétique » (Éditions L'Âge d'Homme), Manifeste dandy (François Bourin Éditeur).
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