Merci Jean-Luc
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Ce mot seul suffirait, tellement riche tellement plein, oui mais, de quoi ? Et comme je suis bavarde, j’ai envie de l’expliciter.
Je n’ai aucune envie de tresser des lauriers, je n’ai pas la fonction qui m’en donne la légitimité et mettre une couronne sur la tête de quelqu’un, c’est peut-être le sacrer mais aussi le figer. Je n’en ai pas l’envie.
Le premier merci que je t’envoie, c’est de m’avoir, en octobre 2008, quand tu as annoncé la création de ton parti creuset, donné envie de m’activer en politique, moi, la marginale, l’exclue qui avait vécu de si belles choses dans ce mode de coopération, de solidarité, d’entraide, ces choses qu’ont vécues tous ceux que vous nommâtes « néo-ruraux ». Cette néo-ruralité était finissante, voire finie, tout en laissant des traces indélébiles chez ses acteurs, et j’ai pensé : ne reste pas figée maintenant dans ta nostalgie, ouvre-toi au monde que tu as fui parce que tu le réprouvais. C’est ce que j‘ai fait en initiant le premier comité PG de mon département, ex aequo avec un autre dont j’ignorais tout. Mais je fus une piètre militante. Cependant je suis restée « branchée » sur ce mouvement politique, naissant, se structurant, s’éclatant puis se reformant en FI.
Je ne suis donc, et en toute humilité, qu’une observatrice toute acquise à la cause de la FI mais critique et vigilante par tempérament.
Nous vivons une époque ou aucune auto-critique ne peut se faire, se discuter de manière à évoluer, comprendre, grandir, tant tous sont convaincus de leur vérité, prompts et hargneux à dégommer l’autre sans autre forme de procès, sans bien sûr laisser le moindre interstice au dialogue car le fond du problème est que personne ne cherche à comprendre l’autre mais se rue sur un mot, une phrase, une attitude, s’y focalise et attaque avec toute la force de sa conviction.
Nous sommes quelques-uns à avoir vécu dans nos tripes les attaques calomnieuses qui t’étaient adressées avec, en supplément, la stupéfaction que l’on puisse ne pas adhérer à ce programme, qui n’exclut personne, est plein d’inventivité et s’il paraît timide à certains en politique extérieure, n’en est pas moins juste et tempéré.
Mais peu de gens ont critiqué le programme, à l’exception peut-être de l’extrême gauche ; c’est toi qu’ils critiquent, car tu es un menteur : tu ne pourras rien faire de ce que tu dis : Bruxelles commande, et si quelqu’un commande, il commande. En plus tu joues les révolutionnaires, mais avec tes émoluments ma foi, tu n’en as pas l’air, au chaud dans les fauteuils du sénat, fumant le cigare avec Dassault, tu ne crachais pas dans la soupe.
Alors, ce que tu peux dire ou faire !
C’est que, chez ces gens-là, on n’évolue pas, non, on est programmé. Ils sont tellement à gauche qu’ils rêvent d’un OS comme Président, et bizarrement Poutou n’obtient pas grand-chose.
Ils sont tellement purs qu’ils te collent sur le dos, et à toi seul, un doute quand on a fait carrière en politique, de pouvoir entrevoir les besoins du peuple ; ils ne connaissent pas George Sand, ni Élias Canetti et pensent qu’on ne comprend que ce que l’on vit, alors qu’ils prouvent tous les jours qu’ils n’en comprennent guère eux-mêmes.
Quant à notre président, le plébiscite dont il est l’objet – un plébiscite qui tourne autour de vingt pour cent, mais plébiscite tout de même-, prouve à quel point notre pauvre souhait de changer la donne avec une autre république, tombe à côté de leur plaque.
Ils réussissent à se mobiliser dans le choix de leur roi, mais aussitôt celui-ci satisfait ou déçu, il tourne le dos au Parlement, ayant compris que pour bien gouverner il ne faut pas avoir à discuter. La Démocratie, on en met plein les oreilles, mais quand il s’agit de prendre des risques ou de se bouger les fesses, chacun, le nez par terre, rentre chez soi en disant Inch’Allah.
Je n’admire pas ta capacité, toute politique, d’être et de rester optimiste quand tout sent le cramé ; néanmoins je sais que cette force est nécessaire dans ton rôle de draineur d’énergies et aussi parce que avoir un groupe parlementaire sera une belle avancée.
Tu as raison évidemment, et ça, je l’admire, de te placer dans le temps long et, à voir les résultats, le recul du FN et l’avancée de nos projets de société, c’est, bien sûr, encourageant .
Mais voilà, le négatif qu’il va nous pondre pendant cinq ans, il nous faudra vingt ans pour le rattraper, le temps que tout le monde en prenne conscience, s’accorde sur la virgule, prenne confiance en lui, en nous, et trouve inopinément un « rallieur » de ta trempe.
Tu le dis haut et fort, souvent : il y a des choses qui ne se rattrapent pas ; la disparition des espèces, l’eau polluée et l’air, la nourriture, l’élevage – ah ! « élever », torturer le vivant dont on nourrit les bouches peu regardantes- et aussi la culture de l’ignorance, la soumission aux aléas, non plus climatiques ou naturels, mais politiques, qui façonnent des humains incapables d’avoir ne serait-ce que l’idée de ce qu’il faut pour vivre en harmonie, ensemble. Et je sais que dans cette friche, une seule étincelle peut éclairer les consciences et mettre le feu aux poudres des pourfendeurs des pouvoirs qui oppressent.
Tu as allumé cette mèche, tu as porté cette flamme, ce n’est pas un hasard si tu eus tant d’ennemis, mais dans le pessimisme qui m’atteint, je me demande si tu ne fus pas ce dernier qui a éclairé l’essentiel, tâchant pour qu’il se réalise de le rendre accessible, mais que la vague d’apathie ou de déglingue, d’égoïsme ou de vanité le recouvrira comme un monde ancien se meurt.
Je n’ai plus l’énergie de cet optimisme, je ne navigue pas dans des sphères qui l’excitent, la précarité est en soi une demande d’énergie énorme, aussi le garderai-je autant que je peux dans mes sphères privées, me protégeant du monde pour y pouvoir durer.
Les entourloupes PC/FI ont fait que chez moi la FI n’est pas au deuxième tour mais y serait-elle, face au PS en Marche, qu’elle aurait été dépassée.
Pas de regret ; les Français sont contents et quand ils ne le sont pas ils se dispersent ou s’abstiennent ; les contents ont gagné et je ne m’en réjouis pas. Dans mon département, partout En marche contre FN ; tu t’es cru obligé de redire : pas une voix pour le FN, mais on sait que le vote obligatoire était au programme, alors nul ? Blanc ? En marche ? Je ne risque pas de voter pour le FN mais tout de même, il me semble moins dangereux, dans l’opposition, que certains dans la majorité. Le porter au pouvoir ou le laisser aller dans l’opposition, ce n’est tout de même pas la même attitude.
Il faut dire qu’à côté de tout ce qui me touche, me blesse, m’inquiète, m’anéantit, l’humain et sa technologie, son « transgénique », ses robots ses fusées ses télécommunications, sa volonté de transmuter le hasard de la Vie en maîtrise de la vie, le FN me paraît bien peu de chose. J’ai l’impression Jean-Luc que ta curiosité de l’autre, ton ouverture, ton intérêt, ton amour même, ne te sont laissés que parce que tu es à l’aise, nanti, et bien entouré.
La précarité ne rend pas raciste ni haineux mais elle rétrécit le champ de la grandeur d’âme et, basculant entre les deux mondes, je comprends aussi bien ton point de vue que celui de ceux qui se sentent spoliés, menacés. J’ai idée que ce bel universalisme aux couleurs benetton est un luxe de bourgeois qui ne craint pas demain. Ceci, dans l’idée, car le réel du quotidien du peuple, toujours nous lie ou nous sépare, nous attire ou nous révulse ; il n’y a pas d’ouverture béate et bienheureuse dans la dureté d’une existence, il n’y a que des rencontres. Aussi, je n’aime pas qu’une politique se joue d’un sentiment très humain, qu’elle l’ignore ou le méprise, ou qu’elle l’exacerbe, et s’en serve pour se hisser.
Tu m’auras comprise : la FI le nie et le méprise, le FN s’en sert et l’exacerbe. Le juste est entre les deux ou bien ailleurs.
La précarité ne peut pas se comprendre si on ne l’a pas vécue ; il y a beaucoup de choses comme ça : il faut en avoir subi des petits bouts, d’une même famille de douleurs, pour être apte à la compréhension de l’autre qui s’y trouve. Et pourtant tu es l’homme politique le plus humain qui soit, peut-être trop pour ceux qui ont bloqué leurs ressentiments, se sont endurcis et paraissent peu aptes à l’empathie. Mais c’est une réalité dont il faut tenir compte, elle s’explique par la sociologie, par la psychologie. J’ai honte de certains propos tenus à ton égard, comme si tu attirais toutes les récriminations, alors que de tous, tu es le meilleur ; ta franchise, l’acceptation de ton chemin, sans égarements mais comme nous tous, ça et là, le plaisir d’avoir eu une reconnaissance, la douleur d’avoir été humilié ou conspué, incompris, te rend proche des gens qui s’autorisent la sensibilité. Et cela n’a rien à voir avec la classe sociale, l’éducation, la culture ; pour ma part, mes plus proches amis ne sont pas mes compagnons universitaires des premiers moments, mais bien les gens simples d’ici qui ne nourrissent aucune frustration et dont la simplicité est cette épure si chère à la sagesse orientale .
Mais beaucoup de gens vivent la frustration, la jalousie, et l’idée qu’ils n’ont pas été reconnus à leur juste valeur. Ce qui est vrai aussi.
J’ai aimé que tu sois un homme politique et que je te ressente comme un copain, abaissant cette distance que tous les autres affichent et qui, pour beaucoup, est la garantie de leur supériorité. J’ai aimé tes coups de gueule face aux petits merdeux du système, tes agacements, même ton mépris de ce qui est méprisable, alors même que par ailleurs tu faisais montre d’une belle humanité, rattrapant tes duretés d’un « mais, ce n’est pas pour vous ».
Je ne sais pas ce que sera demain, c’est cela la précarité, mais aujourd’hui je n’ai plus l’envie de suivre le quotidien des débats ou absence de, au parlement.
Beaucoup de « je » dans mon texte, et c’est normal, je te suis quand tu expliques que « je » s’assume et ne parle pas pour un groupe imaginaire. Au nom de quel groupe pourrais-je parler ? Adhérente critique, je suis mal comprise à l’extérieur, et pas à l’intérieur !
Je te remercie donc d’exister, je te remercie d’avoir rassemblé des foules avides de progrès vrais, et je te remercie de n’avoir jamais été « au dessus du panier », détenteur d’une vérité révélée méprisante de l’autre qui l’ignorerait. Au fond, je te remercie d’être ce que beaucoup te reprochent, se privant de ce qui a été pour moi, tout au long de cette campagne, un havre d’intelligence et d’optimisme, auquel je m’amarrais souvent pour me redonner le moral.
J’ai commencé ma participation à ce site le 9 mai 2012, avec un article à ta gloire ; depuis j’en ai écrit une petite vingtaine, sur toi, le PG, la FI, notre mouvement.
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