Modeste lettre ouverte à la « gauche »
A M. Delanoë, Mme Royal, M. Valls, M. Montebourg, Mme Aubry, M. Peillon, M. Cambadelis, M. Dray, M. Hollande
En électeur de gauche, inquiet pour mon pays, inquiet pour la gauche française, je souhaite ici dire ce que j’ai sur le cœur à ces "leaders" qui me paraissent manquer terriblement de courage et d’envergure. Cette lettre est engagée, elle appelle à l’engagement.
Quand la police matraque les lycéens et se plaint d’une blessure au doigt, où êtes-vous ?
Quand M. Sarkozy démolit l’école, quand Pécresse livre la recherche au privé, quand les cerveaux de nos enfants sont en danger, où êtes-vous ?
Quand la police va dans les écoles chercher des enfants pas assez Français, où êtes-vous ?
Quand les préfectures ont pour mission abjecte de "piéger" les sans-papiers qui viennent de bonne foi, que dites-vous ?
Quand on invente des lois pénales toujours plus absurdes, toujours plus misérables, que dites-vous ?
Quand l’Europe cède aux pressions américaines pour livrer ses propres citoyens au fichage généralisé, que dites-vous ?
Quand le président de la Cnil tire le signal d’alarme sur la société de surveillance dangereuse qu’on nous construit, où êtes-vous pour ne pas l’entendre ?
Vous n’êtes nulle part, vous ne dites rien.
Les yeux bloqués sur les sondages, effrayés à l’idée de faire la moindre pédagogie vis-à-vis de l’électorat, soucieux de plaire avant tout et surtout à une presse parisienne qui se contrefout de tous ces "problèmes" de pauvres ou de personnes qui n’ont pas leurs entrées dans une préfecture. Vous êtes de plus en plus de cette gauche lâche qui n’aime pas assez le peuple pour le prendre à revers de la démagogie populiste ambiante, vous l’abandonnez à la propagande la plus dégueulasse d’une droite, elle, totalement décomplexée.
Loin de trouver les mots qui disent vos valeurs, loin de trouver la force et le courage de sauver l’honneur de la gauche, vous êtes perdus dans vos tristes justifications et débats pour savoir qui est le plus libéral, qui ne l’est pas assez, qui l’est trop.
Mais que croyez-vous ? Le monde entier sait que la gauche française est une gauche de marché. Depuis Fabius le monde entier le sait. Il ne reste plus que Le Figaro pour faire semblant de croire que la gauche française est communisante. Et vous êtes là à vous dire libéral ou non, ou oui, ou un peu ou peut-être. Vous êtes là, ridicules, à vous positionner vis-à-vis du marché. Vous ne servez à rien dans ces moments-là, vous ne dites rien que nous ne sachions déjà, vous ne faites que jouer une petite pièce pour faire plaisir aux Minc, Joffrin et autres Val qui veulent vous faire manger le chapeau d’une certaine idée radicale de la gauche.
Vous les rassurez, mais vous nous inquiétez. La presse n’est pas le peuple. Vos petites danses du ventre, devant l’intelligentsia déconnectée d’un Paris qui n’existe que pour vous, n’intéressent personne. La presse vous reprend, mais nous ne reprenons pas la presse.
Nous, les autres, nous sommes confrontés à la peur. Cette peur, vous ne la lisez pas. Vous ne la comprenez pas. Entourés de cerveaux brillants qui émargent à 8 000 euros mensuels pour vous accompagner et pour vous dire ce monde qui vous tend les bras. Vous avez besoin de rapports pour comprendre la vie de celui qui prend le métro. Vous avez besoin de mémo pour saisir l’angoisse de la mère célibataire. Et vous ne comprenez pas que vos rapports et vos mémos sont rédigés par des gens tout aussi déconnectés que vous l’êtes.
Nous, nous avons des enfants qui apprennent à craindre la police pour le seul crime d’être jeune et d’avoir des rêves.
Nous, nous voyons que si nous ne sommes pas des électeurs de droites (pêcheurs ou agriculteurs) alors les CRS nous matraqueront à la moindre manifestation.
Nous avons peur parce que les OGM arrivent et que, si nous voulons résister, on nous a inventé un nouveau délit de fauchage pour nous dissuader de faire du mal à des multinationales criminelles.
Nous avons peur parce que les lobbies ont plus de poids que les électeurs.
Nous avons peur parce que Bouygues a l’oreille du président, la main du président, la signature du président. Nous avons peur de le voir obtenir la fin de la télévision publique, de ce qu’il pourrait faire du nucléaire, comme si c’était anodin.
Nous avons peur parce que les libertés reculent, parce que la République se rétrécit, parce que la santé s’effondre.
Pour que vous compreniez à quel point je ne vous demande pas la lune, mais le minimum, laissez-moi vous rappeler un petit point d’Histoire :
À la sortie de la guerre, des individus, de toutes opinions politiques, avaient écrit ce qu’ils imaginaient être les fondamentaux d’une nouvelle société. C’était une forme de programme. Une garantie contre une société dégueulasse, rien de tellement idéologiquement marqué, juste, la plupart du temps, des évidences.
Quelques extraits pour vous rappeler que vous faites de la politique, pas un concours de l’ENA :
"Afin d’assurer :
l’établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel ;
la pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression ;
la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’Etat, des puissances d’argent et des influences étrangères ;
la liberté d’association, de réunion et de manifestation ;
l’inviolabilité du domicile et le secret de la correspondance ;
le respect de la personne humaine ;
l’égalité absolue de tous les citoyens devant la loi ;
5) Afin de promouvoir les réformes indispensables :
a) Sur le plan économique :
l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ;
une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l’image des Etats fascistes ;
l’intensification de la production nationale selon les lignes d’un plan arrêté par l’Etat après consultation des représentants de tous les éléments de cette production ;
le retour à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques ;
le développement et le soutien des coopératives de production, d’achats et de ventes, agricoles et artisanales ;
le droit d’accès, dans le cadre de l’entreprise, aux fonctions de direction et d’administration, pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l’économie.
b) Sur le plan social :
le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l’amélioration du régime contractuel du travail ;
un rajustement important des salaires et la garantie d’un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine ;
la garantie du pouvoir d’achat national pour une politique tendant à une stabilité de la monnaie ;
la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d’un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l’organisation de la vie économique et sociale ;
un plan complet de Sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ;
la sécurité de l’emploi, la réglementation des conditions d’embauchage et de licenciement, le rétablissement des délégués d’atelier ;
l’élévation et la sécurité du niveau de vie des travailleurs de la terre par une politique de prix agricoles rémunérateurs, améliorant et généralisant l’expérience de l’Office du blé, par une législation sociale accordant aux salariés agricoles les mêmes droits qu’aux salariés de l’industrie, par un système d’assurance conte les calamités agricoles, par l’établissement d’un juste statut du fermage et du métayage, par des facilités d’accession à la propriété pour les jeunes familles paysannes et par la réalisation d’un plan d’équipement rural ;
une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ;
le dédommagement des sinistrés et des allocations et pensions pour les victimes de la terreur fasciste.
c) Une extension des droits politiques, sociaux et économiques des populations indigènes et coloniales.
d) La possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée, quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance, mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires.
Ainsi sera fondée une République nouvelle qui balaiera le régime de basse réaction instauré par Vichy et qui rendra aux institutions démocratiques et populaires l’efficacité que leur avaient fait perdre les entreprises de corruption et de trahison qui ont précédé la capitulation.
Ainsi sera rendue possible une démocratie qui unisse au contrôle effectif exercé par les élus du peuple la continuité de l’action gouvernementale.
L’union des représentants de la Résistance pour l’action dans le présent et dans l’avenir, dans l’intérêt supérieur de la patrie, doit être pour tous les Français un gage de confiance et un stimulant. Elle doit les inciter à éliminer tout esprit de particularisme, tout ferment de division qui pourrait freiner leur action et ne servir que l’ennemi.
En avant donc, dans l’union de tous les Français rassemblés autour du CFLN et de son président le général De Gaulle !
En avant pour le combat, en avant pour la victoire afin que VIVE LA FRANCE !"
J’ai mis toute la dernière partie. Bien sûr, il y a des éléments (principalement sur le plan ou ce genre de choses) qui sont discutables ou obsolètes. Mais quand on y regarde de plus près, ces gens-là, de droite et de gauche qui avaient combattu l’horreur, ils étaient bien lucides. Et quand on les relit ces idées, on perçoit douloureusement comme aujourd’hui qu’elles sont en danger. Et on est affligé de voir que la gauche n’est même pas foutue d’avoir le moindre petit début de courage pour sauver ce qui peut l’être encore !
La presse ? Vendue (je veux dire littéralement, factuellement) à des marchands d’armes.
La liberté de manifestation ? Matraquée.
L’inviolabilité du domicile, le secret de la correspondance ? A l’heure d’internet et des lois qui se multiplient c’est de l’histoire ancienne.
Le respect de la personne humaine ? Quand on arrête des enfants dans des écoles, qu’on les laisse en garde-à-vue, qu’on interpelle immanquablement le moindre suspect à 6 heures du matin, ce respect est un souvenir vague.
etc. etc.
Je ne vous demande pas la révolution, je vous demande un tout petit peu de courage, un soupçon de conviction... Je me demande pourquoi vous faites de la politique et pourquoi vous prétendez être de gauche si vous n’en êtes même plus capables.
Merci,
Robert J.
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