Ménages de printemps... et d’automne
La route est désormais dégagée pour les onze candidats à l'élection présidentielle (1). Les candidats ont été nombreux mais beaucoup éliminés soit, pour la grande majorité, parce qu'ils n'ont pas obtenu le nombre de parrainages nécessaires, soit parce qu'ils ont été écartés lors de la primaire à laquelle ils ont participé.
Certains, Jean Lassalle, Nicolas Dupont-Aignan, Nathalie Arthaud, Philippe Poutou, François Asselineau, Jacques Cheminade utilisent cette élection qui leur donne l’occasion, rare pour ces candidats disposant de faibles moyens, de s’adresser à toute la population dans l’élection la plus suivie par les médias et les citoyens en espérant élargir l’audience de leurs idées, de leur organisation.
Les autres, François Fillon, Benoît Hamon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, espèrent réunir suffisamment de suffrages (ou font comme si...) pour pouvoir participer au second tour et affirment viser, réellement, la présidence de la République.
Ils poursuivent, dans le même temps, d'autres buts : comme les précédents, renforcer leur audience et celle de leur organisation, souvent aussi renforcer leur place dans leur propre organisation, préparer les élections législatives qui suivront la présidentielle, restructurer l'espace politique, préparer la rentrée d’automne. Avec des possibilités qui dépendent des résultats de la présidentielle.
Marine Le Pen est, parmi ces candidats, celle qui risque le moins, personnellement. Même si elle n’est pas élue pour participer au second tour, sa place à la tête du Front national ne sera pas remise en question. Il n’est pas certain qu’il en soit de même pour des personnalités, déjà contestées, dans son entourage.
Il est aussi difficile de prévoir ce que feront des militants, discrets pour ne pas gêner la dédiabolisation recherchée de l’organisation mais qui pourraient se sentir libérés par son échec.
Pour François Fillon, une victoire, devenue plus difficile à cause de multiples affaires, le mettrait à l’abri de la justice, pour de nombreuses années sauf nouvel événement particulièrement grave. Ce serait bien différent s’il n’est pas élu…
Par ailleurs, une défaite sévère déclencherait une bataille sanglante au sein de la droite. On a bien vu, lors de la semaine du doute, que nombreux étaient ceux qui pensaient avoir un destin national.
Entre les clans, elle est, déjà, en cours pour s’assurer un groupe plus ou moins important, plus ou moins homogène à l’Assemblée nationale et pour le contrôle du parti. Les compromis passés avant le scrutin risquent d’être remis en question... Son élection aiderait François Fillon à renforcer son autorité. En cas d’échec et surtout s’il n’est pas retenu pour participer au second tour, la bataille s’ouvrirait dans un parti éclaté.
Emmanuel Macron doit, dès maintenant, faire le tri parmi les nombreuses personnalités de droite, de gauche ou d’ailleurs qui se précipitent, pas toujours désintéressées, sous son aile. Beaucoup seront déçus de n’avoir pas la place espérée.
La question est d’autant plus complexe qu’il n’a probablement pas une équipe prête à former un gouvernement relativement homogène, qu’il doit, dans les jours qui viennent, essayer de nommer 577 candidats pour les élections législatives en espérant emporter ce troisième tour de la présidentielle et obtenir une majorité à l’Assemblée nationale. Tout en mettant en place une ébauche de structure plus ou moins proche de la forme parti-attrape-tout-droite-gauche - avec quels équilibres ? - dont il s’est passé jusqu’ici.
Si de bons résultats et surtout une élection peuvent créer une dynamique, il n’est pas certain qu’elle soit suffisante pour faire céder les barons locaux et lui donner une majorité stable à l’Assemblée nationale.
Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon ont un électorat qui se chevauche partiellement et qui rend improbable la présence de l’un de deux au second tour. D’où des pressions, notamment par pétition, pour que les deux candidats s’entendent. Il est fort probable que cette entente n’aura pas lieu pour de raisons qui ne tiennent pas seulement à des raisons psychologiques
Leur entente entraînerait une dynamique dont il est difficile de dire si elle serait positive ou négative... La politique a inventé les mathématiques post-modernes où 1000 + 1000 font rarement 2000, peuvent faire 2500 mais plus souvent 1500.
Le demi-ralliement du PC à la candidature insoumise en est un exemple. Plus difficilement appréciable, le nombre des socialistes qui désapprouvent le programme trop écologique de l’accord Benoît Hamon avec EELV. Et ceux qui ont pris acte du programme écologiste de Jean-Luc Mélenchon, le rejoignent, comme Sergio Coronado dont la candidature était pourtant préservée dans le cadre de l’accord Benoît Hamon-EELV...
A tout ceci, il faut ajouter le peu d’enthousiasme de certains participants à la primaire citoyenne de la Belle Alliance populaire, partisans des deux gauches inconciliables, qui refusent de soutenir Benoît Hamon ou soutiennent Emmanuel Macron… Ils seraient encore plus nombreux et véloces en cas d’entente avec Jean-Luc Mélenchon… sans parler du cas où L’insoumis serait le titulaire. Ce dernier a quitté le PS en 2008 et Benoît Hamon, le gouvernement seulement en 2014 et sans jamais le censurer !!!
Sans oublier, de l’autre côté, les réticences qu’auraient les insoumis à se mobiliser derrière Benoît Hamon !
Toutes ces tractations tournent autour de questions que le rattachement des élections législatives, un mois seulement après la présidentielle, vient compliquer.
Les programmes des candidats aux primaires, aussi bien celles de la droite et du centre que celles de la Belle Alliance populaire, ont montré qu’il pouvait y avoir des différences significatives entre les concurrents. Entre François Fillon et d’Alain Juppé d’un coté. Entre Manuels Valls et de Benoît Hamon de l’autre. Et encore plus entre Manuel Valls et Jean-Luc Mélenchon.
Ajouté aux querelles personnelles, cela rend difficile ensuite de parler d’unité.
La question des législatives et la répartition des 577 circonscriptions est un autre point central des discussions. On le voit aussi bien au niveau de la droite et du centre qu’à gauche. Circonscriptions réservées à EELV ou aux radicaux de gauche... Querelles entre la la France insoumise et le PCF…
Car la victoire à la présidentielle n’est rien sans une majorité à l’Assemblée nationale. La désignation des candidats à la députation est d’autant plus difficile qu’il n’y a, ni à droite, ni à gauche, de personnalité qui fasse consensus. Et qu’une telle personnalité à peu de chance de se dégager avant la présidentielle. D’où une distribution des sièges qui risque d’être remise en cause après la présidentielle.
Tout ceci risque d’aboutir à une multiplication des candidats pour chaque siège et à une chambre ingouvernable ?
Sans oublier les questions d’argent : depuis 1988, le financement public des partis politiques dépend des résultats aux élections législatives et du nombre de parlementaires, ce qui peut mettre en question la survie de certains.
La restructuration de la gauche, peu discutée pour le moment, dépend en partie du résultat de la présidentielle, derrière la bataille fraternelle entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon. Autour du PS ? Celui de Benoît Hamon ou celui de Manuel Valls ? Ou celui d’Emmanuel Macron ? Autour de la France insoumise ? Avec quelle participation du PCF ?
Cette question ne se pose pas qu’en France mais de façon différente, en Allemagne, en Espagne, en Italie, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni… L’élection présidentielle, le poids de l’extrême droite la rendent peut-être plus aiguë, plus évidente, plus nécessaire.
Après les dégagements du printemps, bien des feuilles risquent de tomber à l’automne.
1 - Environ 70 personnes ont annoncé, à un moment ou à l'autre, leur candidature. Le Conseil constitutionnel a validé François Fillon (2953 signatures), Benoît Hamon (1717), Emmanuel Macron (1548),Jean Lassalle (708), Nicolas Dupont-Aignan (672), Jean-Luc Mélenchon (666), Nathalie Arthaud (623), Marine Le Pen (618), Philippe Poutou (573), François Asselineau (569), Jacques Cheminade (528).
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