Menteurs de bonne foi
« La politique, c’est la maternelle, moins l’innocence. » Pierre Rabhi
Le vaudeville auquel nous assistons en ce mois de mars est un carburant d’excellente qualité pour alimenter le discours du « tous pourris » en politique.

Concours de duplicité
On apprend que M. Sarkozy et son avocat Thierry Herzog ont été placés sur écoute –légalement, semble-t-il, tellement les présomptions de corruption à leur égard sont fortes. Cela est conforté par le fait que, d’après ces enregistrements mêmes, ils ont profité des informations confidentielles d’un haut magistrat concernant l’instruction d’une des nombreuses affaires attachées à la personne de l’ancien gardien suprême de nos institutions. S’ajoutent à cela les enregistrements systématiques et maladifs de Patrick Buisson, ancien conseiller de l’ex-Président et issu de l’extrême-droite : les centaines d’heures de ces enregistrements qui ont atterri dans les média grâce, semble-t-il, à des querelles familiales, révéleront certainement de nombreuses turpitudes d’envergure étatique : il faudra juste prendre le temps de les… écouter.
Face à cela, on s’est demandé si l’exécutif actuel avait été mis au courant, par le judiciaire, des écoutes frappant l’ancien chef de l’État. le gouvernement a commencé par nier, jusqu’à ce que Le Canard enchaîné, béni soit-il, révèle que la Garde des Sceaux était au courant depuis le 26 février. Aussitôt, celle-ci nie en bloc. Mais le Premier Ministre admet que le gouvernement savait –uniquement la démarche, mais pas le contenu. Discours inaudible car : 1) cela revient à traiter sa ministre de la Justice de menteuse ; 2) nul ne croit qu’un haut personnage de l’État puisse ne rien savoir du contenu d’une affaire judiciaire touchant l’ancien Président de la République ; 3) le silence de l’actuel Président apparaît plus que suspect : comment imaginer que lui ne sache rien ?
Alors, Mme Taubira ne trouve rien de mieux que de re-mentir en réaffirmant qu’elle ne sait rien. Ou peut-être un petit quelque chose, mais plus tard que ce qu’a prétendu le Canard, qui pourtant est en général excellemment informé. Pire encore, cherchant à se justifier, elle exhibe devant les caméras quelques documents sur lesdites écoutes. Il a suffi de zoomer sur les images pour voir qu’il s’agit d’une transcription détaillée des écoutes. Peut-être Mme Taubira, tel un curé tombant sur une image pornographique, prétendra-t-elle que, ses yeux étant trop purs pour voir le mal, elle n’a pas voulu les lire et n’en connaît donc rien.[1]
Comme on l’a dit, la droite (et notamment Jean-François Copé qui est en fâcheuse posture, y compris sur des affaires financières), en soulevant la question de l’indépendance de la justice, a réussi à transférer les soupçons de Sarkozy sur Taubira et sur la fine équipe qui l’entoure.
Personnellement, je ne suis pas tant choqué par le fait que le gouvernement sache des choses : quiconque a les moyens et les réseaux pour être informé s’en sert. L’essentiel est que la justice ait agi en toute indépendance, ce que j’aimerais croire.
Mais qui croire ? Tel est bien le problème. Si au moins le gouvernement cessait de mentir, de re-mentir, d’appliquer la maxime de Goebbels : « Mentez, mentez, et plus le mensonge est énorme, mieux il passe » ![2]
Il n’y a plus de parole publique crédible. Les gens qu’on croyait hier, ceux qui s’érigeaient en professeurs de vertu comme Mme Taubira, il n’est plus possible de les croire. Mais on a manqué de mémoire : naguère, Mme Taubira s’associa à Bernard Tapie, autour de qui, entre autres, gravitent les écoutes du sieur Sarkozy. Tapie qui, avec un aplomb ahurissant, avait dit, dans l’affaire OM-Valenciennes : « J’ai menti, mais c’était de bonne foi. » Excellente référence, on en conviendra.
Tout sortira
Un jour, tout sortira. Tout sera déballé.[3] Au-delà des écoutes téléphoniques de portables inscrits sous de faux noms ; au-delà du Dictaphone d’un obsédé ; au-delà des mensonges, des gaffes et des aveux involontaires de gouvernants égarés. Ce qui est amusant, c’est que c’est le diable (le « diviseur », au sens grec) qui fait éclater ce que les uns et les autres voulaient dissimuler à leurs adversaires et surtout aux citoyens. Qu’on me passe l’expression, mais c’est comme pisser contre le vent : on se reprend tout en pleine figure.
Alors, si on ne veut pas finir vert de rage, autant rigoler un bon coup. En attendant que tout le système explose. L’abstentionnisme aux prochains scrutins est une certitude, en attendant pire si personne ne se décide à jouer la carte du pouvoir honnête, de l’argent honnête, de la parole honnête, de la pratique honnête.
[1] Sur les 54 rapports relatifs à l’affaire Cahuzac qu’elle avait reçus, elle prétend sans rire qu’elle n’a rien voulu en lire ! (France Inter, revue de presse du 13 mars 2014).
[2] Citation retrouvée notamment sur un lien au titre révélateur : http://veritablenouvelordre.forum-phpbb.ca/t116-sarkozy-reincarnation-de-goebbels . Il est vrai que François Mitterrand, qui s’y connaissait, est également cité.
[3] J’aime beaucoup, et je trouve rassurante, cette évocation de l’apôtre Paul de « ce qui paraîtra au jour où, selon mon Évangile, Dieu jugera par Jésus Christ le comportement caché des hommes. » (épître aux Romains 2.16)
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