M. Le Président... et nous autres ?
Dans cette escapade du "Premier magistrat de France", beaucoup de commentateurs se sont attachés à démontrer le caractère privé de cette échappée de collégien, omettant qu'elle eût lieu non pas de son domicile privé mais du Palais résidentiel de la Présidence de la République. On a cherché à relativiser cet événement qui, à l'étude, pose de graves interrogations.
Les faits sont connus. Ils ont été largement commentés. : un homme, la nuit tombée, casqué, revêtu du costume de "monsieur-tout-le-monde", à moto, va rejoindre la femme aimée, désirée, afin de satisfaire ses débordements libidineux. Quoi de plus classique ?
Mais, car il y a un "mais", cet homme est le Président de la République Française, qui avait déclaré, lors de son face-à-face télévisé avec son prédécesseur M. Sarkozy :" Je ferai en sorte que mon comportement soit A CHAQUE INSTANT EXEMPLAIRE . Il est donc parjure à lui-même car il a failli à un engagement, devant le peuple qui ne lui demandait rien, mais qui a été un atout pour son élection. Par cette aventure, il a ramené la fonction à un vaudeville de boulevard. Quelle atteinte à la Majesté Présidentielle !
De nombreuses personnalités politiques, de tous bords, ont volé au secours du Président. On les comprend car cette attitude rejaillit sur la fonction politicienne. Aux propos scandalisés du peuple, Il y eut des mises au point sévères car il convenait de mettre un terme à ces acerbes remarques citoyennes. En voici deux fleurons :
De M. Alain Juppé, UMP, Maire de Bordeaux, ancien Premier ministre, et possible candidat en 2017, qui a déclaré en substance : "Je trouve odieux ce genre d'intrusion. Ce qui se passe est absolument détestable. Il faut protéger la vie des citoyens y compris celle du Président de la République... les gens de bon sens font le partage de ce qui est l'exercice des fonctions officielles et la vie privée. DÉFENDONS LA VIE PRIVÉE, c'est quand même un bien précieux".
De M. André Vallini, P.S., Sénateur : " je suis évidemment choqué par cette dérive vers un voyeurisme intrusif, indécent, sur le modèle de la plus mauvaise presse anglo-saxonne. Chaque citoyen, y compris le premier d'entre eux, a droit au respect absolu de sa vie privée, affective et, le cas échéant, spirituelle. Nous devons résister à la dictature sacro-sainte de la "transparence" au nom de laquelle on peut arriver à menacer la liberté de chacun d'entre nous et pas seulement celle des personnages publics".
De ces déclarations, deux remarques s'imposent concernant la sécurité du Président de la République et la notion de "vie privée" attachée à la fonction ainsi qu'aux libertés individuelles en France.
La fonction présidentielle.
Il y a une dérive sur la notion de fonction considérée du même niveau d'un quelconque poste à responsabilité. Non. Il s'agit de la Magistrature Suprême. A cette haute fonction, l'élu, qui l'a voulue, doit s'y consacrer, pendant cinq ans, à 200% de son temps. C'est bien le sens de la fameuse mallette, qui ne doit jamais le quitter et d'où il peut déclencher un conflit nucléaire. Pendant cinq ans, il n'est plus libre de faire ce qu'il veut. Il est au service de la France et des Français , 24h/24h.
Or, on s'aperçoit à la lecture des reportages que les journalistes du magazine "Closer" n'ont pas pris cette photo par hasard : elle est le résultat d'une longue traque, d'une minutieuse préparation qui a duré plusieurs semaines. Jusqu'à louer un appartement dans l'immeuble juste en face. Ce commando surveillait donc notre illustre personnage en permanence, contrôlant ses allées et venues jour et nuit. La protection rapprochée du Premier Magistrat de France n'a rien vu. Quel corps d'élites !
On tremble à la pensée, si ces photographes, bien pacifiques, avaient été des terroristes, des suites dramatiques internationales d'une telle comédie. Et on dénie au citoyen le droit de s'en offusquer ? C'est le monde à l'envers !
Dans son discours du Bourget n'vait-il pas dit qu'il se donnerait pleinement, entièrement à la seule cause qui vaille la peine : servir la France.
La vie privée des citoyens et les libertés individuelles.
Comment les deux hommes politiques ont-ils pu tenir de tels propos quand jamais, comme à notre époque, le pouvoir, qu'il soit de droite ou de gauche, n'a de cesse de restreindre nos libertés ?
Jamais le citoyen lambda n'a été aussi espionné, contrôlé, suivi, surveillé, écouté, fliqué, filmé, fiché. En dépit des apparences, c'est la suspicion généralisée qui a été mise en place et ce, en dépit des protections légales : Code civil, Constitution, Convention européenne des Droits de l'Homme, Déclaration universelle des droits de l'Homme de 1948 : "Nul ne sera l'objet d'ingérences arbitraires dans sa vie privée".
Or, constamment de nouvelles mesures restrictives des libertés voient le jour, dont on ne s'aperçoit pas tout de suite ca, camouflées dans des textes obscurs, votées par des représentants élus qui ne nous tiennent pas au courant. Un florilège à méditer :
Fichage fiscal. Couplage de fichiers. Surveillance téléphonique par la NSA dont on nous a révélé la complicité française, par des accords secrets. Pourquoi secrets puiqu'ils nous concernent tous ? Récente loi de programmation militaire qui autorise, dans un texte obscur, l'accès administratif aux données et connexions nous concernant individuellement, etc.
Le der des der : le nouveau compteur électrique LINSKY, dit aussi "LE MOUCHARD" qui, en dehors des réels dangers pour nos santés, permettront de savoir beaucoup de choses sur les habitudes des abonnés. C'est "Big Brother" chez soi.
Comme on peut le constater, une simple incartade nocturne met en relief des problématiques d'une gravité extrême, d'une ampleur considérable.
Si le Président à droit au respect de sa vie privée, nous aussi. Or, les deux personnalités, mentionnées ci-dessus, élues pour nous défendre, n'ont de cesse de réduire nos libertés.
Si le Président de la République est le premier citoyen de France, il n'en est pas moins homme. Et comme nous tous, il a des droits, comme celui du respect de la vie privée. Comme nous tous, il a des devoirs, comme celui de respecter les lois et les serments de la magistrature. A l'instar de tous les autres citoyens, le Président de la République doit être exemplaire.
Bernard Larguèze
Janvier 2014
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